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Du désintérêt de la fonction publique pour la Coexistence

24 janvier 2013

Voilà un titre qui pour moi fleure bon l’ouvrage du XIXe siècle… Ne manquent que les pages jaunies, et l’un de ces sous-titres surannés qui ne peuvent servir de résumé que pour l’initié ; quelque-chose comme « Nos héros découvrent les défauts de l’honnêteté face aux oeillères de l’administration – aux âmes biens nées, la réactivité n’attends pas le nombre des années – une affaire loin d’être enterrée »

Dans mon premier billet de l’année, je viens vous reparler de l’association Coexister – dont le vieux trentenaire que je suis ne fait pas partie, je le rappelle. J’avais évoqué, en son temps, le lancement sur Paris de leurs rendez-vous du Jeudi. Depuis, l’association à essaimé dans toute la France, et notre forum continue son suivi d’information pour les rares personnes non encore soumises à un célèbre réseau social grâce à une rubrique dédiée.

J’aurais préféré vous parler de l’initiative positive de cinq jeunes liés à Coexister, l’InterFaith Tour. Mais voilà, il va me falloir démarrer 2013 avec un sujet beaucoup moins accrocheur… Le flan, c’est maintenant

La nouvelle est tombée hier sur un célèbre réseau social : « Après une année record des tensions interreligieuses et du nombre de victimes du racisme, de l’islamophobie et de l’antisémitisme, Coexister le mouvement interreligieux des jeunes se voit retirer son statut d’intérêt général pour des raisons incompréhensibles ». Une information relayée aujourd’hui par la presse catholique, mais aussi musulmane.

Depuis, l’association communique tous les éléments nécessaires pour s’informer sur le sujet -lançant même une newsletter à laquelle vous pouvez vous inscrire. Et donc, entre autre, la lettre de la DGFIP qui nous dit que « les actions ne relèvent de fait d’aucun des domaines définis par les articles 200 et 238bis du CGI ». Je peux admettre la validité légale des critiques de ce document sur le fait qu’elle ne rentre pas dans le cadre pour son caractère social, humanitaire ou culturel (sur le plan humain, c’est une autre histoire, mais passons…). Je remarque cependant, d’emblée, la place prise par la négation du caractère éducatif de l’association. Une place qui invite à penser que ce caractère éducatif n’est pas si facile à nier que ça.

Lisons. « L’association Coexister ne peut se prévaloir d’un caractère éducatif. Pour que le caractère éducatif soit reconnu, l’activité de l’association doit permettre la transmission d’un savoir et assurer aux élèves le développement de leurs capacités morales. La prestation proposée doit donc se caractériser par un contenu pédagogique affirmé, ce qui suppose la mise en œuvre d’actions de formation permettant la transmission réelle d’un savoir. Dans ces conditions, la mise en place au sein d’établissements scolaires d’action de sensibilisation à l’urgence d’une société interculturelle respectueuse de la diversité, pour louable qu’elle soit, ne peut être regardée comme revêtant un caractère éducatif »

Alors là, je rigole. Non pas des prestations fournies par Coexister, mais parce qu’en tant que prof, je sais ce que peuvent être les « actions de formation » proposées ponctuellement avec l’aval de mon ministère de tutelle. Certaines sont de qualité, mais beaucoup sont d’une artificialité totale, voire n’ont pour unique but que de justifier des subventions… Honnêtement, quand je repense à certaines « actions de formations » proposées à mes élèves, je préférerais de loin une intervention de Coexister. Ce passage n’est que poudre aux yeux administrative, il faut chercher ailleurs.

Prêtons donc attention au témoignage du président de Coexister : « Tout au long de l’entretien, nous avons été interrogés sur l’aspect religieux de  l’association. Le cinq personnes présentes nous ont posé des questions sur les symboles religieux qui apparaissaient sur notre site internet. A trois reprises j’ai dû répondre que nous abordions la religion en tant que fait social et non spirituel »

Voilà qui éclaire la situation d’un jour nouveau… Et qui est à mes yeux beaucoup plus crédible. Maintenant, nous n’allons pas faire dans le discours sur la persécution anti-religieuse, même si l’état d’esprit de cette audition fleure bon le laïcisme de la IIIe République. Mais l’avocat interrogé dans le même article signale que « la notion d’intérêt général pose de plus en plus problème à l’administration car elle permet aux associations d’émettre des reçus fiscaux qui permettent aux personnes qui reçoivent ces reçus de bénéficier d’abattements fiscaux. Si l’association se mêle de religieux, cela peut constituer un facteur aggravant dans la mesure où la dimension d’entraide exercée est parfois moins reconnue. Par ailleurs, il y a une vraie inégalité de traitement entre les personnalités, qui ne seront pas embêtées, et les anonymes ». Dans un autre article, un expert-comptable confirme que, de plus en plus, cette notion d’intérêt général « est interprétée de manière restrictive par l’administration fiscale”

Au fond, c’est une histoire de gros sous doublée ici d’une bonne dose d’allergie au fait religieux, bien dans l’air du temps. Et le comble, c’est que Coexister en fasse les frais, alors qu’ils ont été demandeurs de cette clarification (je vous invite à consulter la chronologie des faits), alors que pendant ce temps, Civitas demeure d’intérêt général. Vous vous souvenez, ces personnes qui,  dans Notre-Dame de Paris, avaient bruyamment fait obstacle à la conférence de carême le rabbin Krygier parce que la parole d’un juif dans une église est pour eux sacrilège ? Ou qui ont échauffé les esprits au sujet d’un Piss Christ finalement vandalisé en Avignon ? La liste serait longue, mais ces seuls exemples reflètent tout « l’intérêt public » de cette association… Mais voilà, Civitas ne fait pas partie des « anonymes » !

D’un autre côté, Coexister non-plus, qui a récolté en moins de 24h plus de 1000 signatures sur sa pétition de soutien. Leur deuxième communiqué officiel le dit, mais je peux de toute façon en témoigner personnellement, puisque j’ai suivi la montée du chiffre depuis ma propre signature, hier après-midi… 1270 signatures à l’heure où j’écris, allez, on se mobilise, on signe, on partage !

Mes pensées vont beaucoup, ce soir, à l’autre association qui, le même jour que Coexister, a subi le même sort. Je ne connaissais pas Enquête, je découvre, et vous invite à faire de même en allant voir leur site. Eux aussi ont besoin de notre soutien !

En attendant, ce soir, le papa catholique que je suis viens de faire une visite à l’une des mosquées de la ville avec ses deux jeunes enfants. De la coexistence active, d’intérêt général… Et j’espère bien que mes enfants, plus tard, quelles que soient leurs convictions futures, sauront prendre le relai !

Au demeurant, frères, soyez dans la joie,
travaillez à votre perfectionnement,
encouragez-vous, soyez bien d’accord, vivez en paix,
et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous
(2 Cor XIII, 11)

par Ren’

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