Skip to content

« Catholiques identitaires » : des païens inavoués ?

27 mai 2013

« Le mardi 21 mai aux alentours de 16h, un homme s’est suicidé par arme à feu à l’intérieur de la cathédrale (…) Comme il est d’usage en tels cas, une messe de réparation a été célébrée »Annonce laconique, qui ne précise pas le nom du suicidé. Annonce qui nous ramène à l’essentiel du point de vue de l’Eglise : « Les lieux sacrés sont profanés par des actions gravement injurieuses qui y sont commises au scandale des fidèles et qui, au jugement de l’Ordinaire du lieu, sont si graves et contraires à la sainteté du lieu qu’il ne soit pas permis d’y célébrer le culte tant que l’injure n’a pas été réparée par le rite pénitentiel prévu par les livres liturgiques » (Can. 1211)

Mardi dernier, la cathédrale de Paris a été profanée.
Et, surprise ? Voilà que des personnes qui habituellement s’indignent de la banalisation des profanations de lieux catholiques changent de ton.
Car voilà, le profanateur est un « penseur » de l’extrême-droite…

Une frange du catholicisme français révèle tout à coup ses tentations idéologiques ! Son indignation est réservée aux désaxés « d’origine musulmane » ou FEMEN. Mais que quelqu’un jette sur l’autel une lettre expliquant choisir « un lieu hautement symbolique » qu’il prétend « respecter et admirer » parce qu’édifiée « par le génie de ses aïeux » avant de démontrer ce « respect » en en profanant le sanctuaire (sic) pour « s’insurger contre le crime du remplacement de nos populations », et voilà que le ton change, que des éloges sont exprimées, que des cérémonies d’hommage sont organisées, à Lyon ou sur… le parvis de Notre-Dame (re-sic), que le sacrilège est minimisé car il aurait « accompli son acte (…) par amour et par espoir, sans doute pas un instant par volonté de profaner », que des piques sont décochées contre « la presse qui cherche à le discréditer » pendant que des boucs émissaires sont recherchés pour faire diversion…

Ainsi les propos de C.Boutin, politique française prétendant représenter les citoyens catholiques, qui déclarera espérer que « cet homme, qui ne croyait visiblement pas en Dieu, mais qui a choisi Notre Dame pour mettre fin à ses jours, s’est converti à la dernière seconde » (voilà pour la minimisation) avant de lancer une tirade sur « une responsabilité qui incombe en partie à F.Hollande » parce qu’il a « participé avec la loi Taubira au déclin de la civilisation qui a conduit (…) à ce geste désespéré » (voilà pour la diversion)

Cependant, une gêne trouble demeure…
Pas évident de se mentir, et d’essayer de ne pas regarder en face la gravité de la profanation…
Heureusement une FEMEN tombe à point nommé dès le lendemain, mimant un suicide à Notre-Dame en brandissant le slogan « may the facist rest in hell ». La gêne peut être balayée pour une « saine » indignation contre cette mise en scène qui « porte atteinte à la mémoire » de la nouvelle idole !

On évitera de remarquer que ce suicidé, païen assumé, a « orchestré seul et pour lui-même un rituel » -ce que note lucidement G.Konopnicki. On évitera de regarder en face l’incohérence de l’hommage que lui rend un de ses collaborateurs qui déclare à la fois « tel Montherlant ou Drieu la Rochelle, tu as choisi la mort volontaire, celle des Romains, ou des Germains, celle de la vieille religion des Européens » et « tu dis ainsi aux catholiques, réveillez-vous, ne baissez pas l’échine devant l’ignominie qui avance partout »…Bref : on évitera de remettre en cause la « sainte alliance » entre catholiques « identitaires » et païens assumés.

J’ai déjà montré sur ce blog mon propre souci face aux profanations. Elles n’arrivent pas en tête de mes préoccupations de Chrétien Indigné, avant tout soucieux des vivants. Mais, oui, elles m’indignent aussi. Et je ne fais pas dans l’indignation sélective. Ne m’élever contre la vandalisation d’une tombe que si, de celle-ci, la religion m’agrée, non, merci ! Face à une atteinte contre un lieu de culte légal, me poser en victime ou justifier le mal selon la nature des pratiquants, non, merci ! Protester haut, protester fort contre un vandale, lorsqu’il nous vise ; minimiser, trouver normal la même agression commise sur d’autres, non, merci ! Excuser, enfin, l’acte de celui qui susurre qu’il est dans notre « camp » et que son geste est pur, endormir ma conscience et me mentir, non merci !

Prenons l’extrême-droite au mot : réveillons-nous ! Arrêtons de nous laisser enfumer par « l’ignominie » ! Reconnaissons l’acte commis par cet homme : une profanation par quelqu’un qui en réalité méprise le christianisme !

Non, les puériles provocations FEMEN ne sont pas comme j’ai pu le lire « d’infiniment plus choquants outrages ». Derrière leur « esthétique de la vulgarité » et la soi-disant « éthique de la volonté » de ce suicidé, il y a la même vacuité désespérée. Face à leurs gesticulations ou à ce suicide se prétendant  « fondateur », le même sentiment de pitié.

Cet homme n’a même pas réussi à être original : une féministe (!) mexicaine l’a précédé en se donnant la mort à Notre-Dame en 1931.

Cependant, on pourrait s’interroger : n’arrive-t-il pas qu’un suicide soit fondateur ? Comment ne pas penser à Mohamed Bouazizi ? Contrairement à Mishima, idole d’extrême-droite, le geste désespéré de ce maghrébin fut contre toute attente l’étincelle déclenchant le bouleversement de son pays.  Ce tunisien sans prétentions a touché les cœurs. Comment ne pas penser à Amina Al Filali ? La mort de cette marocaine sans prétention a elle aussi touché les cœurs, poussant à la remise en question d’un article hérité du droit français. Comment, enfin, à titre purement personnel, ne pas repenser à Matthieu, entré, avec moi et d’autres, dans une spirale auto-destructrice quand nous étions adolescents… J’en suis sorti, lui s’est tiré une balle. Et son souvenir n’est pas étranger au choix de ma profession actuelle d’enseignant.

Mais un suicide reste un suicide. Il n’est jamais « grand ». Il ne peut jamais être glorifié. Quand je crois que le Christ a accepté par amour pour nous de suivre le chemin qui le mène à mourir sur la croix, je ne crois pas à un suicide. Il ne (se) tue pas, c’est nous qui le tuons. La différence peut sembler minime pour un penseur d’extrême-droite, elle est pourtant là.

Comme le disait Mgr Vingt-Trois ce samedi sur samedi sur Radio Notre-Dame, « le suicide n’est pas un sacrifice ; c’est un acte de mutilation. Un sacrifice, c’est d’offrir quelque-chose à quelqu’un, mais il n’offrait rien à personne ! Il n’était pas venu pour faire l’offrande de sa vie à Dieu, il était venu pour utiliser le lieu dans sa dimension publique (…) pour donner du retentissement à quelque-chose auquel personne n’aurait prêté attention s’il l’avait fait chez lui ». Et de rappeler ce qu’il avait déclaré le soir même lors de la veillée annuelle de prière pour la vie : « Un homme s’est suicidé, pensant par là, par cet acte de violence, faire progresser ses convictions et ses idées dans le monde. Nous avons purifié la cathédrale (…) mais plus que la cathédrale, ce sont nos cœurs qu’il faut purifier. C’est de nos cœurs qu’il faut chasser la violence. Jamais aucune violence d’aucune sorte, qu’elle soit physique ou verbale, qu’elle touche l’enfant innocent qui est appelé à naître, ou le vieillard abandonné que l’on veut faire mourir, qu’elle frappe nos adversaires, ou qu’elle nous frappe nous mêmes, jamais aucune violence ne fait progresser l’être humain dans la connaissance de ce qui est bon et dans la volonté de le faire. Jamais aucune violence ne fait progresser l’amour. La violence ne produit que la violence et que la mort »

Nous sommes pressés de toute manière, mais non réduits à l’extrémité ;
dans la détresse, mais non dans le désespoir ;
persécutés, mais non abandonnés ; abattus, mais non perdus ;
portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus,
afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps
(2 Co IV, 8-10)

par Ren’

Publicités
6 commentaires leave one →
  1. 27 mai 2013 5:52

    Cher Ren,

  2. 27 mai 2013 6:42

    Cher Ren,

    Vous avez raison sur votre thèse centrale: il y a une collusion inavouée entre les « catholiques identitaires » et les païens assumés.

    Mais vous commencez par confondre profanation et profanation. Peut-on mettre sur le même plan ou dans le même sac quelqu’un qui vient saccager un lieu de culte et qui profane ledit lieu, ou quelqu’un qui vient déposer sa vie devant Dieu, comme un ultime défi qu’il Lui lance. Car il est impossible que le Dieu des chrétiens ait été indifférent à cet ancien baptisé devenu païen entre temps, mais qui vient mourir au pied de cet autel-là, ça ne peut pas être purement symbolique. N’importe le motif de son geste, celui qui l’a fait me paraît éminemment respectable. Come le dit son ancien collaborateur, il me paraît à moi aussi avoir conquis « un droit inaliénable au respect ».

    Respect auquel il n’a pas eu droit de la part du clergé de Notre-dame de Paris, qui a réparé le lieu de culte selon les canons en vigueur, dites-vous, j’ai lu à ce sujet des versions contradictoires, mais qui s’est surtout ridiculisé en maintenant »la veillée pour la vie » (c’est un comble) prévue le soir même de ce geste. La décence aurait voulu que la cathédrale reste fermée pendant la nuit qui suivait ce geste. Et l’on aurait aimé aussi que le cardinal Vingt-trois ne se ridiculise pas en relayant une sorte de néo-vulgate girardienne, selon laquelle l’amour serait contraire à la violence et eros n’aurait rien à voir avec tanathos. Depuis quand l’amour n’est pas violent, est gentillet, sentimental et finalement n’engage à rien ?

    Indépendamment de ses motivations, que je n’approuve en rien, on peut ne pas adhérer du tout au martyre (c’est-à-dire au témoignage qu’a choisi de donner Dominique venner, qui prétend s’opposer en « samouraÏe » d’occident à la fois aux « kamikazes islamistes » et au martyre chrétien. L’indécrottable romantique que je suis ne peut s’empêcher de penser que celui qui consomme le sacrifice de soi-même (vous seul dites qu’il n’y a pas de sacrifice) au service d’une cause qu’il a identifiée, non seulement l’emporte sur celui qui entraîne les autres dans le don qu’il fait de sa vie en faisant sauter une bombe, mais n’est pas sans interroger le martyre chrétien en ce que le Christ, certes ne se suicide pas, mais Se laisse tuer, et, au tribunal où il comparaît, peut entraîner par ses silences le déchaînement de violence de ses interlocuteurs. Si le christ ou les chrétiens désirent le martyre, pourquoi font-ils porter aux autres la responsabilitédu sacrifice qu’ils veulent faire d’eux-mêmes? Sans compter que le rapport des chrétiens à la mort est trouble: ils déclarent vouloir mourir le plus tard possible, et pourtant désirer le ciel pour y jouir de « la vision béatifique ». Mais, pour revenir au sujet du martyre, la violence n’en incombe pas uniquement à ceux qui martyrisent, étant donné qu’il existe une « béatitude des persécutés », qui a besoin, pour être réalisée, de persécutions et donc de persécuteurs… Je sais que cette position est choquante, elle n’est pas sans me troubler moi-même, mais je crois qu’on doit aller au bout de la radicalité des questions que ce geste pose. Enfin, je ne comprends pas que l’Eglise, qui témoigne d’un respect pour la personne humaine, ne cite même pas le nom d’un suicidé et que vous souteniez un tel communiqué qui, pour être « laconique », va selon vous « à l’essentiel, du point de vue de l’eglise. » A l’essentiel, sauf le respect de la personne humaine.

    • 27 mai 2013 1:14

      Vous dites qu’il y a « profanation et profanation », je vous répondrai qu’il y a « respect et respect ». Il y a le « respect de la personne humaine » : ce respect est selon moi une obligation pour le chrétien. Et c’est justement ce devoir de charité qui fait que j’ai choisi de ne pas m’étendre dans ce billet sur les problématiques personnelles de cet individu, et sur la véritable nature de son désespoir intérieur qui a plus à voir avec les problématiques de la fin de vie et de l’euthanasie qu’avec les raisons officielles qu’il en a données. Et c’est pourquoi il n’y a pas « sacrifice » : il n’a rien donné, il a pris. Il a pris à Notre-Dame de Paris et à la loi Taubira ce dont il avait besoin : un prétexte pour tenter d’obtenir l’immortalité de Pharaon, au lieu de mourir dans l’indifférence générale.

      L’indécence est sienne, lui qui a transgressé en toute connaissance de cause – car on ne me fera pas croire qu’il ignorait l’importance du sanctuaire dans une église. Et si je respecte le désespoir réel de cet homme, comme de tout homme, je ne peux avoir que mépris pour sa démarche où je ne lis qu’orgueil et vanité.

      Entre les FEMEN et lui, la différence est pour moi simplement cosmétique. Des deux côtés, chacun s’est inventé son propre rituel sans une once de respect pour les autres.

  3. 9 septembre 2013 4:19

    Tissu de clownerie, et je garde le L pour rester poli, lisez ce qu’ont dit les Daoudal, Anthony et autres catholiques d’extrême droite sur le suicide de Venner…

    • 11 septembre 2013 5:45

      Vous n’êtes pas capable d’argumenter par vous-même ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :