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Vatican II au fil des générations…

14 octobre 2012

Comme annoncé dans sa Lettre Apostolique du 11 octobre 2011, Benoît XVI a lancé jeudi dernier l’Année de la Foi lors du cinquantième anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II. L’occasion pour tous de faire le point ; me voici donc rédigeant quelques lignes pour réfléchir à la place de ce concile dans ma propre vie.

Vatican II, il y a ceux qui l’ont vécu. Et en premier lieu le pape actuel, qui aujourd’hui témoigne : « Ce fut une journée splendide lorsque, le 11 octobre 1962, avec l’entrée solennelle de plus de deux mille Pères conciliaires dans la basilique Saint-Pierre à Rome, s’ouvrit le Concile Vatican II (…) Ce fut un temps d’attente extraordinaire. De grandes choses allaient se passer (…) Avec le cardinal Frings, j’ai eu un ‘père’ qui a vécu de façon exemplaire cet esprit du Concile. C’était un homme d’une profonde ouverture et grandeur, mais il savait aussi que seule la foi conduit à sortir au grand jour, vers cet ample horizon qui demeure étranger à l’esprit positiviste. C’est cette foi qu’il voulait servir avec le mandat reçu à travers le sacrement de l’ordination épiscopale. Je ne peux que lui être toujours reconnaissant de m’avoir emmené –moi qui étais le professeur le plus jeune de la Faculté de théologie catholique de l’université de Bonn– comme son consultant à la grande assemblée de l’Eglise, me permettant d’être présent dans cette école et de parcourir de l’intérieur le chemin du Concile »

Vatican II, il y a ceux qui l’ont refusé. Rupture qui traverse de nombreuses familles, la mienne ne faisant pas exception, puisque mon grand-père est de ceux qui n’acceptent pas ce concile. Un débat que nous évitons d’ouvrir, lui et moi, parce qu’il est de ces terrains minés dans lesquels un grand-père et son petit-fils ne se lancent pas.  Je partage l’avis de Benoît XVI, répété dans son homélie de jeudi : « la référence aux documents [de Vatican II] protège des excès ou d’une nostalgie anachronique et ou de courses en avant et permets d’en saisir la nouveauté dans la continuité » ; mon grand-père adhère à l’avis exprimé récement par F. Schmidberger, de la FSSPX : « Nous ne pouvons reconnaître une pareille herméneutique de continuité » ; sachant chacun à quoi nous en tenir sur le positionnement de l’autre, nous savons qu’il est inutile de le discuter, et lorsque nos divergences surgissent dans une discussion sur la liturgie ou tout autre sujet lié à la réception du concile, nous n’allons pas plus loin à l’oral, nous contentant d’échanger quelques références de documents pour permettre à l’autre, s’il le souhaite, de creuser la question…

Mon grand-père m’a, entre autres livres, offert le Catéchisme du Concile de Trente et l’actuel Catéchisme de l’Eglise, fruit de Vatican II dont nous fêtons cette année le vingtième anniversaire. Il avait acheté ce dernier pour son usage personnel, il me l’a donné par la suite, petit livre de poche usé par ses lectures dont il estime aujourd’hui que j’en trouverai davantage l’usage… C’est le cas, bien sûr. Mais ce livre est aussi à mes yeux le témoin de la façon dont le concile peut, parfois de manière étrange, être un lien entre personnes d’avis divergents.

Vatican II, il y a ceux qui ont eu à en inventer les premières applications : génération de mes parents, celle du Baby boom, de Mai 68, etc. ; je ne vais pas prendre la parole à leur place, c’est à eux de témoigner de la façon dont ils ont vécu cette période.

Je suis de la génération suivante : dernière génération du XXe siècle, celle qu’on a surnommée dans l’Eglise la « génération Jean-Paul II », celle des enfants qui ont vécu dans les années 80 le fruit des expérimentations de la décennie passée comme un fait établi, tant dans la messe qu’au « cathé ». Maintenant trentenaire, je me reconnais dans la remarque de Benoît XVI sur l’équilibre à trouver entre la « nostalgie anachronique » et la « course en avant ». Et je ne culpabilise pas plus les premiers que les seconds : je comprends la difficulté de mon grand-père à accepter ce qu’il a vécu comme une remise en cause incohérente du passé, je comprends l’appel de la liberté ressenti par la génération de mes parents… Cependant, je vois aussi bien la stérilité de la nostalgie que les dérives des expérimentations parfois trop hasardeuses. Ainsi, contrairement à beaucoup de mes aînés, je n’ai pas vécu la récente Lettre Apostolique Summorum Pontificum comme une « régression passéiste » …Mais voilà, je suis arrivé « après la bataille », ce qui me donne une vision plus sereine de la question.

Revenons au témoignage de Benoît XVI : « De manière inattendue, on ne trouve pas la rencontre avec les grands thèmes de l’époque moderne dans la grande Constitution pastorale, mais bien dans deux documents mineurs, dont l’importance est apparue seulement peu à peu, avec la réception du Concile » ; et de mentionner tout d’abord Dignitis Humanae qui déclare : « La personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres »… Enfant du concile, j’ai vécu la réalité de cette liberté religieuse. Liberté respectée par mes parents qui, tout en ayant demandé à ce que je soit baptisé après ma naissance et en m’ayant fait suivre le fameux « cathé » et le parcours sacramentel qui va avec, m’ont cependant transmis l’idée de ma liberté de choix en la matière, liberté de conscience dont j’ai ainsi largement profité après mon enfance quand j’ai choisi de me détacher de plus en plus complètement de l’Eglise. Un cheminement qui m’a presque mené à l’Islam, même si le cours de ma vie a ensuite à nouveau changé de direction suite à une conversion personnelle.

Benoît XVI poursuit : « Le deuxième document qui se serait ensuite révélé important pour la rencontre de l’Eglise avec l’époque moderne est né presque par hasard et s’est développé en plusieurs étapes. Je fais référence à la déclaration Nostra aetate sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes ». Ce texte, c’est celui que je ne pouvais que citer en ouverture de mon blog personnel. Benoît XVI pointe de façon pertinente que ce texte « parle de la religion uniquement de manière positive », ce qui peut être vu comme « une faille » ; mais la faille, c’est aussi l’ouverture, et les membres de l’Eglise, depuis 2000 ans, ont eu amplement la possibilité de s’étendre sur la critique négative des autres… Avec ce texte, l’Eglise pose une pierre d’angle en reconnaissant une valeur aux autres religions, ce qui ne peut que me parler, moi qui, dans mon cheminement personnel, a pu voir les beautés de l’Islam et qui ne les oublie pas aujourd’hui, même si j’ai évidemment de nombreux points de désaccord avec cette religion puisque je ne l’ai finalement pas choisie.

Vatican II dans  ma vie, c’est enfin mon mariage, mariage d’un catholique avec une musulmane. Certes, le mariage avec disparité de culte était déjà possible avant ce concile, comme en témoigne  Jeanne Ladjili du GRIC Tunis. Celle-ci note cependant : « Il n’est plus question de demander au conjoint d’une autre croyance de ne pas invoquer les éléments de sa foi lors de la célébration à l’église d’un mariage dispar, comme c’était le cas avant le concile Vatican II  et son oeuvre d’ouverture aux religions non chrétiennes »  …Et moi de repenser au contenu de notre célébration de mariage, dont la préparation fut pour nous un hâvre de paix et l’occasion de grands partages spirituels. Certes, mes enfants n’ont pas été baptisés peu après leur naissance : nous avons en effet choisi de vivre en témoins de nos fois respectives devant nos enfants que nous élevons avec le souci d’une réelle liberté de conscience… Mais cette liberté ne peut me faire peur, puisque je l’ai moi-même expérimentée !

Si mes enfants deviennent un jour catholique, peut-être prendront-ils le relais de la génération actuelle ? Première génération du XXIe siècle, « Génération 2.0 » qui, sans être étrangère au trentenaire que je suis, développe à son tour ses propres codes et trace sa propre route… Comment ne pas penser ici à mes amis de Coexister, déjà évoqués ici lors du lancement de leur rendez-vous hebdomadaire ? Et en particulier au projet lancé par son président actuel, « You Coun » (pour Youth Council), projet dont le terme est prévu pour la date anniversaire de la clôture de Vatican II…

A chaque génération sa part de chemin à parcourir… Mais un chemin qui ne se fait pas à l’aveugle, Jean-Paul II nous l’a dit : « A mesure que passent les années, ces textes ne perdent rien de leur valeur ni de leur éclat. Il est nécessaire qu’ils soient lus de manière appropriée, qu’ils soient connus et assimilés, comme des textes qualifiés et normatifs du Magistère, à l’intérieur de la Tradition de l’Église. Alors que le Jubilé est achevé, je sens plus que jamais le devoir d’indiquer le Concile comme la grande grâce dont l’Église a bénéficié au vingtième siècle : il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence« 

A l’heure d’internet, ère de la diffusion mondiale et instantanée de la moindre rumeur, n’oublions pas que le temps de l’Eglise n’est pas le nôtre. Vatican II est de ces événements dont la portée, génération après génération, n’est pas prête de s’épuiser !

Il y a une chose en tout cas, mes amis, que vous ne devez pas oublier :
pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour.
(2 P III, 8)

par Ren’

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4 commentaires leave one →
  1. 14 octobre 2012 9:58

    1953 Baptème
    1962 Vatican 2
    1975 Libération de la foi ( ce que vous nommez perte)
    J’ai donc été éduqué dans mon enfance d’une manière conforme au catholicisme d’avant Vatican 2, et ai vécu dans mon adolescence les effets de Vatican 2.
    Ce qui rend difficile de distinguer les raisons – subjectives ou éducatives – de ce qui m’a fait passer dans mon enfance d’une religion empreinte d’un Dieu « Père Autoritaire  » à un Dieu « Proche et Aimant » révélé par un Christ « fraternel » (style 68). De fait, j’ai vécu une religion
    On ne peut avoir un regard sur l’évolution de l’Église dans sa hiérarchie ne peut se faire sans regarder, en parallèle, celle du peuple de Dieu, fort sensible à l’air du temps. Je n’ai jamais constaté , dans la partie vraiment très catholique ma famille (ma mère participait quotidiennement aux offices), aucune réticence à l’encontre du message de Vatican 2.Pour ma part,cela a correspondu à un approfondissement, à un enrichissement, à un passage du rituel à l’engagement et à la réflexion personnels. Un sorte de retour aux sources quant à l’esprit. Quant à la forme, j’ai toujours trouvé étrange le comportement des fidèles « à l’ancienne » critiquant maintenant le magistère de l’Église, alors que ce dernier était intouchable dans l’ancienne mode. De même étrange ce lui des catholiques contemporains critiquant ce même magistère en se basant sur les simples annonces des médias, sans prendre la peine de lire et de méditer sur les textes. Mais là cela ne me concerne plus , maintenant …

  2. 14 octobre 2012 10:00

    OUps ! 2 phrases coupées au milieu lors de l’envoi ;;; Sorry

  3. gold price permalink
    24 octobre 2012 4:02

    Benoît XVI, dans le sillage des enseignements du concile Vatican II et du magistère de son prédécesseur Jean-Paul II, a souvent manifesté sa préoccupation pour le respect de la liberté religieuse. Il l’évoque régulièrement comme le « premier des droits de l’homme ».

  4. 4 novembre 2012 9:27

    Avec le CVII l’église catholique aborde la « modernité » d’une tout autre façon tout en gardant intacte les textes du magistère. C’est bien la preuve que CVII est l’oeuvre du Saint Esprit. Gaudium et Spes et Lumen Gentium sont aussi a mes yeux deux textes du concile vraiment fondateurs.

    Ton témoignage rejoint exactement mon expérience. Sauf que j’ai longtemps été tenté par la FSPX.

    Très belle citation de l’épître de Pierre.

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