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Rencontres islamo-chrétiennes : plus que jamais !

14 novembre 2015

« Nous sommes conscients que notre titre fera naître chez beaucoup un sourire sceptique. Parler en ce moment d’un « avenir fraternel » entre chrétiens et musulmans peut paraître d’une naïveté angélique ! »… Ces quelques mots, écrits il y a quelques jours par sœur Béatrix et Haydar Demiryurek, co-présidents du Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne, en introduction d’un article titré « Rencontres islamo-chrétiennes : construire ensemble un avenir fraternel », peuvent sembler d’une cruelle ironie au lendemain du drame qui vient de frapper Paris. Deux jours après le drame qui a frappé Beyrouth. Deux semaines après le crash d’un avion de passagers russes dans le Sinaï -moqué il y a peu par la Une d’un journal parisien dont nous ne parlerons pas.

Quoi ? Parler de rencontres islamo-chrétiennes aujourd’hui ? Eh bien, oui. Car cette sinistre fin de semaine est aussi le début de la Semaine des Rencontres Islamo-Chrétiennes. Cette SERIC, lancée il y a 15 ans, pour donner une visibilité aux initiatives de dialogue, je la défends chaque année. Et aujourd’hui, plus que jamais !

Et cette motivation se renforce quand je pense à la douleur de tous ceux qui viennent, cette nuit encore, de perdre un être cher dans ce déchaînement de barbarie. C’est bien parce qu’ils ont été les victimes de personnes ne sachant rien faire d’autre que détruire, qu’il est essentiel, aujourd’hui plus que jamais, de travailler à construire.

« Bisounours » ? Ce terme, version moderne de la « naïveté angélique »,  est devenu un lieu commun pour décrédibiliser la position de nombreuses personnes impliquées dans le dialogue –l’un de mes voisins l’employait ce matin même dans notre conversation. Je passe sur bien d’autres qualificatifs beaucoup plus agressifs couramment employés par d’autres… Mais ne peut m’empêcher de citer aussi ce  « lèche-babouches » également évoqué par Mgr Dubost dans la préface d’un de ses ouvrages.

Dans ce livre, dédié « à mes frères catholiques que le dialogue avec les musulmans inquiète », il cherche à prendre en compte cette inquiétude et propose quelques éléments de réflexion. Evoquant l’intervention française au Mali, il rappelle par exemple que « peu ont conscience du fait que la France est intervenue dans une guerre de religion pour soutenir un camp contre un autre » et que, par conséquent, « il est totalement incohérent de prendre parti pour un bord dans une guerre ‘civile’ d’une part, et, d’autre part de faire un amalgame entre tous les musulmans en France et dans le monde »

Certains lecteurs critiques, déjà agacés par le début de ce billet, viennent peut-être de suffoquer devant ce « pas d’amalgame » ? Et pourtant… De quel droit ferait-on l’amalgame entre l’inculture d’un imam brestois auto-proclamé et un Mohamed Barjafil, docteur en linguistique ? Souvenons-nous des lectures de ces djihadistes anglais… « L’Islam pour les nuls ! » : ça ne s’invente pas. De quel droit ferait-on l’amalgame entre les kamikazes de Beyrouth et Adel Termos qui s’est sacrifié pour immobiliser l’un d’eux avant qu’il ne réalise un massacre dans une mosquée ? Souvenons-nous d’Ahmed Merabet, policier musulman abattu lors de l’attentat contre ce journal qui aime tant se moquer des victimes…

Pas d’amalgame parce que l’amalgame, c’est justement l’arme de ces terroristes, qui ne cherchent qu’à diviser les citoyens pour les amalgamer ensuite en deux camps selon leur propre vision déformée du monde. L’amalgame, c’est ce qu’ont fait par exemple ces meurtriers tirant dans le tas hier au Bataclan : qu’y aurait-il de commun entre eux et Walid, ce matin en salle de réanimation après avoir eu le fémur brisé par l’une de leurs balles ?

L’amalgame, c’est ce qu’à vécu la république centrafricaine, lorsqu’un conflit politique y a été transformé, simplifié en conflit entre chrétiens et musulmans. L’amalgame, c’est ce qui a amplifié le drame que vivait déjà cette nation depuis de nombreuses années. Et pourtant, au cœur de la tourmente, nous avons pu voir le travail commun de l’archevêque et de l’imam de Bangui. Va-t-on dire d’eux aussi qu’ils sont des « Bisounours » ?

Dialoguer, c’est une réalité concrète, ici, maintenant, avec nos voisins, quelles que soient leurs origines ou leur religion. Des voisins qui, pour reprendre les mots de Mgr Dubost, « sont aussi impuissants que nous contre des lois et des décisions qu’ils n’approuvent pas ». Des voisins qui, tout comme la majorité d’entre nous, sont impuissants face au grand jeu politique international qui a créé et entretenu DAESH.

Dialoguer, ce n’est certes pas un long fleuve tranquille, mais c’est la seule voie pour que se noue peu à peu une véritable confiance, d’être humain à être humain… une confiance d’où peuvent surgir de petites choses –comme ma présence vendredi dernier, dans la ville où je travaille, à la prière de shabbat– ou de plus grandes –tel ce mouvement de jeunes, Coexister, parti d’un appel initial à donner son sang.

Aujourd’hui, plus que jamais, écoutons l’appel du GAIC : « A l’heure du drame et du chaos (…) il nous paraît indispensable de croire à cet avenir. De croire que ce goût de la négativité, ces informations opiniâtrement sinistres dont nous sommes abreuvés peuvent faire place parfois à une ouverture sur des actions constructives. »

Aujourd’hui, plus que jamais, écoutons l’appel de Coexister : « Nous devons prouver une fois encore que les liens qui unissent les Français de toutes convictions philosophiques ou religieuses sont plus enracinés que la barbarie dévastatrice qui n’a d’autre but que diviser et terroriser. »

Nous devons dialoguer. Car il n’y a rien d’autre à espérer de la rupture du dialogue, sinon la violence.

Cette semaine, c’est la Semaine de Rencontres Islamo-Chrétiennes ; et si je peux dégager du temps pour participer à l’une des rencontres listées dans l’agenda, je le ferai. En hommage à toutes les victimes de Paris, de Beyrouth, de Syrie, du Sinaï… Et en priant pour elles.

Heureux les doux :
ils auront la terre en partage
(Mt V, 4)

par Ren’

 

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One Comment leave one →
  1. 14 novembre 2015 7:12

    J’y serai, comme chaque année, non pas en hommage, mais en réponse à la haine. La seule réponse possible étant le dialogue et l’amour, la seule réponse qui permette de ne pas sombrer dans les manipulations de l’Adversaire.

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