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Un repos qui jamais ne viendra

9 décembre 2012

Au cours de ces deux dernières années, Ren’, mon ami et collaborateur, a publié un article sur les profanations de lieux de culte et de sépultures et un autre sur le Piss Christ. Aujourd’hui, l’occasion m’est donnée de rassembler ces deux problématiques en un seul billet à cause d’un scandale qui a actuellement lieu en Suède : l’artiste Carl Michael von Hausswolff y exposera prochainement une toile réalisée à base de cendres provenant de Majdanek.

Carl Michael von Hausswolff déclare avoir volé ces cendres lors d’une visite de ce camp de concentration en 1989. Après les avoir conservées pendant une vingtaine d’années, il a finalement décidé de les mélanger à de l’eau et d’en réaliser une aquarelle représentant « des gens torturés, suppliciés, assassinés par d’autres gens lors d’une des guerres les plus impitoyables du XXe siècle ». Martin Bryder, le galeriste qui expose l’œuvre, se défend en affirmant ne pas y voir de problème moral tandis que Salomon Schulman, un professeur de yiddish originaire de la ville où se trouve la galerie de Martin Bryder, déclare qu’il s’agit d’une « profanation de corps juifs ». Le musée de Majdanek se dit quant à lui outragé par cette œuvre, précisant que Carl Michael von Hausswolff n’a en aucun cas pu se procurer ces cendres de manière légale. Parmi les voix qui se sont élevées contre cette œuvre, une plainte à été adressée à la justice suédoise pour « violation du repos des morts ». Plainte suite à laquelle s’est ouverte une enquête sur l’utilisation par un artiste de cendres collectées dans un camp de concentration.

À l’époque où le Piss Christ défrayait à nouveau la chronique, j’estimais – et estime toujours d’ailleurs – que cette photographie ne se veut pas blasphématoire mais s’inscrit dans la longue et complexe histoire de l’art chrétien, une thématique artistique qui m’a d’ailleurs toujours hautement intéressée. Cela ne m’empêche cependant pas de comprendre le nombre de personnes blessées ou outragées par le Piss Christ, même si je ne partage pas leur croyance.

Dans le cas de Carl Michael von Hausswolff, il n’est plus question d’une atteinte portée à Dieu mais aux hommes, à d’innocentes victimes de la plus vaste entreprise de déshumanisation et de mort que le monde ait connu. Des individus qui n’ont d’ailleurs en aucun cas donné leur consentement pour que leurs restes soient utilisés en art à travers la mode ces dernières décennies d’employer des matériaux issus du corps humain, au contraire des expositions de corps humains ayant subis une plastination. Et encore quand il n’y a pas de controverse quant à l’origine des corps dans ce dernier cas.

C’est sans doute cela, la véritable différence entre les deux œuvres sur lesquelles ce blog s’est penché et qui partagent la même problématique du matériau. Si le premier cas n’a certainement ému que des chrétiens puisqu’un crucifix n’éveille pas ce genre de sentiment au sein du judaïsme et de l’islam, la profanation de la sacralité du corps peut toucher bien plus largement car c’est une notion partagée par toutes les religions abrahamiques. Ces personnes, juives ou non, qui ont souffert la déportation, peut-être le travail forcé, la sélection, le gazage et la crémation méritaient-elles une nouvelle profanation, quelques décennies plus tard, à travers l’utilisation artistique de leurs restes ?

Reste tout de même à espérer que contrairement à ce que l’anonymat permet sur Internet, personne ne cédera à la colère.

Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière du sol se réveilleront,
les uns pour une vie éternelle,
les autres pour être un objet d’ignominie et d’horreur éternelle.
[Daniel XII:2]

par Ahouva
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One Comment leave one →
  1. 10 décembre 2012 11:50

    Par son acte profanatoire, Hausswolff assure un maximum de publicité à son œuvre. Il peut espérer la vendre un bon prix, et accéder à davantage de reconnaissance sociale.

    Nous pourrions établir une liste d’artistes dont le travail consiste dans la manipulation de restes humains. Visiblement, le secteur est juteux, les cotes montent – et la moralité baisse.

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