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Quand le Qatar souffle sur les braises…

15 septembre 2012

Benoît XVI est au Liban, un voyage prévu de longue date, bien avant le printemps arabe, qui se place dans le prolongement du Synode pour le Moyen-Orient d’octobre 2010, qui s’était conclu avec un Message au Peuple de Dieu, préalable à l’Exhortation Apostolique que vient de signer le pape hier.

De nombreux commentateurs n’ont pas manqué d’évoquer le danger de ce voyage au regard de la guerre civile qui déchire actuellement la Syrie. S’ajoutent à ça les manifestations parfois violentes autour du pitoyable film « Innocence of Muslims ».

Mais voilà qu’un nouvel acteur est entré en scène dans la nuit de jeudi à vendredi : l’Union Internationale des Ulémas Musulmans, un organisme basé au Qatar et dont le maître à penser est  Yûssûf Al Qaradâwî, islamiste égyptien expatrié. Un texte hallucinant dont nous allons examiner le contenu sur ce blog.

Après les louanges à Dieu et à Muhammad formant l’introduction habituelle de ce genre de document, la déclaration commence ainsi : « Dans une période où l’Union a du mal à calmer la colère des musulmans du monde entier ; à les raisonner pour qu’ils ne nuisent pas à autrui pour leur noble Messager, ne manifestent que pacifiquement, et épargnent ambassades et sites chrétiens : l’Union exige du pape des excuses auprès des musulmans pour ce qu’il a dit dans sa Conférence, et dans l’Exhortation Apostolique, et pour les massacres de la mains des croisés en Andalousie – de la même manière qu’il a présenté des excuses aux Juifs »

Le ton est donné : se retrouvent mis sur le même plan « les croisés en Andalousie » (dont on aimerait comprendre le lien avec Benoît XVI et son voyage au Liban), l’Exhortation Apostolique, but du voyage de Benoît XVI, qui ne sera diffusée que le lendemain, et enfin « LA » conférence du pape – sans autre précision. Signalons tout de même que pour ce qui est du sang versé dans le passé au nom du Christ, l’Eglise a depuis longtemps fait repentance publique, comme je le rappelais d’ailleurs sur ce blog dans un article plus ancien

Poursuivons avec le deuxième paragraphe : « Il est bien connu que l’Union Mondiale des Ulemas Musulmans a pour pensée centrale la coexistence pacifique et le respect des droits d’autrui, et appelle au dialogue constructif qui est le meilleur moyen de résoudre les problèmes, et de construire des relations équilibrées, de sorte que l’Union a essayé de dialoguer avec le Vatican, mais n’a constaté l’ouverture au dialogue que de l’une des parties. Le pape actuel avait lancé  dans sa célèbre conférence de fausses accusations contre l’Islam et le Prophète (sws), l’Union s’était excusée pour ce qui s’était produit tout en mettant un terme au dialogue avec le Vatican tant que la situation n’évoluerait pas et que celui-ci ne présentait pas des excuses »

Le texte qatari remet donc sur la table le discours de Ratisbonne fait par Benoît XVI au début de son pontificat, face auquel Qaradâwî déclarait : « Nous appelons le Pape, le pontife, à s’excuser auprès de la nation islamique, car il a insulté notre religion et son prophète, sa foi et sa loi, sans aucune justification » . Tout en passant sous silence tout ce qui s’était produit dans le prolongement de ce discours : les clarifications du pape, son tête-à-tête historique avec un intellectuel musulman au Vatican, l’initiative musulmane tout aussi historique de la Lettre des 138… Lister toutes les avancées dans les relations islamo-chrétiennes sous le pontificat de Benoît XVI serait long ; mais comme tout ceci s’est passé sans Qaradâwî, ne nous étonnons pas que pour lui ces 6 années n’aient jamais existées ! Septembre 2006, septembre 2012 : « Entre temps ? Walou » (bon, je sais, les égyptiens n’utilisent pas cette expression, mais je n’ai pas pu me retenir ^^)

Passons au paragraphe suivant : « D’autre part, au cours de sa prochaine visite au Liban, le pape a l’intention de signer l’Exhortation Apostolique qui comporte un ensemble de messages et d’idées dangereuses, qui appelle clairement à évangéliser le monde, qui met également en garde contre l’islamisation de la société, et inquiète les chrétiens contre l’islam politique dans la région, attisant ainsi le feu de la sédition entre les fils d’un même pays (les musulmans et leurs frères chrétiens), surtout s’il est lu à la lumière des tentatives faites par certains chrétiens pour diffuser un film portant atteinte au Prophète (sws) et celles de pasteurs américains pour brûler le Coran »

Je ne vais pas aller plus loin dans ce texte, dont les recommandations qui suivent ne sont à quelques nuances près qu’une reformulation de ce qui précède ; je ne vais pas non plus m’attarder sur la façon dont l’organisation de Qaradâwî fait l’amalgame entre le chef de l’église catholique et les autodafés des disciples extrémistes du pasteur protestant Terry Jones et le film pitoyable diffusé par des extrémistes coptes expatriés aux Etats-Unis, alors que le Vatican a clairement condamné les uns et les autres.

L’accusation portée contre l’Exhortation signée hier par le pape, elle,  m’interpelle davantage. Car qui, à part les catholiques, se souciera de lire ce texte pour vérifier le bien-fondé de l’accusation ? Seule risque de rester dans les mémoires l’accusation de Qaradâwî, une accusation gravissime : Benoît XVI attise la sédition, la fitna nous dit le texte arabe, alors que « la fitna est plus grave que le meurtre » (Coran II, 191) !

Première accusation : ce texte « appelle clairement à évangéliser le monde ». Notons tout d’abord que c’est le Christ lui-même qui selon les chrétiens leur lance cet appel que Benoît XVI n’a fait que répéter en signant son Exhortation : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt XXVIII, 19). Aucun chrétien ne reniera jamais cette vocation, il n’est visiblement pas inutile de le rappeler. De la même façon, nul n’est en droit d’interdire la da’wa aux musulmans.

Ce qu’on peut critiquer, par contre, c’est le prosélytisme agressif. Mais l’Eglise, avec d’autres organisations chrétiennes mondiales, a signé l’an dernier un « code de bonne conduite » en la matière – ce que le pauvre Qaradâwî, coincé dans sa stase temporelle, a évidemment manqué. Et l’Exhortation ne déroge pas à cet engagement ; elle rappelle simplement que « faire connaître le Fils de Dieu mort et ressuscité, seul et unique Sauveur de tous, est un devoir constitutif de l’Église et une responsabilité impérative pour tout baptisé » (p.82). Et définit les exigeances du « témoignage authentique »: « la reconnaissance et le respect de l’autre, une disposition au dialogue en vérité, la patience comme une dimension de l’amour, la simplicité et l’humilité de celui qui se reconnaît pécheur devant Dieu et le prochain, la capacité de pardon, de réconciliation et de purification de la mémoire, à un niveau personnel et communautaire » (p.16). L’évangélisation, « c’est avant tout un appel à se laisser évangéliser à nouveau par la rencontre avec le Christ, appel qui s’adresse à toute communauté ecclésiale comme à chacun de ses membres » (p.80)

Passons à la deuxième accusation : ce texte « met en garde contre l’islamisation de la société ».  Etrange… L’expression « islamisation » est absente de ce texte ; par contre, ce que je lis, c’est qu’il est « juste de reconnaître l’apport juif, chrétien et musulman dans la formation d’une culture riche propre au Moyen-Orient » (p.23). Voilà qui est à mille lieues des préjugés de l’organisation de Qaradâwî sur ce texte qu’ils n’ont visiblement jamais lu !

Accusation suivante : le texte nourrit les inquiétudes des chrétiens vis-à-vis de « l’Islam politique ». L’Exhortation parle-t-elle de politique ? Oui. Mais c’est pour réclamer tout simplement l’égalité de tous : « Les catholiques du Moyen-Orient dont la majorité sont des citoyens natifs de leur pays, ont le devoir et le droit de participer pleinement à la vie nationale en oeuvrant à l’édification de leur patrie. Ils doivent jouir d’une pleine citoyenneté et ne pas être traités en citoyens ou en croyants mineurs » (p.24). Elle déclare que « la liberté religieuse (…) est un droit sacré et inaliénable [qui] comprend à la fois, au niveau individuel et collectif, la liberté de suivre sa conscience en matière religieuse, et la liberté de culte ». Peut-on y voir une critique de certaines législations héritées de la pensée islamique classique, qui interdisent par exemple à un musulman de changer de religion ? Oui. Mais ce texte rappelle aussi que « les musulmans partagent avec les chrétiens la conviction qu’aucune contrainte en matière religieuse, et encore moins par la force, n’est permise » (p.25). La critique est pondérée, et n’est en rien une diabolisation de l’Islam.

Voici ce que le texte condamne fermement : « Les incertitudes économico-politiques, l’habileté manipulatrice de certains et une compréhension déficiente de la religion, entre autres, font le lit du fondamentalisme religieux » ; mais il ajoute : « Celui-ci afflige toutes les communautés religieuses, et refuse le vivre-ensemble séculaire » (p.29). Libre à Qaradâwî d’y voir une condamnation de « l’Islam politique » ; pour ma part, j’y vois clairement une condamnation généralisée qui englobe aussi les fanatiques chrétiens brûleurs de Coran et diffuseurs de films de série Z.

J’en arrive enfin à l’accusation la plus grave : Benoît XVI alimenterait en signant ce texte la division entre chrétiens et musulmans. Il serait de ceux qui attisent la fitna.

Première observation : l’Exhortation pose clairement comme premier souci la communion entre les hommes. « C’est justement en raison de son origine divine que la communion a une portée universelle. Si elle interpelle de façon impérative les chrétiens, en raison de leur foi apostolique commune, elle n’en demeure pas moins ouverte à nos frères juifs et musulmans, et à toutes les personnes, qui elles aussi, sous des formes diverses, sont ordonnées au Peuple de Dieu. L’Eglise catholique au Moyen-Orient sait qu’elle ne pourra pas manifester pleinement cette communion aux plans oecuménique et interreligieux si elle ne la ravive pas avant tout en elle-même et au sein de chacune de ses Eglises, parmi tous ses membres » (p.4) ; « L’unité surgit de la prière persévérante et de la conversion qui fait vivre chacun selon la vérité et dans la charité » (P.15)

En d’autres termes : le souci exprimé est celui de la guérison de la fitna entre les catholiques d’abord, et avec tous les autres hommes ensuite. L’Exhortation rappelle d’ailleurs que « l’Eglise soutient et encourage tout effort en vue de la paix dans le monde et au Moyen-Orient en particulier » même si « avant tout, la paix est un fruit de l’Esprit qu’il ne faut cesser de demander à Dieu »(p.14). Son souci ne se résume pas au sort des seuls chrétiens : « La réalité moyen-orientale est riche par sa diversité, mais elle est trop souvent contraignante et même violente. Elle concerne l’ensemble des habitants de la région et tous les aspects de leur vie » (p.30)

Deuxième observation : ce texte s’étend beaucoup sur le dialogue interreligieux présenté comme une exigence. « Ce dialogue est fondé au Moyen-Orient sur les liens spirituels et historiques qui unissent les chrétiens aux juifs et aux musulmans. Ce dialogue, qui n’est pas d’abord dicté par des considérations pragmatiques d’ordre politique ou social, repose avant tout sur des fondements théologiques qui interpellent la foi » (p.20). Et le texte de lancer cet appel : « Puissent les juifs, les chrétiens et les musulmans redécouvrir l’un des désirs divins, celui de l’unité et de l’harmonie de la famille humaine. Puissent les juifs, les chrétiens et les musulmans découvrir dans l’autre croyant un frère à respecter et à aimer pour donner en premier lieu sur leurs terres le beau témoignage de la sérénité et de la convivialité entre fils d’Abraham »

Comment un projet judéo-islamo-chrétien comme Dialogue-Abraham pourrait-il ne pas être sensible à ce passage ? Comment peut-on croire qu’on attise ici la fitna ?

Troisième observation : ce texte, dans la droite ligne ouverte par Vatican II, reconnaît que le passé commun entre chrétiens et musulmans n’a pas été sans difficultés. « Nous savons que la rencontre de l’islam et du christianisme a souvent pris la forme de la controverse doctrinale. Malheureusement, ces différences doctrinales ont servi de prétexte aux uns et aux autres pour justifier, au nom de la religion, des pratiques d’intolérance, de discrimination, de marginalisation et même de persécution »(p.23). Mais l’Exhortation constate aussi que « les chrétiens moyen-orientaux vivent depuis des siècles le dialogue islamo-chrétien. Pour eux, il s’agit du dialogue de et dans la vie quotidienne. Ils en connaissent les richesses et les limites. Ils vivent aussi le dialogue judéo-chrétien plus récent. Depuis longtemps existe également un dialogue bilatéral ou trilatéral d’intellectuels ou de théologiens juifs, chrétiens et musulmans. C’est là un laboratoire de rencontres et de recherches diverses qu’il faut promouvoir (…) L’union heureuse du dialogue de la vie quotidienne et de celui des intellectuels ou des théologiens contribuera certainement peu à peu, avec l’aide de Dieu, à améliorer la convivialité judéo-chrétienne, judéo-islamique, et islamo-chrétienne » (p.27)

L’Exhortation Apostolique signée hier par Benoît XVI au Liban ne se résume évidemment pas aux seuls points que j’ai examinés ici. Mais j’espère que tous les musulmans de bonne volonté qui, inch’Allah, liront ce billet se rendront compte de la mauvaise foi de l’Union Internationale des Ulémas Musulmans, plus soucieuse de s’offrir un peu de publicité en instrumentalisant Benoît XVI que de cette honnêteté à laquelle Dieu nous appelle tous.

Le faux témoin périra, mais qui sait écouter saura toujours parler
(Pr XXI, 28)

par Ren’

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11 commentaires leave one →
  1. 24 septembre 2012 2:18

    On me prie de vous transmettre cette réaction:

    Bonjour et bon dimanche.

    Cet article fait bon ménage de beaucoup de choses. L’Union Mondiale des Ulémas, que préside Youcef El-Karadhaoui, est bien mondiale et non pas Cathariote, comme l’article l’insinue en permanence, d’une manière subtile qui n’échappe pas à ma perspicacité. Elle n’est pas basée au Cathare, elle tient ses réunions tantôt ici, tantôt là. Rached Ghanouchi en est un vis-président, elle réunit des savants du monde entier. Le ton général de cet article, comme le ton général de l’église Catholique, se présente comme celui du dialogue inter-religieux, la compréhension de tous, la bonne entente. Mais voilà, c’est plus un semblant qu’une réalité. Le pape a-t-il fait des clarifications eu égard de Ratisbone, possible, mais tardives et probablement à minima, à contre-coeur. Cette visite au Liban était prévue de longue date, avant les évènements Arabes, j’entends bien, mais elle survient dans un contexte où on peut y voir une sorte de récompense au patriarche Sfair, qui a manifesté son soutien au régime Syrien. Et en effet, le pape en appelle à je ne sais quelle réconciliation sans contours précis, exactement comme si le soulèvement Syrien ne fut pas au début pacifique, sa militarisation n’étant que réactionelle aux massacres. Mieux eut valu que le pape se taise, au lieu de se fendre de considérations marquées d’ambiguïté. A-t-il fait quelques remontrances au patriarche qui dépend de lui?

    Bien entendu, le pape et l’univers Chrétien, d’une manière générale, est opposé à ce qu’on nomme, l’Islamisme politique, sans qu’on sache exactement pourquoi. Cette hostilité n’est pas nécessairement frontale, elle peut prendre l’aspect d’un regard supérieur, qui se veut bienveillant, dans une démarche d’endiguement. C’est une affaire grave, parce qu’il se trouve comme ça, que nous n’avons pas le choix. Notre souci n’est pas que les masses Chrétiens vottent pour tel ou tel, notre souci est qu’elles considèrent et se pénètrent clairement de l’idée que les formations Islamistes ne sont pas foncièrement anti-Chrétiennes, donc viables pour tous. Rares sont les Chrétiens qui assument délibérément ce point de vue, il n’y en a pas, semble-t-il, dans les hiérarchies cléricales. Le pape et les patriarches n’arrivent pas à se fendre de déclarations dans ce sens, ils cultivent un doute subtil envers cette alternative, ils ne veulent pas la considérer comme une alternative viable parmi d’autres. A partir de là, rien n’est fait de leur part, pour mettre fin aux phobies des Chrétiens d’Orient, en partie fondées, en parties sustentées et instrumentalisées. S’il y a du vrai concernant ces apréhensions, cela vient du passé, est imputable aux tyrannies.

    Puis, il y a surtout, que le pape ni aucun patriarche, ne veut voir les Chrétiens d’Orient qu’en tant que minorités victimes de majorités, alors qu’elles associent plus ou moins confusément, un mélange d’exclusions et de privilèges. Au Liban, il est clair que les privilèges l’emportent. Les avantages économiques se perdent, les privilèges politiques se maintiennent inchangés. Or, en effet, l’Islamisme politique, a pour projet, de mettre fin à toutes ces gouvernances dites minoritaristes. Les Chrétiens n’en sons pas seuls responsables, voire la Syrie, l’Arabie et les royaumes qui l’avoisinent à l’exception du Catharre. L’égalité citoyenne authentique est le remède exact à cet état de choses, il ne présente pas pour tous, que des avantages, il a aussi un coût.

    Et tout ça s’inscrit dans tout un ensemble, les comportements du pape à notre égard sont connus, comme son plus grand allignement Américain, comparé à son prédécesseur. Ne pas oublier, que la visite du pape est perçu non pas comme celle du chef de l’église Catholique à elle seule, mais plus largement comme une représentation Chrétienne.

    Concernant le génocide des Maures d’Espagne, pourquoi pas, puisqu’un génocide en vaut un autre. L’église catholique ne fut pour presque rien envers les situations Juives, on lui reprocherait un silence, ou dissimulation d’information, je ne sais. Elle est totalement responsable de l’éradication des Musulmans d’Espagne et de leurs descendants convertis.

    Du reste, je m’insurge envers la présentation que l’article fait de Karadhaoui. Il fut résistant et eut les geôles pour demeure, lutte toujours contre la tyrannie. Il n’est pas décent de le comparer à un pape qui est au minimum complaisant.

    Concernant le film, trop de choses à dire, des observations complexes, j’y reviendrai.

    Croissant de lune.

    • 24 septembre 2012 7:35

      Merci d’avoir transmis, mais pourquoi l’auteur de ce commentaire ne vient-il pas lui-même discuter ?

  2. 26 septembre 2012 5:15

    Cher Ren,

    Vous trouverez la réponse à votre question sur mon blog:

    http://www.etudestorrentielles.blogspot.com

    La difficulté est purement technique,d’ailleurs, je rencontre la même.

    La preuve, c’est que je vous avais également adressé ma réponse au croissant de lune, mais que vous ne l’avez manifestement pas reçue. Je vais donc essayer de vous la renvoyer.

  3. 26 septembre 2012 5:52

    Voici donc la réponse que j’ai moi-même adressée au croissant de lune :

    Bonjour, croissant de lune,

    En bref :

    Sur le ton général de cet article, d’accord avec toi, assez donneur de leçon, avec des citations a miima de l’intervention de Youcef El-karadaoui, terminées par un refus de pousser plus avant dans son texte, et des citations beaucoup plus exhaustives de benoît XVI. Cette différence de traitement est évidemment due à la préférence de l’auteur pour Benoît XVI, mais est due aussi au fait que les deux hommes s’expriment dans un style très différent : plus direct pour El-karadaoui, plein de précautions oratoires et d’une certaine ampoule stylistique dont s’enfle le genre de l’encyclique pour Benoît XVI.

    Que l’Union des ouleimas ne soit pas quatariote n’empêche pas que son centre de gravité, comme le centre de gravité des transformations arabo-musulmanes actuellles, est basé au Qatar. D’ailleurs, il est à remarquer que Youcef El-karadaoui ne rentre pas d’exil après la révolution égyptienne, il bénéficierait d’une moindre audience s’il retournait dans son pays, car Al-géziralui donnerait moins la parole. Peut-on dire qu’il existe une guerre des influences parmi les ouleimas et que Youcef el-Karadaoui souhaiterait d’être, au plan de la prédication, le « pape de l’islam politique » ? Question peut-être un peu gratuite, mais la concurrence des « egos » existe dans toutes les sphères politico-religieuses.

    Clarifications de ratisbonne tardives ? Non. Mise en place immédiate d’un dialogue de crise, demandé par des intellectuels musulmans et accepté par Benoît XVI qui, s’il n’a pas, à ma connaissance, exprimé de regrets publics pour Ratisbonne, n’a eu de cesse de rattraper le mauvais effet de cette conférence.

    Quant à Youcef el-Karadaoui, on ne peut pas dire qu’il ne présente pas de demandes décontextualisées. Que vient faire une exigence d’excuses pour les massacres d’andalousie au milieu d’une appréciation générale de la politique proche orientale du vatican ? Je ne dis pas que ceci ne doive pas entrer dans la discussion, mais pas au même moment que le jugement d’un cheikh surles prémices du voyage du souverain pontife au Liban et sur l’exhortation synodale qui sert de prétexte à ce voyage. Il est vrai que l’eglise a fait repentance pour les juifs, pour les Indiens d’amérique, assez peu pour les meurtres antimusulmans. C’est que la violence islamo-chrétienne reste de rigueur et que les persécutions spectaculaires et directes sont beaucoup perçues comme le fait des musulmans. Je parle bien de la perception de persécutions spectaculaires et directes, je m’abstiens d’analyser le contexte dans lequel elles se produisent, qui est celui d’un sentiment de domination occidentale dans un monde dont les dirigeants qui ont le plus la main sont peu favorables, voire méprisants à l’égard de l’islam et des musulmans, dans un contexte d’inégalité des nations, où il est difficile de tendre à l’égalité, tant que l’on ne se met pas d’accord avec beaucoup de clarté sur le fait que l’économie ne saurait être le levier principal de la politique internationale.

    A cet égard, Youcef El-karadaoui fait bien d’appeler par son nom « l’islam politique ». Il me semble qu’il devrait expliciter cette notion au pape plutôt que de lui demander des excuses en permanence. Une clarification de la notion d' »islam politique » et des buts de l’islamisme conservateur et démocrate, peu connu du vatican, permettrait sans doute de trouver un accord sur le traitement des minorités religieuses dans nos ères de civilisation respectives, entre le vatican et cette union des ouleimas dans des pays à dominante musulmane ou dans des pays à dominante catholique, voire chrétienne. Du moins cela permettrait–il de poser une bonne fois pour toutes le problème sur la table, avec des autorités religieuses qui, de part et d’autre, paraissent mûres pour l’aborder, à condition encore une fois que le Vatican connaisse mieux la problématique de l’islam politique, dont le surgissement hors de la clandestinité, mieux, au pouvoir, est tout de même assez récent.

    Le patriarche sfeir et son successeur ne paraissent pas être exactement dans la continuité l’un de l’autre. On ne peut tout de même pas accuser les chrétiens du Liban et leurs représentants principaux, le patriarche Sfeir et le général aoun, d’avoir soutenu constamment le régime sirien. Le général aoun a connu des années d’exil pour s’être opposé à l’invasion sirienne au Liban. Qu’ensuite, à son retour d’exil, il ait fait une alliance tactique des plus étranges avec le Hezbollah et donc avec le régime sirien, c’est incontestable. Mais avec qui l’a-t-il faite ? Beaucoup moins avec la Sirie directement qu’avec le parti qui a toujours bénéficié du soutien de l’Iran et de la sirie, à savoir le hezbollah ! Si l’on critique l’attitude de ces dernières années du patriarche Sfeir et de Michel aoun, de soutien relatif envers la sirie, alors la rigueur impose de demander au hez-bollah des comptes sur le fait qu’il n’a dû sa prospérité au Liban qu’au soutien de la sirie, dont il était un auxiliaire de l’occupation au Liban. Quelle est la position actuelle du hezbollah à l’égard du régime sirien et, si elle a changé, à partir de quand ce changement s’est-il produit ? Le hezbollah a-t-il présenté des excuses pour avoir dû une bonne partie de ses subsides au régime sirien et pour avoir contribué, du point de vue des Etats-nations même peu solidement fondés en droit, dans le cas du Liban, à la déstabilisation de celui-ci, qui était le propre pays d’origine du le hezbollah ? La question vaut d’être posée pour qu’il n’y ait pas deux poids, deux mesures et que l’accusation de soutien au régime sirien soit correctement répartie.

    Le torrentiel

    • 26 septembre 2012 2:25

      Merci de m’avoir fait part de vos propres réactions ; c’est donc à celles-ci que je répondrai tout d’abord -tout en prenant en compte par la suite le message de votre ami, bien évidemment.

      Une première rectification s’impose en effet : je ne cite pas « a minima » Qaradâwî, bien au contraire ! Je donne à lire la moitié de ce texte, l’autre moitié n’étant comme je le disais qu’une reprise de l’introduction formulée cette fois sous forme d’ordres adressés au pape (tel que « ne pas signer l’exhortation apostolique qui contient des informations erronées et vise à provoquer la sédition entre musulmans et chrétiens »). Le texte que je ne cite que bien partiellement, c’est justement celui de Benoît XVI, dont parle Qaradâwî sans jamais l’avoir lu.

      Pour ce qui est de la dynamique interne de l’Union Mondiale des ‘Ulemas, je suis par contre tout à fait prêt à entendre que je l’ai trop centré sur le Qatar (même si jusqu’à preuve du contraire toutes les informations en ma possession m’amènent plutôt à constater tout comme vous une « guerre des influences » entre pays dits « musulmans », situation post-califale que j’évoquais par exemple sur cet ancien billet de mon blog perso : http://blogren.over-blog.com/article-28509851.html ). Ce que je trouve cependant totalement déplacé, c’est la façon dont votre ami a tourné sa critique : « comme l’article l’insinue en permanence, d’une manière subtile »… Quand j’ai quelque chose à dire, je le dis clairement, voire abruptement (et le breton que je suis sourit tout de même franchement de se voir pour une fois qualifié de « subtil » dans son approche… !). Le titre de ce billet montre que je n’insinue rien, j’affirme clairement « le Qatar »… Tout en acceptant le fond de la remarque m’invitant à réviser si besoin est mon avis sur ce point.

      Votre ami, lui, ne se gêne pas pour insinuer… en m’accusant d’insinuer, ou en glissant au détour d’une phrase que les rectifications du pape furent « probablement à minima, à contre-coeur » ce qui est du point de vue musulman un acte de shirk puisqu’il se pose en juge des coeurs, alors que Dieu est Seul Juge. Je prie pour qu’il en prenne un jour conscience, dans son propre pèlerinage terrestre vers notre Seigneur. Je ne lui en garderai cependant aucune rancune, je ne le connais pas, je ne suis pas un juge, et nous trébuchons tous…

      Je rappelle également à votre ami que seul Qaradâwî parle d’islam politique. Comme je le montre dans mon article, le pape, lui, appelle à lutter contre « le fondamentalisme religieux » qui « afflige toutes les communautés religieuses ». Et je rappelle encore une fois que les outrages récents liés au fondamentalisme chrétien ont été clairement condamné par le Vatican -contrairement aux insinuations (là, c’est le mot) calomnieuses de Qaradâwî. De même que la repentance officielle de l’Eglise Catholique pour les abus du passé a été clairement énoncée lors du jubilé de l’an 2000.

      Quand votre ami écrit qu’il n’y a pas « dans les hiérarchies cléricales » « l’idée que les formations Islamistes ne sont pas foncièrement anti-Chrétiennes, donc viables pour tous », il énonce une contre-vérité absolue. Au sein du catholicisme, c’est justement notre hiérarchie cléricale qui oeuvre le plus avec de telles formations, et appelle à oeuvrer ainsi avec tout musulman de bonne volonté.

      Le passé de Qaradâwî, qu’il soit vu positivement ou négativement, n’a aucun intérêt argumentatif ; ce qui compte, ce sont les faits. Et le fait est que Qaradâwî lance contre le pape une accusation islamiquement gravissime -celle d’encourager la fitna s’il signe le texte catholique qui est le but de son voyage- alors qu’il parle d’un texte qu’il n’a jamais vu puisqu’il n’avait pas encore été dévoilé au public.

      Je souhaite à votre ami de lire réellement cette exhortation, afin de tenir compte de ce que dit ce qui pour lui est Parole de Dieu : « Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice ! » (Coran IV, 135)

  4. 26 septembre 2012 6:02

    Cher Ren,

    Je vais faire suive votre réponse à mon ami, le croissant de lune.

    Le problème de ces réalités est qu’elles sont trop graves et complexe pour être abordées de manière passionnelle, et votre propre réponse n’est pas dépourvue de passion.

    Je m’en tiendrai à vous répondre sur un seul point, qui sera de ne pas vous suivre quand vous dites que Karadaoui est le seul à parler d' »islam politique ». Qu’on le veuille ou non, l' »islam politique » est l’essence du printemps arabe, et il promettait de l’être depuis ses débuts. Un esprit lucide comme le croissant de lune m’en avait averti avec force détails avant que les événements ne se produisent – toute la partie de mon blog intitulée « dialogue du Torrrentiel et du croissant de lune » en témoigne -, c’est pourquoi je lui accorde du crédit, bien qu’il soit partial comme vous et moi le sommes, si ce n’est peut-être que le croissant de lune a ceci de propre à sa personne qu’il croit tellement parler au nom de la Justice qu’il ne sait plus qu’il parle d’un « point e vue ».

    Le monoconfessionalisme et sa dhimitude à l’ancienne ne paraissent pas être dans les projets actuels de l’islam politique incarné par le qatar, Karadaoui, les « frères musulmans » ou « le parti de la renaissance » tunisienne. Ni monoconfessionalisme, ni anticonfessionalisme comme dans nos pays de laïcité idéologique. Lorsque je dis que nos autorités religieuses respectives gagneraient à se mettre en rapport, le pape avec son autorité historique d’un côté , les ouleima, promoteurs de l’islam politique de l’autre, qui sont en train de constituer un « clergé islamique », c’est parce qu’à la fois ils ont un ennemi commun, cet anticonfessionalisme de l’Occident qui clive l’homme, comme si l' »animal religieux » était absolument séparable de l' »animal politique », Occident que le Vatican a quand même accusé – sans le répéter trop souvent ni trop fort – d' »apostasie silencieuse » ; mais surtout, les constituants actuels de l' »islam politique » et le vatican doivent trouver un accord pour protéger les minorités chrétiennes dans les pays en voie de réislamisation et qui essaient de réaliser ce « grand écart » que nous paraît être la conjugaison de l’islamisme et de la modernité, notamment à travers le versant démocratique. Cet accord doit être trouvé entre ces autorités religieuses, sans quoi l’émotion suscitée par la persécution des chrétiens d’Orient sera purement verbale et aboutira, en fin de compte, à déléguer la protection de ces populations aux puissances armées placées sous la direction des Etats-Unis, lesquels l’assureront au nom d’un lointain cousinage chrétien et parce qu’ils n’ont pas sombré dans le même anticonfessionalisme que celui des européens, mais plutôt dans un confessionalisme cynique. Le vatican, responsable de l’universalité catholique, peut-il se satisfaire de cette délégation de protection, qui revient à un occidentalisme pratique, à l’heure où les peuples, y compris en Occident, crient vengeance contre l’injustice de l’ordre imposé par les puissances occidentales et leurs multiples tentacules financières et militaires ? Le temps n’est plus à signer des « déclarations synodales » qui sont beaucoup de pages écrites pour ne pas dire grand-chose. Il faut en venir aux faits, ou toutes ces paroles sont des paroles perdues, au sens le plus tragique de ce terme. La tragédie de ce monde commande leurs devoirs à nos autorités religieuses. Le vatican doit se réhabituer à se confronter avec ardeur au feu qui couve au plus vivant et au plus intime de notre histoire en train de se faire. Il ne doit pas se bercer de l’illusion que les tentacules militaires de l’Occident post-chrétien ont pour elles les promesses de la vie éternelle. Le monde se reconfigure à vue d’oeil.

    Sur ce point des guerres embrasées par l’Occident, en Irak et en afghanistan pour les plus récentes, le croissant de lune supplie les chrétiens de se livrer à cet exercice de compassion dont ils prétendent avoir le monopole, et qui consiste à avoir égard au nombre de morts que ces guerres ont suscitées, puis, après s’être indignés à la mesure de ces pertes, à élever un cri proportionné contre les persécutions sauvages fomentées par les correligionnaires du croissant de lune contre les chrétiens assassinés, incarcérés, ou interdits d’exercer leur culte ou de prêcher leur religion, dans des conditions souvent barbares et sauvages. J’ajouterai pour ma part que le cri des chrétiens, qui doit considérer l’égalité de la valeur de toute vie humaine, ne doit pas être inspiré par le complexe de persécution dont nous avons fait une béatitude et une victimisation qui est en train de se retourner contre nous, puisque nous voici accusés à notre tour. Ecrivant ceci, je mesure la limite de la critique islamique contre le crypto-christianisme, car nul, ni chrétien, ni musulman, ne doit se faire l' »accusateur de ses frères », cette fonction étant réservée au diable. Ne cédons jamais à « la diabolisation de l’autre », ni à l’angélisme d’un dialogue qui, pour être vrai, doit prendre en compte toutes les dimensions humaines, et d’autant plus inclusivement la politique que celle-ci fixe les modalités de notre « vivre ensemble ». Les religieux ont quelque chose à dire entre eux de la politique et sur la politique au monde, et c’est pourquoi je souhaite que Benoît XVI se saisisse de la perche qui est tendue, même indirectement, par Youcef El-karadaoui, quand il parle, au nom de l' »union des ouleimas », de l' »islam politique ».

    • 27 septembre 2012 1:25

      Je ne vois en tout cas rien de passionnel à dénoncer l’absurdité de l’interdiction faite au pape de signer un texte que Qaradâwî n’avait pas lu, ainsi que la malhonnêteté des rapprochements faits par lui entre Benoît XVI et les actes récents de fondamentalistes chrétiens aux Etats-Unis. Je ne lance jamais d’affirmations gratuites telles que l’accusation lancée par votre ami contre le supposé « alignement américain » du pape actuel, je m’en tiens aux faits, et à eux seuls.

      C’est l’Union Internationale des ‘Ulemas Musulman qui refuse le dialogue avec le Vatican, et non l’inverse. Refus qui les a fait passer à côté de la dynamique lancée par la « Lettre des 38 » qui fut, elle, une véritable perche tendue au pape par des musulmans. Une perche qui fut saisie avec joie lorsque, mûrissant, elle donna naissance à la « Lettre des 138″…

      C’est l’université d’Al-Azhar qui refuse le dialogue depuis janvier 2011, et non l’inverse. Et, tout comme pour Qaradâwî, ce refus est une décision qui a -de ce que je constate- plus à voir avec l’interminable tournoi d’échec entre organisations musulmanes rêvant de leadership sur la oumma qu’avec les conditions de ce dialogue avec le Vatican lui-même.

      Maintenant, il y a un aspect de votre dernier commentaire qui va m’amener à soulever une divergence entre nous qui relève cette fois-ci -et je le reconnais !- davantage de mon point de vue personnel que des faits eux-mêmes : l’importance du texte signé par Benoît XVI.

      Ce texte est -comme toute exhortation apostolique- le fruit d’un long travail réalisé en amont. Dans notre cas, il y a tout d’abord un texte préparatoire datant de 2009 (cf http://blogren.over-blog.com/article-l-eglise-catholique-au-moyen-orient-43728493.html ), puis un Synode (message final sur http://blogren.over-blog.com/article-ouverture-du-synode-pour-le-58655743.html ). Cet aspect est à mes yeux aussi essentiel que le texte final du pape ! La dynamique ainsi entretenue est une aide pour tout catholique qui s’y implique. Et c’est cette dynamique qui, de mon point de vue, fait toute la différence entre un discours de chef d’Etat, déclaration politique contextuelle et sans lendemain, et ce texte qui lui s’ancre selon moi dans le réel tout en lui donnant un cap.

      Le texte signé par Benoît XVI est avant tout un texte s’adressant aux catholiques. Et c’est ce que, me semble-t-il, les personnes extérieures glosant dessus ont particulièrement négligé.

  5. 27 septembre 2012 8:05

    Cher ren,

    Je vais vous répondre en m’en tenant à ce que je sais. Tout d’abord, l’alignement du pape sur le point de vue américain, si c’est mon ami quil’a soulevé, c’est moi qui le lui ai fait toucher du doigt. De cela, j’invoquerai deux « preuves » (le mot est peut-être un peu trop fort pour ce dont je vais faire état):

    1. On a pu observer une différence de ton entre Jean-Paul II et Benoît XVI face aux deux guerres du golfe dont ces deux souverains pontifes ont eu à connaître. Là où Jean-Paul II a émis une condamnation à peine voilée contre la riposte de la coalition au coup de force de saddam Hussein, benoît XVI ne faisait montre que d’un retrait pontifical, qui l’a fait s’abstenir de se prononcer sur le bien-fondé de la seconde invasion iraquienne, sous l’égide de l’OTAN, en dépit des règles du droit international. Je rappelle qu’à l’époque, beaucoup de plumes éclésiales, commme mgr rené cost en france, réfléchissaient sur « la guerre juste » et la « guerre préemptive » et se demandaient si le cas s’appliquait en l’occurrence. cette inflexion était d’autant plus mal venue que les nations, autant elles s’étaient engagées sans réfléchir dans la première guerre du golfe, et sans mesurer qu’elles ouvraient grandeur nature la voie au « choc des civilisations », que n’a pas inauguré le 11 septembre, mais bien cet événement fondateur, autant elles se montrèrent circonspectes pour participer à la seconde. Ont fait défection des nations aussi écoutées que la France et l’Allemagne, qui l’a fait beaucoup plus tôt et de façon beaucoup plus franche que ne la fait la france, à qui le monde a fait l’honneur de résister aux américains, mais qui n’est même pas allée jusqu’à opposer son veto.

    Benoît XVI EST ENTRE DANS CET ENGRENAGE PERFIDE DE LANCER FREQUEMMENT DES ACCUSATIONS contre le terrorisme, comme le faisait george bush, alors qu’on est toujours le terroriste du plus fort et le résistant du plus faible, il est donc plus prudent d’éviter d’utiliser cette qualification. Mais surotut, le cardinal ratzinger, puis benoît XVI, n’a jamais récusé cette invention infecte de george bush que fut « la guerre contre le terrorisme », c’est-à-dire contre un ennemi invisible, ce qui ne donnait plus de contours à la guerre. Bien mieux, il a indirectement contribué à la réélection de bush, on sait comment !

    2. Car ce n’est un secret pour personne que le cardinal ratzinger est depuis longtemps très lié aux catholiques américains. Dans ce cadre, en qualité de Président de la congrégation pour la doctrine de la foi, il est intervenu en appui de ceux qui ont entrepris de disqualifier John carry en tant que candidat catholique, dans la mesure où Carry, comme plus tard Obama, était inféodé au lobby pro avortement. Le cardinal Ratzinger a en ce temps-là soutenu les positions des évêques américains qui estimaient que de tels candidats se comportant en « pécheurs publics », ne devaient pas être admis à la table de communion. Cette position maximaliste et stigmatisante revenait à un appel indirect à voter pour le candidat qui, lui, n’était pas contre l’avortement, et cette fermeté contre un certain type de meurtre a fait fermer les yeux au vatican sur d’autres catégories de meurtres d’humains déjà nés et prenant la forme d’un ordre mondial structurellement meurtrier.
    Attention! N’allez pas croire que je sois de ceux qui estiment que l’alternative proposée par l’islam radical, même démocratique, soit moins meurtrier que l’ordre américain, le seul avantage que cette proposition pourrait à la limite avoir sur celle de son adversaire qui s’impose est d’être moins sournoise, mais non pas moins mortifère. A cet égard, vous faites grand cas que benoît XVI ait dénoncé tous les fondamentalismes religieux, avouez que ça ne mange pas de pain !

    Vous reprenez à plaisir l’accusation que Youcef el Karadaoui ne pouvait condamner un texte dont il ne pouvait avoir pris connaissance et qu’il n’avait pas lu. Or vous-même avez suivi les étapes de la rédaction de ce texte et en connaissiez par conséquent les orientations majeures. Comme d’habitude, les journaux ont « fuité » les principales orientations de ce texte. Donc Youcef el Karadaoui pouvait s’en être fait une idée, à défaut de l’avoir lu.

    Enfin, vous parlez d’une initiative appelée « lettre des trente-huit », mais même vous ne pouvez dissimuler que cette initiative a peut-être été « accueillie avec joie » par le pape, elle n’a cependant pas été suscitée par lui. Elle n’est pas venue de lui alors qu’à l’inverse, la blessure de ratisbonne, c’est benoît XVI qui l’a provoquée. N’importe la pertinence ou non des arguments qu’il avançait. La référence à cette controverse médiévale était spécieuse. L’orthodoxie musulmane, refusant toute remise en cause de son exégèses par les sciences dures et la critique rationaliste, pouvait être dénoncée par le pape à l’occasion d’un dialogue franc qu’il aurait organisé avec des autorités musulmanes, mais ce n’est certainement pas auprès du public conquis qu’était son auditoire de ratisbonne que Benoît XVI devait faire une telle sortie et plaider pour « l’islam des lumières », d’autant qu’en dépit de ses protestations en rationalité, le christianisme a lui aussi, encore aujourd’hui, maille à partir avec le rationalisme.

    Benoît XVI a infligé cette blessure aux musulmans, et il a fallu que des intellectuels musulmans fassent le premier pas pour renouer le dialogue avec lui. Le moins qu’il pouvait faire était de s’en réjouir. Je ne trouve pas choquant que l’université d’el-azar ne se soit pas précipitée pour lui tendre la main, sinon pour lui manger dans la main, dès lors que le dialogue s’engageait dans de telles conditions d’assymétrie. Pourquoi le pape ne pourrait-il pas aller au-devant de ceux qui le toisent et le tancent? Il ferait preuve de magnanimité, il irait au-devant de ses ennemis sans attendre que ceux-ci soient revenus à de meilleurs sentiments. Pour être pardonné, il faut montrer qu’on désire le pardon. Le pape n’a que des propos à se faire pardonner, mais sa voix porte loin, et il demeure une figure dont les positions ont beaucoup plus de poids dans le monde que celle d’ouleimas en mal de « leadership ». Donc, après la repentance pour laquelle le cardinal ratzinger a plutôt freiné des quatre fers, le moment est peut-être venu pour benoît XVI de faire le premier pas. Car les regrets rétrospectifs n’ouvrent pas beaucoup de perspectives d’avenir, le dialogue le plus riche est frontal, et il faut discuter de préférence avec ceux qui n’en sont pas demandeurs. On se grandit à le faire.

    • 27 septembre 2012 8:36

      Demat, bonjour !

      Tout d’abord, je vous remercie d’avoir exposé vos arguments sur cette question de l’éventuel « alignement atlantique » de Benoît XVI. Vous me donnez matière à réfléchir, ce qui me réjouis toujours !

      Vous évoquez ensuite le fait que, ayant suivi de près les étapes ayant précédé ce texte, j’ai pu m’en faire une idée, et donc Qaradâwî également. Certes… Mais on ne condamne pas sur une idée que l’on s’est faite ! Comme le dit le Coran, quand on vous apporte une nouvelle, il faut d’abord s’assurer d’y voir bien clair et éviter de trop conjecturer (Coran XLIX, 6 et 12). Donc, oui, je ne peux que camper sur mon accusation. Et ne vais certainement pas en rougir.

      Mais venons-en à la question du dialogue islamo-chrétien. L’Eglise est activement engagée dans le dialogue islamo-chrétien, partout dans le monde -je suis bien placé pour le savoir. Vous parlez de tendre la main, le Vatican le fait en direction d’Al-Azhar qui n’a rompu le dialogue que pour des raisons de politique interne : nous étions au début du printemps arabe ( http://www.zenit.org/article-27992?l=french )

      Tendre la main vers Qaradâwî ? Désolé, mais là, c’est une autre paire de manche ; il y a plus extrémiste que lui, certes, mais ça n’en fait pas pour autant quelqu’un avec qui un dialogue constructif est possible. D’ailleurs, ce texte où Qaradâwî donne des ordres au pape n’est pas sans rappeler les défis stériles lancés par Deedat en direction de Jean-Paul II…

  6. 28 septembre 2012 6:54

    Cher ren,

    Je vous prie par avance de m’excuser, si cette réponse n’en est pas directement une, mais je voudrais approfondir quelques points, où mes deux précédentes contributions auront pu laisser planer un doute ou une ambiguïté. Sur vos propres réponses, j’ai besoin, moi aussi, d’approfondir les informations que vous nous donnez, et de consulter les liens que vous portez à notre attention.

    1. Quand je préconise (qui suis-je pour préconiser ?) que le pape devrait se rapprocher de l’islam politique, ce n’est pas que j’en sois unzélateur fervent. Mais ça veut dire que je prends acte d’un certain nombre de faits :

    a) – la langue arabe est le berceau de l’islam et, par un renversement assez courant de la langue à un sacré qui l’a rencontrée, il se trouve que l’Islam est chez lui dans le monde arabe.

    b) Or l’islam part du principe que qui se reconnaît de « la nation arabe » doit prendre l’islam pour matrice, ou au moins reconnaître qu’il vit en terre d’islam. Ca ne me plaît pas, mais une fois que j’ai admis que l’islam est chez lui dans le monde arabe, je suis bien obligé, quelle qu’en soit l’antériorité, d’acclimater mon christianisme à cette donnée que, si l’islam est chez lui dans le monde arabe et si je suis un chrétien en terre d’islam, je suis un chrétien sous juridiction islamique, et le pape peut utilement (peut et doit, même) contribuer à me donner un statut juridique et à être mon recours si je suis victime d’abus.

    c) Il se trouve qu’un islam politique émergent est en train de penser une égalité civile en terre d’islam, moyennant la reconnaissance – je transpose, mais je ne crois pas mal traduire – que l’islam est religion d’etat.

    d) chrétien, j’accepte, non seulement l’autorité de l’Etat, mais l’etat… de fait. Je dois donc me rapprocher de l’islam politique, parce qu’il est en chemin pour reconnaître l’égalité civile. Je dois le faire passer de la parole aux actes pour que cette bonne volonté bénéficie à mes frères chrétiens d’Orient.

    2. Dans ce cadre, je ne peux que regretter que, là où l’islam politique s’adresse à tous ses nationaux, même non musulmans, le pape des catholiques, lors d’un voyage au Liban planétairement médiatisé, vienne apporter une déclaration synodale adressée aux seuls catholiques. Je peux comprendre qu’un tel procédé nourrisse une sensation de sécession à laquelle encouragerait implicitement le pape, par la logique de ghettoïsation qu’instille la maladresse de ce voyage, où le pape vient remettre aux catholiques, sous le regard planétaire, une déclaration qui les invite à s’ouvrir à leurs frères en citoyenneté. Il les invite à s’ouvrir en leur remettant une déclaration à usage interne, sous le regard d’un monde ouvert. Il remet cette déclaration, adressée à une seule communauté, dans un Liban libanisé, où la logique de ghetto joue à plein régime, puisqu’elle va jusqu’à s’exercer sur les institutions de l’etat, à travers une division du travail institutionnel entre les différentes communautés.

    3. Il existe une méfiance légitime des musulmans envers les chrétiens d’Orient, dès lors que ceux-ci sont comme binationaux et qu’il leur est enjoint de faire un choix : soit faire prévaloir le bien commun de la nation au risque de l’islam, soit faire reculer l’islam pour la sécurité des chrétiens, en s’appuyant sur de très anciens liens avec des occidentaux qui les protègent. Cela n’est pas sans s’ajouter avec le fait qu’au Liban comme en sirie ou en egypte, les chrétiens forment les élites, les familles les plus aristocratiques et nanties du pays, non sans que ces familles fassent profiter tous les enfants du pays du patrimoine de leur éducation, à travers une grande ouverture de leurs écoles. Pourtant, si les chrétiens ouvrent volontiers leurs écoles, ils n’offrent pas facilement leurs terres. Le patriarche sfeir, sommé de rendre des concessions qui occupaient des hectars cultivables et fertilisables, argua qu’il était dans l’obligation derefuser, parce qu’il n’était que le patriarche maronite et que ces terres appartenaient au pape (exemple dont j’ai eu vent à l’occasion d’une conférence d’Antoine-Joseph assaf, qui s’en félicitait comme d’un exemple formidable de l’art de déjouer le droit pour maintenir le statu quo du tordu, pour la préservation d’une espèce (c’est moi qui force le trait)… ou d’une identité menacée. De même, en Egypte, la morgue des coptes aristocratiques et se prétendant de descendance pharaonique, dessert les coptes des campagnes, souvent sauvagement massacrés lors de razzias imprévisibles, dans la plus parfaite indifférence, y compris de l’ancienrégime, dont l’épouse du Président déchuappartenait pourtant à la communauté copte.

    4. C’est pour éviter ces conflits d’appartenance ou d’intérêt que les tenants presque modernes d’un islam politique souvent démocratique somment les chrétiens de choisir entre leur nation et leur religion. Ce choix paraît-il impossible ? Nous avons tous une identité de préférence, sur laquelle il ne faut pas nous mentir et que nous devons affirmer. C’est le problème de la double nationalité ou appartenance. On voit que les termes sont difficilement séparables, ce qui prouve la compénétration du politique dans le religieux. Mais il faut préciser que ce problème se pose aussi bien en France, où nous francisons à marche forcée, mais où il faudrait demander leur identité de préférence aux enfant d’immigrés nés sur le sol français, avant de leur octroyer la nationalité française au terme d’une naturalisation automatique. Tout pays doit pouvoir juger de la fidélité d’un citoyen à la mesure de l’engagement qu’il prend, ou bien de vivre dans ce pays, mais à côté de ce pays, ou bien de devenir un citoyen à part entière de ce pays. L’un des avantages que permettrait une négociation du saint-siège avec l’islam politique, quels que soient les aléas d’une rupture tactique de la négociation qu’aucune des parties n’a intérêt de prolonger, serait de mettre en lumière la nécessité d’une « éthique de réciprocité », que les etats sont trop frileux pour l’ancrer dans la conscience de leurs nationaux et des étrangers qui vivent sous leur juridiction et qu’il ne faudrait pas trop vite naturaliser, dans un désir d’assimilation cannibale et, non seulement antiidentitaire, mais qui va contre le réel. Le réel, c’est qu’en France, la culture française et le judéo-christianisme sont historiques ; le réel dans les pays arabes, c’est que l’islam y demeure un ciment politique. Il n’est pas jusqu’au pape qui ne soit dispensé d’en tenir compte.

    • 28 septembre 2012 8:24

      Demat, bonjour !

      Vous vous exprimez comme si Benoît XVI ne s’était pas adressé aux musulmans durant ce voyage, or ce fut le cas ( http://blogren.over-blog.com/article-benoit-xvi-et-les-musulmans-du-liban-et-de-syrie-110124612.html ). Il est venu signer un texte adressé aux seuls catholiques ? Bien sûr, puisque c’est son rôle. Pourquoi les catholiques d’Orient devraient-ils être les seuls à être exclus du fonctionnement de l’Eglise, qui passe par de telles exhortations ? Contrairement à Qaradâwî qui donne des ordres à Benoît XVI sans jamais se soucier de balayer devant sa propre porte, l’Eglise, elle, commence d’abord par demander à ses membres de faire un effort : pardonnez-moi, mais je trouve cette deuxième démarche bien plus constructive.

      Vous parlez ensuite d’une « sensation de sécession » qui pourrait être nourrie par ce procédé. Or que constate-t-on ? Tout le contraire ! Le dialogue islamo-chrétien se poursuit avec son départ, et son passage au Liban continue à être vu de façon très positive ( http://www.lorientlejour.com/article/779789/Liban_%3A_Entente_cordiale_islamo-chretienne_sur_tous_les_dossiers.html ).

      La tentative de Qaradâwî pour attirer l’attention sur lui et accroître son leadership a fait un flop : il a fondé sa stratégie de communication sur d’éventuelles tensions autour du voyage de Benoît XVI, or il a perdu son pari.

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