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Regard bouddhiste sur les persécutions birmanes

16 décembre 2012

Dans un pays où l’identité citoyenne se retrouve très liée à l’identité religieuse, la Birmanie est depuis quelques temps déjà le terrain de nombreuses tensions communautaires. Ce pays du d’Asie du Sud-Est a connu une longue période de dictature pour commencer, il y a quelques années seulement, à s’ouvrir à la démocratie grâce à la longue lutte de Aung San Suu Kyi (devenue Prix Nobel de la Paix en 1991). Les événements actuels surviennent dans un pays majoritairement bouddhiste avec cependant environ 4% de la population de confession chrétienne et 4% de confession musulmane (20% selon les dirigeants musulmans).

Je suis étonné car ce qui s’y passe est en complète contradiction avec l’enseignement du Bouddha.

Le Bouddhisme est une religion et/ou philosophie de vie prônant la paix, la tolérance et la compassion entre tous les êtres. Pourtant le sentiment de xénophobie semble être de plus en plus palpable chez les Birmans. Au point de découvrir dans les actualités des actes de violences répréhensibles envers musulmans et chrétiens et inversement, voir même certaines manipulations de l’information visant à entretenir ces tensions.

Il me semble donc important de bien faire la distinction entre les motivations humaines et les motivations religieuses. Comment pouvons nous faire la part des choses quand, au regard des acteurs principaux, cette distinction ne semble pas exister ?

Bien que les évènements en Birmanie ne concernent que certaines communautés religieuses, je parlerai ici d’un problème pouvant tous nous toucher à un moment ou à un autre de notre vie.

Chacun de nous construit son identité selon des repères que nous procure notre environnement. Cet environnement peut regrouper notre famille, nos amis, notre appartenance religieuse, notre pays, etc. ; dans le cas de la Birmanie, c’est la conception qu’un Birman doit être bouddhiste pour être réellement définit comme Birman qui semble être la partie émergé de l’iceberg.

Cette croyance, cette image de la nationalité se retrouve alors mise à mal lorsque le pays doit considérer la réalité d’autres cultures religieuses chez ces citoyens. Et cela peut engendrer chez les personnes les plus « attachées » à leur conception de l’identité un certain sentiment d’envahissement, de xénophobie. Une peur de la perte des repères qu’ils ont toujours connus.

Cette peur qui nous pousse à rejeter les autres. Cette peur qui nous pousse à l’agressivité et l’intolérance. Cette peur qui nous pousse à nous tourner vers le radicalismeEt finalement cette peur qui peut nous amener à commettre des actes en complètes contradictions avec nos principes ou croyances religieuses.

Pourtant, le Bouddhisme met bien en garde contre cela. Dans son enseignement, le Bouddha parle des Trois Poisons de l’esprit : l’attachement, l’ignorance et la colère. Or pour « lutter » contre ces poisons, nous pouvons nous rappeler certains principes : – Le monde est en perpétuel changement. S’attacher à l’idée que les choses dureront toujours est une illusion. – Notre identité est une construction mentale dépendant de nombreux facteurs et influence et ceci à chaque instant de notre vie. S’attacher à une idée fixe de ce que nous sommes est alors aussi une illusion. – Car c’est lorsque cette image de permanence est mise à mal que cela engendre en nous de la souffrance.

Cette interdépendance qui nous relie avec les autres ainsi qu’avec notre environnement doit nous rappeler qu’un acte en lui-même n’a pas pour cause un seul individu ou groupe que nous pouvons définir comme « ennemi » (comme la source du « mal » que nous ressentons), mais au contraire qu’il s’agit de la conséquence de multiples influences. Cela nous permet de prendre un peu de recul et de se poser des questions que l’ignorance et la colère nous empêcherait de nous poser en temps normal.

Et c’est dans ce rappel des principes fondamentaux du Bouddhisme que je salue la récente déclaration commune des dirigeants bouddhistes à travers le monde : «Nous tenons à réaffirmer au monde et à vous encourager dans la pratique des principes les plus fondamentaux du bouddhisme de non-nuisance, de respect mutuel et de compassion»

Que ce soit le Bouddhisme, l’Islam, le Christianisme ou le Judaïsme, l’implication de ces religions (chacune prônant la paix et le respect de son prochain) dans des actes de violence et d’intolérance devrait nous amener à nous poser des questions sur nous-mêmes avant de nous en poser sur les autres. Cela devrait nous amener à réfléchir sur notre propre capacité de tolérance et de respect envers autrui. Croyants ou pas, nous pouvons nous poser ces questions :
« Est-ce véritablement moi ? »
« Cette colère que je ressens, cette frustration, ce désir de rejeter l’autre. Est-ce vraiment moi ? »
« Est-ce par ma colère, ma frustration, mon rejets de l’autre que je me définis en tant qu’être humain appartenant à une famille de plusieurs milliard d’individus et ceci à travers le monde entier ? »

Shantideva, un philosophe bouddhiste indien du VIIème siècle disait : « Puisque nous avons tous un égal besoin d’être heureux, par quel privilège serais-je l’objet unique de mes efforts vers le bonheur ? Je suis un et les autres sont innombrables. Pourtant, à mes yeux, je compte plus que tous les autres. Telle est l’étrange arithmétique de l’ignorance. Comment être heureux si tous ceux qui m’entourent souffrent ? Et s’ils sont heureux, mes propres tourments ne me semblent-ils pas plus légers ?»

Dans le monde d’aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre de céder au repli sur soi, à la fermeture de nos frontières (quelles soient géographiques, spirituelle ou tout simplement humaine). Nous ne pouvons plus nous permettre d’user de violence pour résoudre nos conflits. Nous devons dépasser ce stade primaire et évoluer réellement.

De nombreux hommes nous ont montré que la voie existait. Nous pouvons citer : Gandhi, Mandela, Aung San Suu Kyi, Jésus, Bouddha, et bien d’autres dont j’espère que vous m’excuserez de ne pas avoir cité le nom. Nous ne pouvons plus blâmer les autres et les circonstances, mais nous devons apprendre à changer notre manière de voir le monde. Il est temps maintenant de nous ouvrir, d’accepter l’autre. Il est important de nous rappeler que notre bonheur passe invariablement par le bonheur de notre prochain. Apprenons à maîtriser notre colère, à développer la paix dans notre esprit. Commençons par nous changer nous même. Car ce n’est qu’à cette seule condition que nous pourrons réellement changer le monde. Soyons nous même la lumière que nous voulons pour ce monde.

« Jamais la haine ne cesse par la haine. C’est la bienveillance qui réconcilie»
(Bouddha)

Par Materia

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3 commentaires leave one →
  1. 2 janvier 2013 1:38

    Je suppose qu’il faut lire « certaines manipulations de l’information visant à entretenir »…

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