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Combien de fois ai-je entendu ?

8 septembre 2014
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Combien de fois ai-je entendu ou lu des personnes prôner la violence ou la justification de certains conflits ?
Combien de fois ai-je entendu ou lu des personnes rejeter ou haïr son prochain tout se donnant une image de défenseur d’une foi personnelle et qu’il veut universelle ?
Combien de fois ai-je entendu ou lu des personnes vouloir répondre aux larmes par la vengeance ?
Combien de fois ai-je entendu ou lu des personnes qui disent aimer Dieu, qui sont les premiers à parler de tolérance et de paix dans leur compréhension de leur religion et qui pourtant sont prêt à encourager ceux qui prennent les armes et qui tuent en son nom ?

Où est la cohérence ?
Qui peut répandre l’amour en semant la peur ? Qui peut répandre la réconciliation en semant la division ? Personne. Car cela reviendrait à vouloir donner un trésor aux gens tout en le leur volant.
Qui aime ne sème pas la crainte. Tout comme celui qui hait ne peut semer l’amour.

Et pourtant, ils sont nombreux les exemples de l’Histoire où sous la bannière d’un enseignement d’amour, les pires moyens ont été utilisés pour chercher à l’imposer.
Cela ne nait pas de l’enseignement mais de l’inexpérience de l’esprit qui veut le répandre.
En effet, à travers de forts attachements à un principe, une idéologie, des personnes ou des biens, des sentiments comme la colère, la haine, la frustration et même l’intolérance peuvent naître et nous pousser à agir de manière inconsidérée et en décalage avec l’essence même du message que l’on veut défendre.
Oh combien il est simple de se laisser aller à la colère lorsque que notre monde est mis à mal.
Oh combien il est facile de voir l’ennemi, le responsable, l’opposant. Celui qui au bout d’une chaine de causes et de conséquences devient pour nous l’image de nos souffrances.
Et pourtant, que nous apprennent les enseignements spirituels si ce n’est la mise en garde vis-à-vis de ces « facilités ». Ou encore de comprendre que celui que l’on appelle « ennemi » est bien avant cela un être qui souffre.
Ils nous appellent à la compréhension, à la compassion, au pardon.
Non par abandon, lâcheté ou inhumanité, mais pour mettre fin à ces cycles, avec courage et humilité.

En effet, répondre à la violence par la violence ne met pas fin aux conflits. Il peut y avoir momentanément un vainqueur, mais cela ne fera pas taire la rancœur dans l’esprit des opposants. Et la violence finira par revenir immanquablement. Notre histoire en est un exemple criant. Car si la violence apportait réellement la paix, notre monde serait un véritable paradis.
Pardonner, tolérer, partager. Cela n’est ni lâcheté ni faiblesse mais au contraire, courage et force.
Courage car nous luttons contre des forces puissantes qui cherchent à nous faire répondre avec colère, violence et rejet. Et il n’y a pas de plus rude adversaire que nous-même. Parce que ces états mentaux nous semblent justifiés, nous avons tendance à nous laisser aller à eux. Et peu à peu, par habitude, leur emprise sur nos manières de réagir à une situation nous influence chaque fois un peu plus.

Mettre fin à ce cycle nécessite donc une grande force. Une force du cœur et de l’esprit. Cela ne signifie pas oublier non plus. Mais accepter que le message devienne vivant. Qu’il ne soit plus figer dans la pierre mais s’épanouissant en chacun d’entre nous.
Souvenons-nous de ceux que l’on nomme « saints » et « saintes ».
Sont-ils des hommes et des femmes qui apportèrent la paix, le pardon et l’amour à leur prochain ou bien étaient ce des hommes et des femmes qui apportèrent le conflit, la vengeance et la haine ?

Posons-nous la question.
Quels sont ces modèles qui nous appellent à grandir ?

Que l’on soit musulman, chrétien, juif, bouddhiste, agnostique ou encore athée, nous voulons tous vive en paix. Mais c’est une paix qui ne se gagne pas par les armes. Cette paix se gagne dans le cœur des Hommes.
Montrons l’exemple. Montrons à travers notre manière de vivre et d’être qu’il existe une autre voie qui peut être empruntée.
Une voie marquée par la paix, la tolérance, la compassion et le pardon. Nous pouvons tous chuter un jour ou l’autre. Et nous pouvons tous solliciter la miséricorde de Dieu ou des hommes. Alors pourquoi ne pas donner, pourquoi ne pas faire le premier pas.

Car qui sait ce qu’il adviendra pour nous dans les temps à venir…

Avec Agapè.

« Les mots ont le pouvoir de détruire ou de soigner ;
lorsqu’ils sont justes et généreux,  ils peuvent changer le monde »
(Bouddha)

Par Materia

Nos berceaux à feu et à sang

1 septembre 2014

Lorsque l’été a commencé, je me réjouissais des célébrations du centenaire de la Grande Guerre. J’aimais l’idée de rendre hommage à ces hommes tombés pour que la liberté et la paix reviennent en Europe, de se souvenir de ces nombreux civils qui ont eu la malchance de se trouver sur la route que les Allemands avaient choisi d’emprunter pour pénétrer en France, de se rendre compte de la chance que nous avons de ne pas connaître le son d’un obus en approche.

Et soudain, le monde s’est à nouveau embrasé.

Si je soutiendrai éternellement la légitimité d’Israël à défendre son peuple établi sur la terre promise aux Patriarches, je ne peux, cet été, que questionner inlassablement la pertinence de certains actes opérés par Tsahal. À mes yeux, le Hamas a toujours été une plus grande menace pour les Gazaouis que pour les Israéliens. Israël a une puissance militaire qui lui permettrait de faire disparaître Gaza de la surface de la terre en l’espace de quelques heures. Mais les civils de Gaza, que possèdent-ils pour se protéger d’un mal qui se trouve en leur milieu ? Quelles sont leurs options lorsque l’aviation déverse ses bombes sur l’immeuble voisin ? Mais surtout, l’élimination d’une poignée de dirigeants du Hamas vaut-elle tant de pertes civiles ?

Aussi longtemps que le monde existera, des obus tomberont sur Israël, des incursions terroristes auront lieu sur son territoire. Mais protéger sa population civile ne peut en aucun cas se faire au prix de la vie de centaines de personnes du camp adverse car ça dépasse largement une stricte opération de défense. N’avons-nous rien appris en cent ans ? Avons-nous oublié les massacres d’Andenne ou de Tamines, les maisons de Visé ou de Dinant, la bibliothèque de Louvain ?

Reprends-toi, Israël, car tu vaux bien mieux que ça.

Quant à ce qui se passe actuellement pour les chrétiens d’Orient… Une grande partie de mes prières leur sont dédiées depuis un certain temps et j’espère sincèrement voir l’Occident prendre clairement position très bientôt, sans pour autant « partir en croisade ». D’ici-là, puisse Dieu protéger le berceau du christianisme.

Rabbi Yohanan a dit :
« Quel est le sens du verset “Et l’on ne s’approcha pas l’un de l’autre de toute la nuit” ?
Les anges voulurent chanter leurs hymnes mais le Saint, béni soit-Il, dit :
“ L’œuvre de mes mains se noie dans la mer et vous êtes prêts à chanter ?” »

[Megilah 10b]

Par Ahouva

L’EI, Gaza, et les vertus du pluralisme

25 août 2014

L’actualité cet été est particulièrement mouvementée, agitée par nombre de conflits géopolitiques possédant une forte composante religieuse. La violence de ces événements, leur surmédiatisation, et les réactions extrêmes qu’elles ont entraînés, m’ont poussé à exprimer mon humble avis sur le sujet. Voici donc un point de vue « musulman » et critique sur la montée en puissance de l’Etat Islamique (EI) et le massacre de Gaza.

Commençons par l’EI, ce califat de pacotille. Rappelons les faits. Le dimanche 29 juin 2014,  Abou Bakr al-Baghdadi, grand chef de  l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), s’auto-proclame calife et grand chef de la Umma (communauté des croyants). Cet évènement marque le début de l’avancée considérable des djihadistes en Irak, qui aura pour conséquence la destruction de mosquées chiites et soufies, la persécution des minorités religieuse yezidis sous prétexte qu’ils « adoreraient le diable » alors qu’ils pratiquent une religion issue du zoroastrisme qui vénère le grand Paon des Cieux (Melek Tawous), et la mise en place d’un impôt pour les chrétiens, entrainant leur exil quasi forcé dans le Kurdistan – alors que pourtant ces chrétiens vivaient pacifiquement et en harmonie avec les musulmans irakiens depuis des siècles.

Premier point qui me vient à l’esprit : l’hypocrisie de gouvernements occidentaux face à l’EI. Il y a quelques jours à peine, on apprenait  que  les djihadistes de l’EI portaient la responsabilité de l’exécution par décapitation du journaliste James Foley. Or,  en mai 2013, pour ce même enlèvement, l’AFP accusait… le gouvernement de Bachard-el-Assad (information abondamment reprise à l’époque, notamment par Libération qui vient cependant de faire disparaître cet article). Ceci nous prouve plusieurs choses. D’abord, il y a là une flagrante désinformation (volontaire ou involontaire ?). Ensuite, les djihadistes étaient bel et bien présent en Syrie depuis longtemps ! Or, avec les moyens technologiques et les organismes (CIA, service secret) dont nous disposons aujourd’hui, il est impossible de penser que nos gouvernements n’étaient pas au courant. Mais à cette époque, aucun de nos gouvernements ne les a condamnés, ou même fait état de leur existence, alors que de nombreuses sources font état de massacres commis sur le peuple syrien. Pire encore, ces groupes étaient armés et entraînés par nos gouvernements et leurs alliés des pétromonarchies du golfe, puisque ceux-ci étaient inclus à l’époque parmi les « rebelles syriens »

Voilà donc la une flagrante hypocrisie : lorsqu’ils servent nos intérêts, les groupes les plus extrêmes sont considérés comme des amis, armés, financé et entraînés (comme les talibans face aux russes pendant la guerre froide), mais lorsqu’ils se retournent contre nos intérêts (c’est à dire lorsqu’ils menacent le précieux pétrole irakien), ces anciens amis deviennent les pires ennemis. Et pourtant ce sont les mêmes barbares depuis le début : quelle incohérence !

Second point, il est bon de rappeler la condamnation unanime de l’EI et leurs actions sur les chrétiens par les instances musulmanes. Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon,  l’OCI ou Tariq Ramadan, RMF, Le «Rassemblement des Musulmans de France» (RMF), l’UMF, L’association «Les Imams de France», la Fédération Musulmane de Gironde, le grand mufti d’Égypte, la ligue arabe, et même (non sans une certaine hypocrisie dans leur cas) le grand mufti d’Arabie saoudite. Autant d’instances musulmanes qui ont condamné sans appel l’EI (et encore je suis loin de les avoir tous cités). Et pourtant, il se trouve encore un Dalil Boubakeur (qui, soit dit en passant, ne représente rien si ce n’est lui même pour la plupart des musulmans en France) pour s’insurger du « silence »  des musulmans… Nul n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre !

Je terminerai  avec  un avis assez emblématique de la majorité musulmane : en tant que musulman je ne me sens pas du tout (mais alors pas du tout) représenté par l’EI pour lequel je n’éprouve aucune sympathie. Ces gens-là sont des barbares, dont la création et la montée résultent directement des décisions géopolitiques au Moyen-Orient (en Irak et en Syrie). En rien ils ne sont représentatifs de la tradition musulmane, car leur interprétation des textes, totalement fantaisiste,  diffère complètement de celle des écoles de jurisprudence connues et reconnues du monde musulman. Ces gens-là sont la honte de l’Islam. Leur califat de pacotille n’existe que dans leur esprit malade, et ne reflète que leur inculture de leur propre tradition, et leurs perversions des textes.

Venons-en à Gaza… Appelons un chat un chat, ce qui s’y passe n’est ni plus ni moins qu’un massacre. Les Israéliens disposent d’une des armées le plus puissantes au monde, avec des moyens considérables alors que les Palestiniens, eux n’ont ni nation ni armé. 2000 morts palestiniens et 10 000 blessés, majoritairement civiles, femmes et enfants, contre une soixantaines de militaires israéliens. Des écoles, des hôpitaux, des mosquées détruites dans ce qui est l’un des endroits les plus densément peuplés au monde. Tout ça pour quoi ? Pour punir les Palestiniens de quelques roquettes qui n’ont quasiment fait aucun mort… Quelle disp11roportion ! Comme si, quelques voyous décidant de lancer des  roquettes à Marseille, François Hollande décidais de riposter en  bombardant la ville et ses habitants… !

N’oublions pas que  Gaza vit sous un blocus permanent depuis plusieurs années, ce qui empêche ses habitants d’avoir accès au minimum vital, et les contraints à ne survivre que grâce à la contrebande. Le blocus gêne toute activité commerciale, ce qui ralentit considérablement l’économie gazaoui (40 % de chomage, 70 % sous le seuil de pauvreté). Privés d’économie, privée de patrie, ils doivent en plus vivre derrière un mur de séparation et circuler à travers d’innombrables check-points, et autres humiliations… Toutes ces injustices au nom de la lutte contre le terrorisme ? Mais justement, n’inversons pas les rôles : ce sont ces injustices qui ont pour conséquence que certains se révoltent, et décident de lancer des roquettes de protestation… car les droits élémentaires des palestiniens sont bafoués! Il y a bien là un agresseur et un agressé…Il ne peut y avoir de paix sans justice !

La rhétorique israélienne voudrait rendre le Hamas responsable de tous les malheurs du monde… comme si c’était le Hamas qui avait tué 2000 personnes ! À force de faire passer les Palestiniens pour des terroristes, on les déshumanise, et alors s’en suit l’indifférence face à l’inacceptable. Lorsque le 11 septembre avait eu lieu faisant 2000 victimes, on avait condamné unanimement al-Qaeda (à juste titre), fait des minutes de silence. Et là, quand c’est 2000 Palestiniens qui meurent, pas de condamnation, pas de minute de silence, et pire on essaye de justifier cela au nom de la pseudo-lutte contre le Hamas ! La vie de 2000 Palestiniens n’a elle pas autant de valeur que celle de 2000 Américains ?

Pourquoi nos médias ne mettent-ils pas en avant les institutions juives telle l’Union des Juifs pour la Paix qui a condamné les exactions d’Israël, ou les intellectuels juifs qui s’y opposent (Noam Chomsky, Stephen Hessel) ? Ces voix sont importantes, car elles permettent de bien montrer qu’il y a une différence entre les juifs, et la politique de l’État d’Israël. Or, c’est la politique d’un état que l’on doit critiquer, pas ses habitants, et pas non plus « les juifs ». Ne sombrons pas dans l’antisémitisme primaire !

Terminons cet article sur un appel à la Paix. Et si l’actualité récente, était l’occasion pour chacun de nous de méditer et de nous remettre en question, afin de ne pas importer ces conflits dans nos sociétés? Plutôt que de nous diviser, de crier les uns sur les autres, au contraire,  rassemblons-nous atour de valeurs communes, qui forment l’essence de chacune de nos traditions religieuses.  La pluralité de nos sociétés ne doit pas devenir un motif destructeur. Il faut aller au-delà de notre peur et de nos préjugés respectifs, sur « l’autre », que celui-ci soit musulman, juif, chrétien, bouddhiste ou autre. Dialoguer, écouter notre prochain permet d’apprendre les uns des autres. Il est possible, à condition d’en faire l’effort, que les cultures et civilisations judéo-chrétienne et islamique se rassemblent, pour construire ensemble, interagir et collaborer afin d’enrichir notre société, et créer des ponts entre les apparentes divisions. Alors la diversité deviendra un facteur de force et de richesse.

La tolérance, l’entraide, la bonne entente, peuvent devenir une force puissante et positive, permettant à chacun d’entre nous d’élargir nos horizons–et d’enrichir nos vies. Parmi ses recommandations à ses fils Hassan et Hussein, ‘Ali ibn Taleb leur a dit : « Veillez toujours à vous entendre et à vous entraider. Gare à la dissension et l’inimitié ; […] Réconcilier les esprits est préférable à toute prière et à tout jeûne. »

Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle,
et Nous avons fait de vous des nations et des tribus,
pour que vous vous entre-connaissiez
(Coran XLIX, 13)

 Musashi974

Derrière l’émotion, clarifions nos intentions !

18 août 2014

L’émotion est forte, en cet été marqué par les conflits sanglants. L’attention semble se focaliser sur deux d’entre eux : Gaza et l’Irak. Mais voilà : l’émotion n’est pas forcément le meilleur guide, surtout face à des sujets aussi complexes où se mêlent réalité des massacres et drames humains et guerre de l’information (et je ne parle même pas des calculs géopolititiques concurrents qui sous-tendent ces conflits !).

Il est juste de ressentir cette émotion ; il est dangereux de lui lâcher la bride. Dangereux, car l’émotion peut nous faire oublier de vérifier les sources des images choquantes qui circulent sur les réseaux sociaux : non, les islamistes nigérians n’avaient pas brûlé vifs des chrétiens ; non, les moines bouddhistes n’avaient pas défilé entre des piles de cadavres de musulmans birmans ; non, les enfants palestiniens ne tirent pas au mortier ; non, les photos diffusées par le Hamas ne sont pas forcément des photos de victimes palestiniennes ; non, ces femmes intégralement voilées qui défilent ne sont pas les esclaves du califat auto-proclamé… Qu’importe l’intention initiale que pensait avoir celui qui a voulu sensibiliser par ce mensonge : le recours à de telles méthodes révèle qu’elle n’est pas si bonne, si pure qu’il voudrait le croire.

Dangereuse, aussi, cette émotion qui peut nous amener à « mettre en concurrence » les sujets d’indignations des uns et des autres : manifester pour qu’on se soucie des chrétiens d’Irak -sauf évidemment si cette manifestation est celle du FN– ce n’est pas ne pas se soucier de Gaza (et réciproquement !) …Quand le ministre français Bernard Cazeneuve, voulant bien faire, tweete fin juillet que « quand on est Républicain on ne distingue pas entre les enfants de Gaza, les chiites de Mossoul et les jeunes Syriens », certains vont déclencher un scandale car il ne parle PAS des chrétiens ; quand le même Bernard Cazeneuve co-signe un communiqué disant que la France est prête à « favoriser l’accueil sur notre sol au titre de l’asile » des « déplacés qui fuient les menaces de l’Etat islamique », c’est un nouveau scandale pour ceux qui considèrent qu’on ne se soucie plus, tout à coup, que des chrétiens…

Le Diable est dans les détails ! Et ces détails en disent parfois beaucoup…

Ainsi, quand Jean d’Ormesson ou Ivan Rioufol appellent les musulmans, notamment français, à « dénoncer » les islamistes sans signaler que ceux-ci l’ont déjà amplement fait à l’heure où ils écrivaient ces lignes : est-ce un souci réel des chrétiens orientaux qui dicte ces mots, ou n’est-ce pas plutôt celui de répandre la fausse idée d’un « silence complice » musulman ? A titre de comparaison, quand le Vatican appelle à une « prise de position claire et courageuse de la part des responsables religieux, surtout musulmans », lui précise bien qu’il est « reconnaissant envers tous ceux et celles qui ont déjà élevé leurs voix pour dénoncer le terrorisme »

De même, le premier argument du vice-président du FN, Louis Aliot, pour contester la proposition française d’accueillir des réfugiés, est un repli sur soi : « si on commence à accueillir toute la misère du monde, ça va faire du monde qui doit venir chez nous, car il y a beaucoup de misère dans le monde » ; alors que lorsque les responsables catholiques disent que l’exode n’est pas la solution, c’est par souci de l’autre : « la solution pour notre pays ne réside pas dans l’exil d’une partie de ses enfants, quelle que soit leur confession, mais dans une solution politique, qui nous permet de rester dans ce pays que nous aimons, et d’y vivre en sécurité, égalité, et dignité avec tous », tels sont les mots du patriarche irakien des chaldéens, Mgr Sako, qui ne minimise pour autant en rien le caractère dramatique de la situation… Que Louis Alliot laisse donc ses références aux croisades de côté ! Le christianisme réel, c’est se soucier d’accueillir réellement les réfugiés irakiens déjà présents, un accueil chrétien qui leur fait malheureusement  déjà  défaut

Quant à Gaza… M’étant surtout exprimé sur l’Irak, je ne peux développer ici sur les très nombreuses manifestations face au drame de cet été. Dans la majorité des cas, ces manifestations de soutien furent d’une grande dignité, n’en déplaise aux médias officiels. Mais que dire face à l’absurdité d’une mise en scène à la fausse kalachnikov, à l’atrocité de la présence du drapeau noir des djihadistes, à la monstruosité antisémite d’un dessin de Zéon… ? Que dire, sinon constater que l’égocentrisme des revendications haineuses prend alors le pas sur la légitime compassion ?

Le Diable est dans les détails… Aucun croyant sincère ne devrait l’oublier.

Et puis, il y a l’Ukraine. Où un coup d’état cautionné par l’Europe est directement le fruit d’un bain de sang. Où des néo-nazis , antisémites assumés, sont présents d’une manière qui n’a rien d’anecdotique dans l’actuel pouvoir. Où les morts de l’incendie criminel d’Odessa sont des « innomés ». Où l’usage de phosphore blanc, comme à Gaza en 2009, est très sérieusement suspecté.  Où le drame du vol MH 17, selon la Malaisie, n’est pas imputable aux « rebelles »

Même si la question religieuse n’y est pas (encore ?) instrumentalisée, il serait peut-être grand temps de nous émouvoir un peu plus de cette guerre que l’OTAN semble vouloir alimenter en Europe ?

Ne vous conformez pas au monde présent,
mais
soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence,
pour discerner quelle est la volonté de Dieu 
:
ce qui est bien, ce qui Lui est agréable, ce qui est parfait
(Rm XII,  2)

par Ren’

 

Ramadan 2014

29 juin 2014

A l’occasion du début de Ramadan 1435, mois sacré pour l’Islam, l’équipe de « Dialogue-Abraham » présente tous ses voeux aux musulmans.

Pessah et Pâques 2014

15 avril 2014

À l’occasion de Pessah (Pâque), connu également sous le nom de la Hag haMatsot (Fête des Azymes), l’équipe de Dialogue-Abraham présente tous ses vœux aux juifs.

Elle souhaite également de bonnes fêtes de Pâques à l’ensemble des chrétiens.

Messieurs les politiques, taisez-vous !

11 mars 2014

La semaine dernière, François Hollande a voulu revenir sur les assassinats commis par Mohamed Merah. Et de déclarer, sans sourciller : « C’est le fanatisme et non l’islam, qui a guidé le bras assassin de Merah à Toulouse et à Montauban lorsqu’il a abattu Jonathan, Gabriel, Arieh, Myriam, Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf. Quatre juifs, trois musulmans. Tous Français »

Certes, le président français n’a pas redit « Abdel » plutôt qu’Abel, comme en novembre 2012. Mais cette année, voilà qu’il décrète qu’Abel Chennouf était musulman. Révélant à quel point il ne se soucie en réalité absolument pas des personnes qu’il cite. Aussi ne peut-on que comprendre ce cri du cœur d’Albert Chennouf dans une lettre ouverte, samedi dernier : « Mon épouse Katia, Tony et Sabrina mes enfants et moi-même, nous nous élevons et condamnons fermement votre inculture, votre agression verbale et votre mépris vis-à-vis de notre enfant Abel Samy Arnaud, qui est catholique de son état et non musulman »

Le discours officiel publié sur le site de l’Elysée a été corrigé depuis : « quatre juifs, deux musulmans, un catholique, sept Français » ; mais la vidéo reste… Et la blessure aussi.

Car nous sommes face à bien davantage qu’un lapsus. Ce n’est pas la première fois que la religion d’Abel Chennouf est placée sous le feu des projecteurs médiatiques. Déjà, pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait déclaré sur France Info : « Je rappelle que deux de nos soldats étaient – comment dire ? – musulmans, en tout cas d’apparence, puisque l’un était catholique. D’apparence… Comme on dit : de la diversité visible. Et ça serait particulièrement odieux cet amalgame parce que deux Français musulmans ont été assassinés, parce que soldat, par Mérat »

A l’époque, le PS avait bondi. Ainsi, un certain… Jean-Marc Ayrault nous déclarant que « le dérapage, volontaire ou involontaire, de Nicolas Sarkozy parlant d’individus d’apparence musulmane renvoie à notre Histoire, à une Histoire tragique, à une époque où on ne parlait pas d’apparence musulmane mais où on aurait parlé d’apparence juive » ; ou encore le communiqué officiel sur le site de campagne d’un certain… François Hollande, où l’on peut lire : « Il n’y a pas de couleur de peau qui implique nécessairement une religion, une identité, un socle de valeurs. A quoi bon enfermer nos concitoyens dans des cases, en fonction de ce à quoi ils ressemblent ? Imagine-t-on dire que celui-ci a une «apparence catholique» ou que cet autre «ressemble à un athée» ? La République ne reconnaît aucune apparence. Il serait temps que Nicolas Sarkozy s’y fasse et qu’il cesse d’utiliser des mots qui divisent » ; et de titrer : « M. Sarkozy, maitrisez vos paroles ! »

Sage conseil que l’on voudrait aujourd’hui souffler à l’actuel président français… Ainsi qu’à toute la machine politico-médiatique, comme vient de le redire l’aumônier d’Abel Chennouf : « Le 15 mars 2012, voilà presque deux ans jour pour jour, Abel Chennouf et Mohamed Legouad rendaient leur dernier souffle entre mes mains, lâchement assassinés par le terroriste Mohamed Merah. C’est dire si la polémique issue des propos du Président de la République, François Hollande, devant le CRIF, m’a touché (…) Lors des célébrations religieuses des obsèques, déjà nous avions été heurtés par la différence de traitement : aucune représentation nationale à la messe pour Abel Chennouf (pourtant célébrée par deux évêques) ; aucune représentation officielle même locale à Manduel pour sa mise en terre (…) Et voilà que deux ans après, il semble qu’aucune leçon n’ait porté, du moins chez les politiques (…) Par leurs maladresses coupables et répétées, politiques et journalistes, interdisent non seulement l’instauration de la paix dans le deuil, mais pire encore, ils retirent aux victimes de Merah, l’exemplarité dont elles sont le symbole : juifs, musulmans ou chrétiens : tous Français, tués par un terroriste qui haïssait la France en ce qu’elle a de meilleur : cette capacité à transcender les origines et les religions pour donner à chacun la possibilité de l’aimer, de la faire sienne et par là de se mettre au service du Bien commun »

Dans sa récente lettre, Albert Chennouf le redisait : « Je vous saurai gré de ne plus citer le prénom de mon fils, laissez-le dormir en paix » ; durant la campagne présidentielle, son cri de douleur fut encore plus direct : « J’ai envie de lui dire, au président de la République : Taisez-vous, mais taisez-vous donc ! Il n’y a que des soldats. Français. Pas des musulmans, ni des juifs, ni des catholiques »

…Et de me joindre à ce cri, moi dont la souffrance face à cette tuerie, réelle, je l’écrivais à l’époque, est pourtant si infime face à celle des proches des victimes. Et de dire à mon tour : « Taisez-vous ! Assez, de cette fausse compassion pour des personnes dont vous vous moquez ! Assez, de cette déshumanisation au profit de vos stratégies de com’ ! Laissez-nous ! »

Mme Ibn Ziaten, que j’ai déjà eu l’honneur de rencontrer, étant membre de son association (pour adhérer, c’est ici), a le droit de parler.  M. Sandler a le droit de parler. Mme Sandler a le droit de parler. Mme Legouad et M. Chennouf ont le droit de parler. M. Monsonego a le droit de parler. Tous les proches des victimes ont le droit de parler.

Sans oublier les deux victimes survivantes : Loïc Liber, aujourd’hui tétraplégique, et Bryan Bijaoui. Eux sont en droit de parler.

Mais vous, messieurs les politiques, qui n’y voyez qu’un faire-valoir de plus, taisez-vous !

Ce que dit la bouche,
c’est ce qui déborde du cœur 
(Mt XII, 34)

Assurément, j’ai voué un jeûne au Tout Miséricordieux :
je ne parlerai donc aujourd’hui à aucun être humain
(Coran XIX, 26)

SEIGNEUR, mets une garde à ma bouche,
surveille la porte de mes lèvres
(Ps CXLI, 3)

par Ren’