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Musulmans engagés : quel juste milieu ?

15 avril 2013

Il y a bientôt un mois, le 21 mars 2013, décédait Cheikh Al Bûtî (qu’Allâh lui fasse miséricorde et pardonne ses erreurs s’il était sincère), assassiné avec 49 autres victimes dans une mosquée de Damas.

Très peu de temps après sa mort, une vive polémique est apparue, et trois grandes positions s’en sont dégagées : ceux qui se réjouissaient de sa mort car le considérant comme un « apostat » au service de la mécréance du régime de Bashar ; ceux qui restaient neutres par rapport à sa mort ; ceux qui pleurèrent sa mort.

Ne nous attardons pas pour le moment sur l’extrémisme de ceux qui ne proposent rien si ce n’est de faire le takfir (l’excommunion) de gens qui les dépassent en piété et en science, sans jamais rien proposer de mieux en retour et qui se détournent ainsi du Message Divin pour faire primer leurs passions et leurs excès !

Les ouvrages de Cheikh Al Bûtî reflètent ses qualités humaines et islamiques, en dépit de ses mauvais choix politiques, même s’il voulait simplement préserver la stabilité en Syrie ; peut-être était-il d’ailleurs contraint par des menaces contre lui ou sa famille ? Il reste un grand savant ayant réfuté avec intelligence et preuves islamiques les ignorants et les innovateurs (y compris chez les « salafistes »), et c’était aussi un vieil homme qui n’avait plus forcément la force de trop s’engager dans ce conflit confus et désordonné.

Il s’est trompé sur certains sujets politiques, certes, et il ne faut pas le suivre là-dessus : qu’Allâh lui accorde Son Pardon pour ses fautes, et le récompense pour ses qualités et ses oeuvres pieuses qui ont inspirées et rappelées de nombreux jeunes et générations à l’islam ! N’oublions pas que même dans le chaos syrien, il avait émis des fatwas interdisant aux soldats de Bashar de tuer ou de s’en prendre aux civils ou aux manifestants, et cela, dès le début de la révolte.

Les gens qui l’ont rencontré ont été impressionnés par son charisme, son intelligence et ses qualités, et beaucoup d’étudiants religieux ont appris de lui. Il n’a jamais vanté l’excellence du régime syrien ni incité à adorer Bashar ou à délaisser l’Etat islamique ou encore la lutte armée légitime selon la méthodologie islamique…

C’était un grand savant. Quelqu’un qui a apporté beaucoup en terme de réflexion et d’apport intellectuel dans différentes disciplines islamiques. Enormément de savants syriens se sont démarqués de son suivisme à l’égard de la mafia d’Assad. Mais eux-mêmes le disent, ça n’enlevait rien à son érudition qui appartient désormais au patrimoine intellectuel musulman.

Ceci dit, on ne peut que lourdement s’interroger sur cet attentat et son mode opératoire. Et encore plus aujourd’hui, avec cette vidéo récemment mise en circulation sur internet. Chacun sait que la mosquée Al Imane, située en plein Damas, fait partie des moquées les plus surveillées par les services de sécurité d’Assad. Selon le Sheikh Muhammad Al Ya’qubi, qui accuse ouvertement le régime, Al Bûtî commençait à changer, à se rendre compte de la véritable nature de la révolution (qui n’était pas totalement pilotée de et par l’extérieur), à prendre conscience de l’instrumentalisation dont il faisait l’objet, de l’ampleur de la répression contre son peuple…

Il peut donc très bien s’agir d’une provocation du régime, comme le fut l’attentat contre la cathédrale d’Alexandrie en 2011, dont furent accusés les salafistes alors que nous savons maintenant qu’il fut provoqué par le gouvernement égyptien de l’époque, ou encore certains massacres en Algérie dans les années 90 -que le lecteur français pense par exemple au cas du meurtre des moines de Tibhirine

Il est mort martyr et en prosternation (sujûd) Inshâ’Allâh wa Al Hamduli-Llâh, pour son Seigneur Allâh ! Le Prophète (saws) a dit : «Ne dites que du bien des morts sinon taisez-vous» [s’ils étaient mauvais en apparence]. Sa mort est semblable à la manière dont décéda le grand ‘Umar Ibn Al Khattâb (qu’Allâh l’agrée), assassiné par derrière au moment où il priait dans une mosquée, et décédé à la suite de ses blessures quelques jours plus tard. L’imam Ibn Al-Qayyim al Jawziyya (qu’Allâh lui fasse Miséricorde) a dit : «Celui qui connait vraiment son âme, s’occupe tellement de sa réforme qu’il se désintéresse des défauts des gens. Celui qui connait vraiment son Seigneur, s’occupe tellement de Lui qu’il oublie les passions de son âme. Le plus grand perdant des gens dans le « marché de la vie » qu’il a conclu, est celui qui s’est tellement occupé lui-même qu’il a oublié Allâh. Pire que lui, celui qui s’est tellement occupé des gens qu’il a oublié sa propre personne» (Al-Fawâ-id)

Les choses ne sont pas aussi simples que ce qu’en disent ses détracteurs. Laissons cela à Allâh, et dénonçons juste les erreurs qu’il a pu commettre, sans le rabaisser ni tout rejeter de lui. Premiers à s’en prendre aux musulmans, mais derniers à se réformer eux-même, les « jihadistes du net » ignorent tout de la complexité du monde géopolitique, et une fois qu’ils vont sur le terrain ou qu’ils y sont confrontés réellement, ils voient que ce n’était jamais aussi simple… S’ils se prétendent musulmans, ils sont alors sensés suivre Allâh (Al Haqq) et non prendre les passions pour divinités !

Ceux qui se réjouissent de la mort de quelqu’un, qui n’était pas un « diable » incarné en homme comme peuvent l’être de grands tyrans qui possèdent temporairement l’autorité politique, s’opposent à l’attitude du Messager de Dieu, car, même pour un non-musulman, le Prophète (saws) se taisait et se levait lorsque le cortège funèbre passait.

Ne pas se précipiter sur une information, se taire, analyser, faire la prière de consultation et des invocations pour que Dieu nous éclaire par Sa Lumière afin de nous guider vers la Vérité, observer et prendre en compte tous les facteurs, mesurer ses paroles, et se fier qu’aux éléments fiables, et ensuite seulement, parler avec sagesse et pertinence, sans arrogance aucune.

Par mimétisme envers les idéologies modernes, certains en sont arrivés, en pratique, à considérer l’islam comme une idéologie quelconque, s’appliquant avec « froideur », comme un communiste fait la révolution pour instaurer la « dictature du prolétariat ». Et dans les deux cas, la fin finie par justifier tous les moyens. Ces modernistes qui s’ignorent en sont désormais à se réjouir d’un carnage survenu dans une mosquée… Qu’Allâh accorde le Firdaws à Ses martyrs, et qu’Il guide Ses serviteurs sincères. Et Dieu est le plus Savant sur ce qu’il en est en réalité.

Hâ – Mîm. La révélation du Coran est l’œuvre de Dieu,
le Tout-Puissant, l’Omniscient,

qui pardonne les péchés, agrée le repentir,
réprime avec sévérité et dont la générosité n’a point de limite.

Il n’y a d’autre divinité que Lui et c’est vers Lui que se fera tout retour
(Coran XL, 1-3)

Ghazali

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