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Cafouillage ramadanesque

10 juillet 2013

L’autorité du CFCM en a pris un coup. Le Conseil français du culte musulman avait décidé, le 9 mai dernier, de fixer la date du début du mois de ramadan au 9 juillet à l’aube. Or des dizaines d’associations et de mosquées ont appelé à  jeûner à compter du 10 juillet seulement, s’opposant ainsi à la décision du CFCM. Résultat, la plus grande confusion régnait dans la soirée du lundi 8 juillet, relayée sur les réseaux sociaux par des musulmans perplexes.

L’idée du CFCM partait d’une bonne intention : faciliter la vie des musulmans en leur permettant de s’organiser pour le jeûne traditionnel (du lever au coucher du soleil). Il avait donc opté pour le calcul astronomique du calendrier lunaire, en accord avec la Conférence internationale sur l’observation de la Lune, qui s’est déroulée en novembre 1978, selon laquelle « le mois lunaire est supposé commencer le soir où, quelque part sur terre, le centre calculé du hilal (croissant de lune)au coucher du soleil est plus de 5° au-dessus de l’horizon et l’élongation est de plus de 8°. »  Autrement dit, le mois lunaire commence là où dans le monde, le croissant apparaît. Cette méthode est appelée « transfert de visibilité. » Ainsi, selon ce calcul, le CFCM avait prévu que le croissant de lune apparaîtrait le 8 juillet au soir en Amérique du Sud. En accord avec le principe du transfert de visibilité, si le croissant apparaît en Amérique du Sud le soir du 8 juillet, alors le nouveau mois commence le lendemain, à savoir le 9 juillet. Donc le CFCM a prévu que le ramadan commencerait le 9 juillet.

Dès le lendemain de l’annonce du CFCM, des organisations musulmanes et des mosquées avaient marqué leur désaccord et dit qu’elles  privilégieraient la méthode traditionnelle. Celle-ci, aussi appelée « nuit du doute», leylat ol shek, consiste en l’observation directe de la lune. Si une personne voit le nouveau croissant apparaître, alors le début du mois est proclamé. L’Association des unions musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93) s’était ainsi offusquée de la décision du CFCM : « la fixation à l’avance du début de ramadan est un abus d’autorité », déclaraient les responsables de l’association, ajoutant que le CFCM avait agit « sans réelle concertation ni justification juridique » et que sa décision était « arbitraire et irrecevable. » Le 13 mai, Khalil Meroun, recteur de la Grande Mosquée d’Evry-Courcouronnes, en Essonne (91) affirmait dans un communiqué : « une fois encore, le CFCM vient de s’illustrer par une décision qui sera lourde de conséquences sur l’unité de la communauté musulmane de France. »

Et voilà que, dans la soirée du 8 juillet, de nouvelles associations musulmanes ont annoncé à la dernière minute qu’elles aussi tournaient le dos à l’avis du  CFCM et ont proclamé le début du mois de ramadan pour le mercredi 10  juillet, rejoignant ainsi la fronde lancée en mai. En optant pour cette date du 10 juillet, les «  frondeurs » s’alignaient sur le début du jeûne dans les pays du  Maghreb. Si bien que, dans la soirée de lundi, les réseaux sociaux se sont affolés. Une bonne partie de la communauté musulmane française a passé des heures collée à ses écrans d’ordinateur, ses smartphones, ses tablettes, bref à tout ce qui pouvait se connecter à Internet pour essayer de savoir s’il fallait commencer à jeûner dès mardi matin.

Les gens suivaient en direct les annonces de changement de date, notamment sur le compte d’Al Kanz sur Twitter. Celui-ci informait des changements au fur et à mesure de la soirée. Sur Facebook, un jeune musulman commentait ainsi ces bouleversements : « le pire, ce sont toutes ces mosquées qui ont annoncé le 9 et qui changent d’avis à la dernière minute !» ;  avant de plaisanter plus loin : « on dirait qu’ils nous annoncent les résultats des élections ville par ville !»

Constatant les volte-faces qui semblaient gagner toutes les associations musulmanes et mosquées (comme celles de d’Issy-les-Moulineaux ou de Toulouse), beaucoup de fidèles se sentaient perdus. Les échanges entre amis et proches se sont succédé durant toute la soirée, voire jusqu’au matin du 9 juillet. La tonalité générale était : « C’est quoi ce délire, sérieux ? »,ou encore « je n’ai jamais vu une telle fitna (discorde)». Finalement, on mange ou on ne mange pas ?

Mardi 9 juillet, coup de théâtre :  la Grande mosquée de Paris (GMP), dont le recteur, Dalil Boubakeur est aussi le président du CFCM, a annoncé le premier jour de ramadan pour le 10. Plus tard dans la journée, le CFCM a fini par rejoindre le mouvement, comme l’a admis son président, M. Boubakeur, dont les propos ont été rapportés par le Monde : « vox populi, vox dei ! Nous avons donc décidé de nous adapter à ce souhait de la communauté musulmane. »

Tout ce qui vous a été donné n’est que jouissance de la vie présente ;
mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus durable
pour ceux qui ont cru et qui placent leur confiance en leur Seigneur
(…)
et qui se consultent entre eux à propos de leurs affaires
(Coran XLII, 36.38)

Mamun
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