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Vers un délit de cosignature ?

21 janvier 2016

Depuis sa création, notre blog n’a jamais caché sa sympathie pour l’association Coexister (pour ceux qui aiment relire les archives, ne cherchez plus ! Mon premier billet à leur sujet est ici). Aujourd’hui, comment ne pas redire mon soutien alors que ces jeunes se voient pris dans une polémique initialement lancée contre Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire National de la Laïcité ?

A la source de cette polémique, nous trouvons Laurence Marchand-Taillade, de l’Observatoire de la Laïcité du Val d’Oise, qui, dans une pétition, réclame la démission de Jean-Louis Bianco. Elle accuse au passage Radia Bakkouch, actuelle présidente de Coexister, de vouloir « remplacer la neutralité laïque de l’espace public par la coexistence des religions ». Puis, dans une lettre au premier ministre français Manuel Valls, c’est l’association qu’elle accuse de vouloir « prôner la laïcité à l’anglo-saxonne, l’œcuménisme » et d’être « en train d’acheter le mot-clef Laïcité sur Google avec Adwords ».

La présidente de Coexister a réagi en rétablissant notamment un certain nombre de faits : dans un premier communiqué, elle rappelle que la « neutralité laïque de l’espace public » n’existe pas dans le droit français ; dans un deuxième courrier, elle explique a son interlocutrice -qui semble en effet en avoir bien besoin- le fonctionnement de Google Adwords… qui ne repose pas sur l’achat de mots-clefs exclusifs. Quant au fait de rappeler que Coexister est « un mouvement de jeunesse reconnu d’intérêt général qui rassemble des jeunes de toutes convictions, croyants ou non croyants et défend la laïcité telle que définie dans la loi française », c’est, pour toute personne sérieuse allant s’informer de la réalité vécue par ces jeunes sur le terrain, une simple évidence.

Mais voilà : ces attaques fantaisistes qui auraient pu sombrer dans l’oubli ont reçu un écho national en la personne de Manuel Valls, qui vient de déclarer lundi dernier devant le CRIF que « l’Observatoire de la laïcité – qui est placé sous ma responsabilité – ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité (…) On ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant d’un climat (nauséabond), ça n’est pas possible« . Et voici que Coexister, à l’origine du fameux appel dont il est question ici, se voit désormais négligemment listé dans un article comme étant l’un des « 5 signataires (…) qui formeraient (…) les représentants les plus virulents de l’islam politique ». A ce rythme là, ne va-t-on pas bientôt étiqueter définitivement Coexister comme « association controversée » – élément de langage désormais familier dans notre médiacratie ?

Car telle est en fait la seule accusation qui semble avoir du poids pour les détracteurs de Jean-Louis Bianco : « Pire encore, le 15 novembre 2015, alors que la Nation était sous le choc à la suite des attentats sanglants, il a cosigné une tribune intitulée « Nous sommes unis » avec une partie du gratin de l’islam politique en France ». Du contenu réel du texte, aucun de ses opposants ne parle. Du fait qu’il a été écrit par des jeunes n’ayant en tête que de « répondre à l’urgence de messages positifs » comme le rappelle sur iTélé le précédent président de Coexister, Samuel Grzybowski, nulle mention. Et puis, quitte à faire la leçon aux signataires de ce textes, pourquoi ne s’arrêter qu’à Jean-Louis Bianco ? Pourquoi Manuel Valls n’a-t-il pas fait également la leçon à Robert Ejnes, directeur exécutif du CRIF, également cosignataire, et qui tweetait aujourd’hui même avoir « signé sur le texte, ça n’empêche pas [son] opposition à certains des signataires »  ?

Depuis quand est-on responsable de la signature des autres ?

Il se trouve que la polémique actuelle n’est pas sans rappeler une autre, plus ancienne, lancée par Jean-François Copé, alors président de l’UMP : « Le Parti socialiste, cosignant un appel avec Tariq Ramadan, montre la réalité de ce qu’il est : un parti irresponsable ». Cédant à la pression médiatique, Laurent Fabius et Martine Aubry avaient retiré leur signature de ce texte publié à l’époque par le Nouvel Observateur. Martine Aubry justifiera par la suite son geste au nom de ses responsabilités politiques d’alors : « Si on ne signe pas un appel uniquement en fonction des autres signataires, a fortiori quand on ne les connaît pas à l’avance, il n’en reste pas moins qu’en ces temps où l’UMP s’engage dans un débat dangereux qui divise les Français et qui légitime la xénophobie, je veille aussi, en tant que Première secrétaire du PS à éviter les instrumentalisations (…) Ne souhaitant pas donner à la droite la possibilité de prolonger médiatiquement leur stratégie nauséabonde – car les médias en auraient fait, plus longtemps encore, un élément de polémique – j’ai décidé comme Laurent Fabius de retirer ma signature et de le faire savoir. Je maintiens bien sûr mon accord avec le contenu de la pétition »

 Cette semaine, il semblerait qu’un premier ministre membre du PS a à son tour légitimé ce qu’il va peut-être nous falloir appeler la « jurisprudence Copé » : peu importe la valeur d’un texte, il suffit qu’une personne que l’on diabolise l’ait signé pour rendre illégitimes tous les autres signataires (ce qui, soit dit en passant, impliquerait pour Manuel Valls de demander des comptes à sa ministre de la Justice, Christiane Taubira, qui est, elle, toujours signataire de l’appel de Respect Mag cosigné par Tariq Ramadan)

« Il en est ainsi des pétitions. L’identité  des signataires est souvent au moins aussi riche en enseignements que l’intitulé » : je ne peux qu’acquiescer face à cette entrée en matière proposée, pour un tout autre sujet que celui qui nous occupe ici, par un blog que j’apprécie tout particulièrement. Mais pour que cette analyse ait un sens, il faut alors étudier l’ensemble des signataires, et non focaliser l’attention du public sur quelques-uns. Ce que n’a pas manqué de rappeler Jean-Louis Bianco : « On a fait un travail impeccable avec ce collectif (…) 90 personnalités très diverses et respectables ont signé notre appel, et je ne vois pas comment le Premier ministre peut me rapprocher de l’avoir signé moi aussi. A moins qu’il n’ai pas pris le temps de lire la liste de ses personnalités ? »

Un peu de bon sens. Certes, quand on signe une pétition, il ne faut pas être naïf, car on engage sa responsabilité, personnelle voire institutionnelle. Mais lorsque l’un des signataires semble poser problème, n’est-ce pas vers lui qu’il faut se tourner pour l’interroger sur le sens de sa démarche ? En quoi les autres signataires seraient-ils responsables de son choix ?

Je laisse le mot de la fin à Samuel, car après tout, ce texte si peu lu par ses détracteurs, il en est le principal auteur : « Le 13 novembre nous disions ‘Nous Sommes Unis’ avec tous les citoyens ‘sans distinction d’origine, de race ou de religion’ comme le proclame le premier article de notre constitution. Aujourd’hui encore ‘Nous Sommes Unis’ avec tous les Français qui acceptent notre message d’unité républicaine »

…Au fait, si vous voulez vous nous rejoindre, pour signer « Nous Sommes Unis », c’est ici ^^

Heureux les artisans de paix :
ils seront appelés fils de Dieu
 
(Mt V, 9)

par Ren’

 

Ne maudissons pas les ténèbres, mais éveillons dans nos cœurs une lumière

14 novembre 2015
En cette fin d’année 2015, la France a encore été touchée dans son sang et dans ses valeurs.
Et encore une fois, nous sommes indignés face à de tels évènements.
Nous sommes en colère.
Nous sommes choqués.
Et parfois même nous cherchons à extérioriser notre douleur par des mots ou des intentions malheureuses.Pourtant, malgré cette obscurité qui se répand sur nos esprits, malgré cette peur, cette colère et parfois même cette haine qui peut nous saisir, nous n’avons jamais vu autant entendu d’appels à l’union et à la paix entre les peuples qu’en ces temps que nous traversons.Dans ces moments de douleurs, je vois pourtant autre chose.
Je vois une chance d’être né à cette époque pour vivre ces instants. Non pas que je me réjouisse de la souffrance (rien ne serait moins vrai !) mais je m’émerveille de voir que l’ère que nous traversons est une ère d’espoir. Une ère où l’humanité, peut-être pour la première fois de son existence, parle à une échelle encore jamais atteinte pour faire entendre sa volonté de solidarité et de vivre ensemble.

L’Homme est en train de grandir. Il touche du doigt le prélude à une nouvelle étape de son existence.
En quel autre moment de son passé a-t-il autant fait part de son choix de rejeter la violence et la peur ?

Cependant ce sont des temps instables car il y a une certaines résistances de nos anciennes tendances. Les marchands de peur et de colère se font entendre.
Mais au fond de nous, nous savons qu’un autre chemin est possible.
Gardons confiance dans ce qui nous unis et rendons grâce pour ces différences qui font notre richesse.

J’ai bien conscience que lorsque nous sommes personnellement touchés par ces évènements, nous ne pouvons voir les choses ainsi et c’est bien normal. Mais dans ces moments de douleur insoutenable, il peut être très tentant d’écouter les paroles de vengeance. Ces paroles qui stigmatisent et qui tendent à nous faire croire que nous pourrions rejeter les autres.

Pourtant, l’humanité a parcouru cette voie de nombreuses fois sans l’aider réellement si ce n’est à entretenir encore plus d’obscurité dans les cœurs.
Aujourd’hui, les volontés de paix ne sont plus isolées. Elles sont légions partout dans le monde.
Aujourd’hui nous sommes prêts.

Il s’agit d’un appel à la confiance. A cette confiance que malgré l’ignorance et la haine, quelque chose de noble se fait entendre de plus en plus clairement dans nos cœurs.
Soutenons les uns les autres peu importe nos croyances.

Aujourd’hui, commençons à regarder l’humanité non plus dans ses différences mais comme l’union d’un seul et même peuple qui n’aspire enfin qu’en des temps de liberté, d’égalité et de fraternité.

« En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant »
(Nelson Mandela)

Par Materia

Rencontres islamo-chrétiennes : plus que jamais !

14 novembre 2015

« Nous sommes conscients que notre titre fera naître chez beaucoup un sourire sceptique. Parler en ce moment d’un « avenir fraternel » entre chrétiens et musulmans peut paraître d’une naïveté angélique ! »… Ces quelques mots, écrits il y a quelques jours par sœur Béatrix et Haydar Demiryurek, co-présidents du Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne, en introduction d’un article titré « Rencontres islamo-chrétiennes : construire ensemble un avenir fraternel », peuvent sembler d’une cruelle ironie au lendemain du drame qui vient de frapper Paris. Deux jours après le drame qui a frappé Beyrouth. Deux semaines après le crash d’un avion de passagers russes dans le Sinaï -moqué il y a peu par la Une d’un journal parisien dont nous ne parlerons pas.

Quoi ? Parler de rencontres islamo-chrétiennes aujourd’hui ? Eh bien, oui. Car cette sinistre fin de semaine est aussi le début de la Semaine des Rencontres Islamo-Chrétiennes. Cette SERIC, lancée il y a 15 ans, pour donner une visibilité aux initiatives de dialogue, je la défends chaque année. Et aujourd’hui, plus que jamais !

Et cette motivation se renforce quand je pense à la douleur de tous ceux qui viennent, cette nuit encore, de perdre un être cher dans ce déchaînement de barbarie. C’est bien parce qu’ils ont été les victimes de personnes ne sachant rien faire d’autre que détruire, qu’il est essentiel, aujourd’hui plus que jamais, de travailler à construire.

« Bisounours » ? Ce terme, version moderne de la « naïveté angélique »,  est devenu un lieu commun pour décrédibiliser la position de nombreuses personnes impliquées dans le dialogue –l’un de mes voisins l’employait ce matin même dans notre conversation. Je passe sur bien d’autres qualificatifs beaucoup plus agressifs couramment employés par d’autres… Mais ne peut m’empêcher de citer aussi ce  « lèche-babouches » également évoqué par Mgr Dubost dans la préface d’un de ses ouvrages.

Dans ce livre, dédié « à mes frères catholiques que le dialogue avec les musulmans inquiète », il cherche à prendre en compte cette inquiétude et propose quelques éléments de réflexion. Evoquant l’intervention française au Mali, il rappelle par exemple que « peu ont conscience du fait que la France est intervenue dans une guerre de religion pour soutenir un camp contre un autre » et que, par conséquent, « il est totalement incohérent de prendre parti pour un bord dans une guerre ‘civile’ d’une part, et, d’autre part de faire un amalgame entre tous les musulmans en France et dans le monde »

Certains lecteurs critiques, déjà agacés par le début de ce billet, viennent peut-être de suffoquer devant ce « pas d’amalgame » ? Et pourtant… De quel droit ferait-on l’amalgame entre l’inculture d’un imam brestois auto-proclamé et un Mohamed Barjafil, docteur en linguistique ? Souvenons-nous des lectures de ces djihadistes anglais… « L’Islam pour les nuls ! » : ça ne s’invente pas. De quel droit ferait-on l’amalgame entre les kamikazes de Beyrouth et Adel Termos qui s’est sacrifié pour immobiliser l’un d’eux avant qu’il ne réalise un massacre dans une mosquée ? Souvenons-nous d’Ahmed Merabet, policier musulman abattu lors de l’attentat contre ce journal qui aime tant se moquer des victimes…

Pas d’amalgame parce que l’amalgame, c’est justement l’arme de ces terroristes, qui ne cherchent qu’à diviser les citoyens pour les amalgamer ensuite en deux camps selon leur propre vision déformée du monde. L’amalgame, c’est ce qu’ont fait par exemple ces meurtriers tirant dans le tas hier au Bataclan : qu’y aurait-il de commun entre eux et Walid, ce matin en salle de réanimation après avoir eu le fémur brisé par l’une de leurs balles ?

L’amalgame, c’est ce qu’à vécu la république centrafricaine, lorsqu’un conflit politique y a été transformé, simplifié en conflit entre chrétiens et musulmans. L’amalgame, c’est ce qui a amplifié le drame que vivait déjà cette nation depuis de nombreuses années. Et pourtant, au cœur de la tourmente, nous avons pu voir le travail commun de l’archevêque et de l’imam de Bangui. Va-t-on dire d’eux aussi qu’ils sont des « Bisounours » ?

Dialoguer, c’est une réalité concrète, ici, maintenant, avec nos voisins, quelles que soient leurs origines ou leur religion. Des voisins qui, pour reprendre les mots de Mgr Dubost, « sont aussi impuissants que nous contre des lois et des décisions qu’ils n’approuvent pas ». Des voisins qui, tout comme la majorité d’entre nous, sont impuissants face au grand jeu politique international qui a créé et entretenu DAESH.

Dialoguer, ce n’est certes pas un long fleuve tranquille, mais c’est la seule voie pour que se noue peu à peu une véritable confiance, d’être humain à être humain… une confiance d’où peuvent surgir de petites choses –comme ma présence vendredi dernier, dans la ville où je travaille, à la prière de shabbat– ou de plus grandes –tel ce mouvement de jeunes, Coexister, parti d’un appel initial à donner son sang.

Aujourd’hui, plus que jamais, écoutons l’appel du GAIC : « A l’heure du drame et du chaos (…) il nous paraît indispensable de croire à cet avenir. De croire que ce goût de la négativité, ces informations opiniâtrement sinistres dont nous sommes abreuvés peuvent faire place parfois à une ouverture sur des actions constructives. »

Aujourd’hui, plus que jamais, écoutons l’appel de Coexister : « Nous devons prouver une fois encore que les liens qui unissent les Français de toutes convictions philosophiques ou religieuses sont plus enracinés que la barbarie dévastatrice qui n’a d’autre but que diviser et terroriser. »

Nous devons dialoguer. Car il n’y a rien d’autre à espérer de la rupture du dialogue, sinon la violence.

Cette semaine, c’est la Semaine de Rencontres Islamo-Chrétiennes ; et si je peux dégager du temps pour participer à l’une des rencontres listées dans l’agenda, je le ferai. En hommage à toutes les victimes de Paris, de Beyrouth, de Syrie, du Sinaï… Et en priant pour elles.

Heureux les doux :
ils auront la terre en partage
(Mt V, 4)

par Ren’

 

« Laudato si’, mi’ Signore ! »

19 juin 2015

« Laudato si’, mi’ Signore ! »« Loué sois-tu, mon Seigneur ! » …Un billet de blog ne suffirait à rendre compte de l’allégresse qui m’inonde depuis la parution, hier, du texte historique du pape François qui commence par ces mots de louange que nous devons à St François d’Assise !

Un billet de blog ne suffirait bien sûr pas non plus à rendre compte d’un tel texte, qui opère la synthèse des réflexions menées par papes et évêques depuis bien longtemps – n’en déplaise à France Inter. Mais, comme bien d’autres, me voilà m’attelant à la tâche d’en parler… En espérant bien sûr donner envie de lire le texte dans son intégralité.

L’encyclique commence par des mots de louange, mais ne cache pas sa gravité – dès le début, le pape François rappelle comment Jean XXIII s’était adressé à tous les hommes de bonne volonté « quand le monde vacillait au bord d’une crise nucléaire » [§3]. Or « il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale » [§139]. Et elle est tout aussi grave : si le pape affirme d’emblée que son texte ne peut être minimisé par un catholique car il « s’ajoute au Magistère social de l’Église » [§15], c’est qu’il y a « urgence » [Ibid.] !

Et la première urgence, c’est sans doute de trouver « le courage de nous rendre compte de la réalité d’un monde limité et fini » [§56], courage que nous ôte « une distraction constante » [Ibid.] savamment entretenue par « la logique des finances et de la technocratie » [§194] – ainsi, par exemple, « la responsabilité sociale et environnementale des entreprises se réduit d’ordinaire à une série d’actions de marketing et d’image » [Ibid.].

Il nous faut trouver le courage de reconnaître « la racine humaine » des « symptômes de la crise écologique » [§101] ; reconnaître, face au réchauffement climatique, « les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent » [§23] ; reconnaître que nous sommes confrontés à « un système de relations commerciales et de propriété structurellement pervers » [§52] où règne « la soumission de la politique à la technologie et aux finances » [§54] ; reconnaître aussi notre responsabilité individuelle, puisque ce « drame de l’immédiateté politique » est « soutenu par des populations consuméristes » [§178] ; reconnaître également, lorsqu’on est européen, notre « dette écologique, particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux » [§51], dette qui implique « des responsabilités diversifiées » [§52].

Il nous faut « regarder la réalité d’une autre manière » [§114], « prêter de nouveau attention à la réalité avec les limites qu’elle impose » [§116]. « L’homme et la femme du monde post-moderne courent le risque permanent de devenir profondément individualistes » [§162] alors que… « Tout est lié ! »

« Tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres » [§70] ; « Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains » [§91] ; « Quand on ne reconnaît pas, dans la réalité même, la valeur d’un pauvre, d’un embryon humain, d’une personne vivant une situation de handicap – pour prendre seulement quelques exemples – on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même. Tout est lié. Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, la base même de son existence s’écroule » [§117]. « Nous ne pouvons pas prétendre soigner notre relation à la nature et à l’environnement sans assainir toutes les relations fondamentales de l’être humain (…)  On ne peut pas envisager une relation avec l’environnement isolée de la relation avec les autres personnes et avec Dieu. Ce serait un individualisme romantique, déguisé en beauté écologique, et un enfermement asphyxiant dans l’immanence » [§115].

La mention de Dieu dans la citation qui précède va hérisser certains militants laïcs, tout comme la remise en question du système économique hérisse les libéraux, la défense de l’écologie hérisse les milieux se revendiquant « pro life », la lutte contre l’avortement et l’eugénisme hérisse les partisans des « nouvelles moeurs »… Mais si l’on accepte que « tout est lié », alors il faut accepter qu’aucun croyant ne peut regarder la réalité sans la relier à Dieu. « Si nous cherchons vraiment à construire une écologie qui nous permette de restaurer tout ce que nous avons détruit, alors aucune branche des sciences et aucune forme de sagesse ne peut être laissée de côté, la sagesse religieuse non plus, avec son langage propre. » [§63].

C’est pourquoi le pape François tient à « montrer dès le départ comment les convictions de la foi offrent aux chrétiens, et aussi à d’autres croyants, de grandes motivations pour la protection de la nature et des frères et sœurs les plus fragiles » [§64]

Et de dire à tous comment « nous ne pouvons pas avoir une spiritualité qui oublie le Dieu tout-puissant et créateur. Autrement, nous finirions par adorer d’autres pouvoirs du monde, ou bien nous nous prendrions la place du Seigneur au point de prétendre piétiner la réalité créée par lui, sans connaître de limite » [§75] ; comment « vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel » [§217] ; comment « la spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété » [§222] ; comment « outre l’Église catholique, d’autres Églises et Communautés chrétiennes – comme aussi d’autres religions – ont nourri une grande préoccupation et une précieuse réflexion sur ces thèmes qui nous préoccupent tous » [§7] …

Le pape François montre dès le début de son Encyclique que cette dernière remarque n’est pas simple convenance en citant à plusieurs reprises le patriarche œcuménique Bartholomée, dont les préoccupations écologiques ne sont pas nouvelles, qui « s’est référé particulièrement à la nécessité de se repentir, chacun, de ses propres façons de porter préjudice à la planète » [§8] et qui a « attiré l’attention sur les racines éthiques et spirituelles des problèmes environnementaux qui demandent que nous trouvions des solutions non seulement grâce à la technique mais encore à travers un changement de la part de l’être humain » [§9].

Catholique marié avec une musulmane, je ne peux pour ma part conclure ce billet, posté sur un blog collectif dédié à l’interreligieux, sans proposer quelques passerelles avec les musulmans. Après tout, la date de la publication de cette Encyclique n’est-elle pas également pour eux celle du premier jour du mois de Ramadan ? Ne peut-on trouver significatif qu’un écrit du pape vantant la sobriété soit publié le jour où ces croyants entament un temps de jeûne et de ressourcement spirituel ? Temps de relecture du Coran, qui leur dit que  « dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre ? » (Coran III, 190-191) ; que  « c’est devant Dieu que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles les montagnes, les arbres, les animaux, ainsi que nombre de gens » (Coran XXII, 18) ; que l’homme est le « vicaire » de la Création (Coran II, 30) ; qu’il faut donner « au proche parent ce qui lui est dû ainsi qu’au pauvre et au voyageur. Et ne gaspille pas indûment ! » (Coran XVII, 26)…

Citer le Coran par les temps qui courent a le don d’hérisser certains ; je ne peux que les inviter à contempler le monde qui nous entoure pour retrouver leur sérénité en redécouvrant, comme nous y invite le pape, l’émerveillement face à la Création : « La nature est pleine de mots d’amour, mais comment pourrons-nous les écouter au milieu du bruit constant, de la distraction permanente et anxieuse, ou du culte de l’apparence ? » [§225].

Un émerveillement qui doit aller de pair avec le fait d’« oser transformer en souffrance personnelle ce qui se passe dans le monde, et ainsi de reconnaître la contribution que chacun peut apporter » [§19].

Ensemble, conscients des liens qui nous unissent, mettons-nous en marche !

« Tout est lié, et, comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés par l’amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi, avec une tendre affection, à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière et à mère terre » [§92].

Quand je vois les cieux, œuvres de Tes doigts,
la lune et les étoiles que Tu as créées, je dis :
Qu’est donc l’homme, pour que tu te souviennes de lui ?
(Ps VIII, 4-5)

par Ren’

Noël 2014

25 décembre 2014

À l’occasion de la Fête de Noël, également connue sous le nom de Fête de la Nativité, l’équipe de Dialogue-Abraham présente tous ses vœux aux chrétiens.

Aïd el Kebir et Yom Kippour 2014

3 octobre 2014

A l’occasion de l’Aïd al-Adhâ (fête du Sacrifice), connue également sous le nom d’Aïd al-Kabîr (grande fête), l’équipe de Dialogue-Abraham présente tous ses vœux aux musulmans.

En cette année exceptionnelle, puisque nous assistons à la convergence de deux calendriers, nous nous faisons une joie de présenter également nos vœux aux juifs pour Yom Kippour. Gmar ‘Hativa Tova !

L’Aïd Al-Adha et l’Humanité

26 septembre 2014

Le jour de l’Aïd approche – aux alentours du 5 Octobre 2014. C’est un événement qu’on ne peut résumer au sacrifice d’un mouton. L’Aïd al Adha est une fête pour se rappeler de l’Amour de Dieu. Dans un premier temps, celui que nous Lui portons car nous ne nous sacrifions pas sans Le reconnaître, sans lui obéir en d’autres termes sans l’aimer. Et dans un second temps, l’amour qu’Il nous porte car nous savons qu’Il nous le rend bien.

Je comprends aussi à travers l’acte de sacrifice du mouton que notre situation est comparable à celle d’Ibrahim… En effet, l’épreuve de sacrifier son fils pour l’amour de Dieu est rude certes, mais Ibrahim n’a pas renoncé à la commettre. Les épreuves que nous traversons ici bas, en France ou ailleurs, sont analogues. Face à la maladie, à la mort d’un proche, aux guerres, à la difficulté de nos études, nos engagements pris et même à la tentation de la procrastination il faut agir. Nous devons être à la hauteur de ce que Dieu attend de nous qui n’est pas du tout la fatalité. Défendre l’idée selon laquelle nous sommes incapables d’agir ou qu’il est impossible sous prétexte que Dieu nous a destiné cette épreuve c’est exprimer ses faiblesses, sa paresse. Tous les prophètes avaient une mission à mener, tous ont été pourchassés et menacés de mort. Tous ont rencontrés des difficultés considérables et ont traversés des épreuves malaisées et dangereuses. Malgré cela, aucun n’a abandonné. Nous sommes sur leur pas lorsque nous traversons une épreuve quelle qu’elle soit et nous devons réagir comme ils l’ont fait, avec sérénité, sagesse et confiance en Dieu.

L’Aïd est un rappel annuel qui peut nous faire changer d’état d’esprit en un autre plus jovial pour tout le monde. Cette fête nous demande d’être meilleur que la veille ou l’année précédente. De nombreuses personnes prennent conscience de l’épreuve qu’a dû subir Ibrahim et du retour merveilleux dont Dieu lui a fait grâce. Nous devons donc nous éloigner des personnes qui peuvent être nuisibles et nous entourer de gens qui nous amènerons vers quelque chose de positif. Le fils d’Abraham est un exemple dans cette situation. Sa réaction lorsqu’il apprend l’injonction de Dieu est respectable. »Père, répondit le fils, fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras, si Dieu veut, parmi ceux qui supportent l’épreuve » Mais l’épreuve est double, elle concerne lui et son père. De même, les épreuves que nous traversons, les difficultés qui nous rencontrons touchent forcément d’autres personnes avec nous. Les membres de nos familles, nos ami(e)s…

En plus de l’enseignement de surmonter les difficultés et souffrances de la vie le message de l’Aïd est qu’il faut se convaincre que la vie est belle. Que ce n’est pas un long fleuve tranquille, certes il faudra ramer et tout le monde peut et sait le faire. Nous pouvons sortir d’une difficulté dans laquelle nous sommes comme les prophètes sont sortis des difficultés qu’ils ont rencontrés. Dieu n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité (Coran II, 286). Dans tous les cas il faut rester modeste et juste dans nos vies et ne pas, à la première difficulté, remettre en cause l’existence de notre Créateur… L’homme ne se lasse pas d’implorer le bien. Si le mal le touche, le voilà désespéré, désemparé. Et si nous lui faisons goûter une miséricorde de Notre part, après qu’une détresse l’ait touché, il dit certainement : « Cela m’est dû ! Et je ne pense pas que l’Heure se lèvera un jour (Coran XLI, 49)

Ce court article a quelques références religieuses cependant, comme l’indique le titre, il peut s’adresser à tout le monde. Je souhaite que tout être, tout lecteur sente une joie de le lire, y trouve un signe, une réponse à des questions, une solution à ses épreuves. Et les difficultés de la vie concernent toute l’Humanité j’irai même jusqu’à dire tout être vivant. Sourions à celui qui n’a pas le morale de sourire… Le bonheur, la bonne humeur, l’optimisme se transmettent. N’hésitons pas à les chercher.

Pour finir, l’acte du sacrifice est tellement susceptible, dans notre société, d’être mis à mal par des personnes qui ne comprennent pas la force de celui-ci que notre patience sera mis à l’épreuve ! On peut dire que l’Aid Al Adha, ou littéralement fête du sacrifice, va au delà du sacrifice de l’animal. L’Aid Al Adha, c’est se sacrifier soi-même, lors des épreuves, pour notre bien, celui de notre entourage et pour Dieu¨.

Est-ce que les gens pensent qu’on les laissera dire : « Nous croyons ! »
sans les éprouver ?
(Coran XXIX, 2)

Sabah

Combien de fois ai-je entendu ?

8 septembre 2014
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Combien de fois ai-je entendu ou lu des personnes prôner la violence ou la justification de certains conflits ?
Combien de fois ai-je entendu ou lu des personnes rejeter ou haïr son prochain tout se donnant une image de défenseur d’une foi personnelle et qu’il veut universelle ?
Combien de fois ai-je entendu ou lu des personnes vouloir répondre aux larmes par la vengeance ?
Combien de fois ai-je entendu ou lu des personnes qui disent aimer Dieu, qui sont les premiers à parler de tolérance et de paix dans leur compréhension de leur religion et qui pourtant sont prêt à encourager ceux qui prennent les armes et qui tuent en son nom ?

Où est la cohérence ?
Qui peut répandre l’amour en semant la peur ? Qui peut répandre la réconciliation en semant la division ? Personne. Car cela reviendrait à vouloir donner un trésor aux gens tout en le leur volant.
Qui aime ne sème pas la crainte. Tout comme celui qui hait ne peut semer l’amour.

Et pourtant, ils sont nombreux les exemples de l’Histoire où sous la bannière d’un enseignement d’amour, les pires moyens ont été utilisés pour chercher à l’imposer.
Cela ne nait pas de l’enseignement mais de l’inexpérience de l’esprit qui veut le répandre.
En effet, à travers de forts attachements à un principe, une idéologie, des personnes ou des biens, des sentiments comme la colère, la haine, la frustration et même l’intolérance peuvent naître et nous pousser à agir de manière inconsidérée et en décalage avec l’essence même du message que l’on veut défendre.
Oh combien il est simple de se laisser aller à la colère lorsque que notre monde est mis à mal.
Oh combien il est facile de voir l’ennemi, le responsable, l’opposant. Celui qui au bout d’une chaine de causes et de conséquences devient pour nous l’image de nos souffrances.
Et pourtant, que nous apprennent les enseignements spirituels si ce n’est la mise en garde vis-à-vis de ces « facilités ». Ou encore de comprendre que celui que l’on appelle « ennemi » est bien avant cela un être qui souffre.
Ils nous appellent à la compréhension, à la compassion, au pardon.
Non par abandon, lâcheté ou inhumanité, mais pour mettre fin à ces cycles, avec courage et humilité.

En effet, répondre à la violence par la violence ne met pas fin aux conflits. Il peut y avoir momentanément un vainqueur, mais cela ne fera pas taire la rancœur dans l’esprit des opposants. Et la violence finira par revenir immanquablement. Notre histoire en est un exemple criant. Car si la violence apportait réellement la paix, notre monde serait un véritable paradis.
Pardonner, tolérer, partager. Cela n’est ni lâcheté ni faiblesse mais au contraire, courage et force.
Courage car nous luttons contre des forces puissantes qui cherchent à nous faire répondre avec colère, violence et rejet. Et il n’y a pas de plus rude adversaire que nous-même. Parce que ces états mentaux nous semblent justifiés, nous avons tendance à nous laisser aller à eux. Et peu à peu, par habitude, leur emprise sur nos manières de réagir à une situation nous influence chaque fois un peu plus.

Mettre fin à ce cycle nécessite donc une grande force. Une force du cœur et de l’esprit. Cela ne signifie pas oublier non plus. Mais accepter que le message devienne vivant. Qu’il ne soit plus figer dans la pierre mais s’épanouissant en chacun d’entre nous.
Souvenons-nous de ceux que l’on nomme « saints » et « saintes ».
Sont-ils des hommes et des femmes qui apportèrent la paix, le pardon et l’amour à leur prochain ou bien étaient ce des hommes et des femmes qui apportèrent le conflit, la vengeance et la haine ?

Posons-nous la question.
Quels sont ces modèles qui nous appellent à grandir ?

Que l’on soit musulman, chrétien, juif, bouddhiste, agnostique ou encore athée, nous voulons tous vive en paix. Mais c’est une paix qui ne se gagne pas par les armes. Cette paix se gagne dans le cœur des Hommes.
Montrons l’exemple. Montrons à travers notre manière de vivre et d’être qu’il existe une autre voie qui peut être empruntée.
Une voie marquée par la paix, la tolérance, la compassion et le pardon. Nous pouvons tous chuter un jour ou l’autre. Et nous pouvons tous solliciter la miséricorde de Dieu ou des hommes. Alors pourquoi ne pas donner, pourquoi ne pas faire le premier pas.

Car qui sait ce qu’il adviendra pour nous dans les temps à venir…

Avec Agapè.

« Les mots ont le pouvoir de détruire ou de soigner ;
lorsqu’ils sont justes et généreux,  ils peuvent changer le monde »
(Bouddha)

Par Materia

Nos berceaux à feu et à sang

1 septembre 2014

Lorsque l’été a commencé, je me réjouissais des célébrations du centenaire de la Grande Guerre. J’aimais l’idée de rendre hommage à ces hommes tombés pour que la liberté et la paix reviennent en Europe, de se souvenir de ces nombreux civils qui ont eu la malchance de se trouver sur la route que les Allemands avaient choisi d’emprunter pour pénétrer en France, de se rendre compte de la chance que nous avons de ne pas connaître le son d’un obus en approche.

Et soudain, le monde s’est à nouveau embrasé.

Si je soutiendrai éternellement la légitimité d’Israël à défendre son peuple établi sur la terre promise aux Patriarches, je ne peux, cet été, que questionner inlassablement la pertinence de certains actes opérés par Tsahal. À mes yeux, le Hamas a toujours été une plus grande menace pour les Gazaouis que pour les Israéliens. Israël a une puissance militaire qui lui permettrait de faire disparaître Gaza de la surface de la terre en l’espace de quelques heures. Mais les civils de Gaza, que possèdent-ils pour se protéger d’un mal qui se trouve en leur milieu ? Quelles sont leurs options lorsque l’aviation déverse ses bombes sur l’immeuble voisin ? Mais surtout, l’élimination d’une poignée de dirigeants du Hamas vaut-elle tant de pertes civiles ?

Aussi longtemps que le monde existera, des obus tomberont sur Israël, des incursions terroristes auront lieu sur son territoire. Mais protéger sa population civile ne peut en aucun cas se faire au prix de la vie de centaines de personnes du camp adverse car ça dépasse largement une stricte opération de défense. N’avons-nous rien appris en cent ans ? Avons-nous oublié les massacres d’Andenne ou de Tamines, les maisons de Visé ou de Dinant, la bibliothèque de Louvain ?

Reprends-toi, Israël, car tu vaux bien mieux que ça.

Quant à ce qui se passe actuellement pour les chrétiens d’Orient… Une grande partie de mes prières leur sont dédiées depuis un certain temps et j’espère sincèrement voir l’Occident prendre clairement position très bientôt, sans pour autant « partir en croisade ». D’ici-là, puisse Dieu protéger le berceau du christianisme.

Rabbi Yohanan a dit :
« Quel est le sens du verset “Et l’on ne s’approcha pas l’un de l’autre de toute la nuit” ?
Les anges voulurent chanter leurs hymnes mais le Saint, béni soit-Il, dit :
“ L’œuvre de mes mains se noie dans la mer et vous êtes prêts à chanter ?” »

[Megilah 10b]

Par Ahouva

L’EI, Gaza, et les vertus du pluralisme

25 août 2014

L’actualité cet été est particulièrement mouvementée, agitée par nombre de conflits géopolitiques possédant une forte composante religieuse. La violence de ces événements, leur surmédiatisation, et les réactions extrêmes qu’elles ont entraînés, m’ont poussé à exprimer mon humble avis sur le sujet. Voici donc un point de vue « musulman » et critique sur la montée en puissance de l’Etat Islamique (EI) et le massacre de Gaza.

Commençons par l’EI, ce califat de pacotille. Rappelons les faits. Le dimanche 29 juin 2014,  Abou Bakr al-Baghdadi, grand chef de  l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), s’auto-proclame calife et grand chef de la Umma (communauté des croyants). Cet évènement marque le début de l’avancée considérable des djihadistes en Irak, qui aura pour conséquence la destruction de mosquées chiites et soufies, la persécution des minorités religieuse yezidis sous prétexte qu’ils « adoreraient le diable » alors qu’ils pratiquent une religion issue du zoroastrisme qui vénère le grand Paon des Cieux (Melek Tawous), et la mise en place d’un impôt pour les chrétiens, entrainant leur exil quasi forcé dans le Kurdistan – alors que pourtant ces chrétiens vivaient pacifiquement et en harmonie avec les musulmans irakiens depuis des siècles.

Premier point qui me vient à l’esprit : l’hypocrisie de gouvernements occidentaux face à l’EI. Il y a quelques jours à peine, on apprenait  que  les djihadistes de l’EI portaient la responsabilité de l’exécution par décapitation du journaliste James Foley. Or,  en mai 2013, pour ce même enlèvement, l’AFP accusait… le gouvernement de Bachard-el-Assad (information abondamment reprise à l’époque, notamment par Libération qui vient cependant de faire disparaître cet article). Ceci nous prouve plusieurs choses. D’abord, il y a là une flagrante désinformation (volontaire ou involontaire ?). Ensuite, les djihadistes étaient bel et bien présent en Syrie depuis longtemps ! Or, avec les moyens technologiques et les organismes (CIA, service secret) dont nous disposons aujourd’hui, il est impossible de penser que nos gouvernements n’étaient pas au courant. Mais à cette époque, aucun de nos gouvernements ne les a condamnés, ou même fait état de leur existence, alors que de nombreuses sources font état de massacres commis sur le peuple syrien. Pire encore, ces groupes étaient armés et entraînés par nos gouvernements et leurs alliés des pétromonarchies du golfe, puisque ceux-ci étaient inclus à l’époque parmi les « rebelles syriens »

Voilà donc la une flagrante hypocrisie : lorsqu’ils servent nos intérêts, les groupes les plus extrêmes sont considérés comme des amis, armés, financé et entraînés (comme les talibans face aux russes pendant la guerre froide), mais lorsqu’ils se retournent contre nos intérêts (c’est à dire lorsqu’ils menacent le précieux pétrole irakien), ces anciens amis deviennent les pires ennemis. Et pourtant ce sont les mêmes barbares depuis le début : quelle incohérence !

Second point, il est bon de rappeler la condamnation unanime de l’EI et leurs actions sur les chrétiens par les instances musulmanes. Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon,  l’OCI ou Tariq Ramadan, RMF, Le «Rassemblement des Musulmans de France» (RMF), l’UMF, L’association «Les Imams de France», la Fédération Musulmane de Gironde, le grand mufti d’Égypte, la ligue arabe, et même (non sans une certaine hypocrisie dans leur cas) le grand mufti d’Arabie saoudite. Autant d’instances musulmanes qui ont condamné sans appel l’EI (et encore je suis loin de les avoir tous cités). Et pourtant, il se trouve encore un Dalil Boubakeur (qui, soit dit en passant, ne représente rien si ce n’est lui même pour la plupart des musulmans en France) pour s’insurger du « silence »  des musulmans… Nul n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre !

Je terminerai  avec  un avis assez emblématique de la majorité musulmane : en tant que musulman je ne me sens pas du tout (mais alors pas du tout) représenté par l’EI pour lequel je n’éprouve aucune sympathie. Ces gens-là sont des barbares, dont la création et la montée résultent directement des décisions géopolitiques au Moyen-Orient (en Irak et en Syrie). En rien ils ne sont représentatifs de la tradition musulmane, car leur interprétation des textes, totalement fantaisiste,  diffère complètement de celle des écoles de jurisprudence connues et reconnues du monde musulman. Ces gens-là sont la honte de l’Islam. Leur califat de pacotille n’existe que dans leur esprit malade, et ne reflète que leur inculture de leur propre tradition, et leurs perversions des textes.

Venons-en à Gaza… Appelons un chat un chat, ce qui s’y passe n’est ni plus ni moins qu’un massacre. Les Israéliens disposent d’une des armées le plus puissantes au monde, avec des moyens considérables alors que les Palestiniens, eux n’ont ni nation ni armé. 2000 morts palestiniens et 10 000 blessés, majoritairement civiles, femmes et enfants, contre une soixantaines de militaires israéliens. Des écoles, des hôpitaux, des mosquées détruites dans ce qui est l’un des endroits les plus densément peuplés au monde. Tout ça pour quoi ? Pour punir les Palestiniens de quelques roquettes qui n’ont quasiment fait aucun mort… Quelle disp11roportion ! Comme si, quelques voyous décidant de lancer des  roquettes à Marseille, François Hollande décidais de riposter en  bombardant la ville et ses habitants… !

N’oublions pas que  Gaza vit sous un blocus permanent depuis plusieurs années, ce qui empêche ses habitants d’avoir accès au minimum vital, et les contraints à ne survivre que grâce à la contrebande. Le blocus gêne toute activité commerciale, ce qui ralentit considérablement l’économie gazaoui (40 % de chomage, 70 % sous le seuil de pauvreté). Privés d’économie, privée de patrie, ils doivent en plus vivre derrière un mur de séparation et circuler à travers d’innombrables check-points, et autres humiliations… Toutes ces injustices au nom de la lutte contre le terrorisme ? Mais justement, n’inversons pas les rôles : ce sont ces injustices qui ont pour conséquence que certains se révoltent, et décident de lancer des roquettes de protestation… car les droits élémentaires des palestiniens sont bafoués! Il y a bien là un agresseur et un agressé…Il ne peut y avoir de paix sans justice !

La rhétorique israélienne voudrait rendre le Hamas responsable de tous les malheurs du monde… comme si c’était le Hamas qui avait tué 2000 personnes ! À force de faire passer les Palestiniens pour des terroristes, on les déshumanise, et alors s’en suit l’indifférence face à l’inacceptable. Lorsque le 11 septembre avait eu lieu faisant 2000 victimes, on avait condamné unanimement al-Qaeda (à juste titre), fait des minutes de silence. Et là, quand c’est 2000 Palestiniens qui meurent, pas de condamnation, pas de minute de silence, et pire on essaye de justifier cela au nom de la pseudo-lutte contre le Hamas ! La vie de 2000 Palestiniens n’a elle pas autant de valeur que celle de 2000 Américains ?

Pourquoi nos médias ne mettent-ils pas en avant les institutions juives telle l’Union des Juifs pour la Paix qui a condamné les exactions d’Israël, ou les intellectuels juifs qui s’y opposent (Noam Chomsky, Stephen Hessel) ? Ces voix sont importantes, car elles permettent de bien montrer qu’il y a une différence entre les juifs, et la politique de l’État d’Israël. Or, c’est la politique d’un état que l’on doit critiquer, pas ses habitants, et pas non plus « les juifs ». Ne sombrons pas dans l’antisémitisme primaire !

Terminons cet article sur un appel à la Paix. Et si l’actualité récente, était l’occasion pour chacun de nous de méditer et de nous remettre en question, afin de ne pas importer ces conflits dans nos sociétés? Plutôt que de nous diviser, de crier les uns sur les autres, au contraire,  rassemblons-nous atour de valeurs communes, qui forment l’essence de chacune de nos traditions religieuses.  La pluralité de nos sociétés ne doit pas devenir un motif destructeur. Il faut aller au-delà de notre peur et de nos préjugés respectifs, sur « l’autre », que celui-ci soit musulman, juif, chrétien, bouddhiste ou autre. Dialoguer, écouter notre prochain permet d’apprendre les uns des autres. Il est possible, à condition d’en faire l’effort, que les cultures et civilisations judéo-chrétienne et islamique se rassemblent, pour construire ensemble, interagir et collaborer afin d’enrichir notre société, et créer des ponts entre les apparentes divisions. Alors la diversité deviendra un facteur de force et de richesse.

La tolérance, l’entraide, la bonne entente, peuvent devenir une force puissante et positive, permettant à chacun d’entre nous d’élargir nos horizons–et d’enrichir nos vies. Parmi ses recommandations à ses fils Hassan et Hussein, ‘Ali ibn Taleb leur a dit : « Veillez toujours à vous entendre et à vous entraider. Gare à la dissension et l’inimitié ; […] Réconcilier les esprits est préférable à toute prière et à tout jeûne. »

Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle,
et Nous avons fait de vous des nations et des tribus,
pour que vous vous entre-connaissiez
(Coran XLIX, 13)

 Musashi974