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Prierator : Judgment Day

15 août 2012

Wow ! Aujourd’hui, 15 août, je suis un prière-warrior !

Le PRG a sonné l’alerte depuis une quinzaine de jour : la fin du monde approche, on « mobilise les opposants à la législation sur le mariage homosexuel »

Avant-hier, J.-L. Romero, sous la casquette cette fois-ci d’Elus locaux contre le Sida, « se dit choqué par l’attitude de l’Eglise catholique qui conteste le vote des Français qui, en élisant François Hollande, ont voté pour la proposition 31 qui prévoit l’ouverture du mariage aux conjoints de même sexe »

En route pour l’église, ma radio me prévient : je m’apprête à avoir une pratique « un peu désuète », je vais « cautionner » un « combat d’arrière-garde »…

Je n’ose imaginer ce qu’un journaliste dirait en survolant les lectures de cette messe« Détruire toutes les puissances du mal », « régner jusqu’au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis » : alerte, les fous de Dieu arrivent, couteau entre les dents ! De toute façon, c’est clair, la première lecture, c’est l’Apocalypse : on vous le dit, c’est la fin du monde ! C’est le Jugement Dernier !

Mais au fait, que dit ce texte au centre des polémiques depuis sa diffusion le 30 juillet ?

« En ce jour où nous célébrons l’Assomption de la Vierge Marie, sous le patronage de qui a été placée la France, présentons à Dieu, par l’intercession de Notre-Dame, nos prières confiantes pour notre pays » : J-P Denis, dans un édito récent, faisait le parallèle avec la prière des juifs de France évoquée dans le discours de F. Hollande pour le 70ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Un parallèle reprit il y a deux jours par Mgr Barbarin. Et vous savez quoi ? Moi, je trouve ça sympa de renouer avec une tradition « désuète » en priant comme mes frères juifs pour mon pays, qui est loin d’être parfait, mais que j’aime quand même.

« En ces temps de crise économique, beaucoup de nos concitoyens sont victimes de restrictions diverses et voient l’avenir avec inquiétude ; prions pour celles et ceux qui ont des pouvoirs de décision dans ce domaine et demandons à Dieu qu’il nous rende plus généreux encore dans la solidarité avec nos semblables » : tiens, je croyais que j’allais lire une charge sanguinaire contre le mariage homo ? Voilà que je découvre que je ne prie pas contre, mais pour les décideurs et décideuses, pour la solidarité avec mes concitoyens touchés par la crise… Voilà que je découvre une priorité dans cette prière en accord avec cette remarque lue au détour d’une contribution PS : « La situation de crise sans précédent que connaît la France en fait une priorité évidente »

La convergence sera bien entendu limitée, puisque cette contribution s’intitule : « La crise ne doit pas tout écraser : le combat pour la modernisation de la société doit continuer » ; me permettra-t-on cependant de suggérer qu’il serait peut-être intéressant d’arrêter d’éviter les questions de fond sur cette fameuse crise en détournant l’attention, tel un N.Sarkozy agitant le chiffon de l’Islam ? « Le changement, ce serait tentant ! » Arrêtons d’écraser la réflexion sur « une politique économique débridée, non maîtrisée par manque de volonté à tous les niveaux » (pour reprendre la formule de M.Durand)

« Pour celles et ceux qui on été récemment élus pour légiférer et gouverner ; que leur sens du bien commun de la société l’emporte sur les requêtes particulières et qu’ils aient la force de suivre les indications de leur conscience » : voilà que je prie encore pour ceux qui sont au pouvoir, mais notons qu’entre maintenant en jeu la question du « bien commun » opposé aux « requêtes particulières ». Influencés par la polémique actuelle, beaucoup voudront y lire une référence unique aux demandes des couples homosexuels. Mais c’est, là encore, écraser une réflexion pourtant nécessaire sur l’évolution à laquelle nous pousse la société de consommation, si friande de segmentation marketing. Alors qu’on devrait plutôt espérer que « individus, familles, groupements divers, tous ceux qui constituent la communauté civile » aient « conscience de leur impuissance à réaliser seuls une vie pleinement humaine et perçoivent la nécessité d’une communauté plus vaste à l’intérieur de laquelle tous conjuguent quotidiennement leurs forces en vue d’une réalisation toujours plus parfaite du bien commun » (Gaudium et Spes IV, 74)

« Pour les familles ; que leur attente légitime d’un soutien de la société ne soit pas déçue ; que leurs membres se soutiennent avec fidélité et tendresse tout au long de leur existence, particulièrement dans les moments douloureux. Que l’engagement des époux l’un envers l’autre et envers leurs enfants soient un signe de la fidélité de l’amour » : là encore, l’évocation des « époux » va être lue à la lueur de notre polémique de façon restrictive ; et pourtant, là encore, il s’agit d’une intention bien plus large. Comme toujours, d’ailleurs, pour une Prière Universelle.

Ah, oui, parce qu’au fait, vous savez ? La Prière Universelle, c’est dans toutes les messes : « le peuple répond en quelque sorte à la parole de Dieu reçue dans la foi et, exerçant la fonction de son sacerdoce baptismal, présente à Dieu des prières pour le salut de tous » (Présentation générale du Missel Roman, §69)

« Pour les enfants et les jeunes ; que tous nous aidions chacun à découvrir son propre chemin pour progresser vers le bonheur ; qu’ils cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère » : nous sommes arrivés à la fin des demandes, et la polémique actuelle pointera le fait qu’elle se termine par la formule « l’amour d’un père et d’une mère » et non par une formule neutre telle que « l’amour de ses parents », faisant de cette prière une attaque-anti-mariage-gay… Alors qu’encore une fois, l’intention formulée ici est beaucoup plus vaste, englobant « les enfants de parents séparés, divorcés, ou restés en couple par la force de l’habitude, du manque d’argent de tant d’autres choses », « les enfants surinvestis par leurs parents », etc.

Maintenant, chacun voit ce qu’il veut voir… Et si vous préférez le sous-titrage d’Act Up -provocation facile qui m’aura fait sourire- libre à vous ! Nous sommes dans une démocratie laïque, et je suis le premier à m’en réjouir, puisque mes enfants lui doivent d’exister. Et la laïcité, comme le rappelait N.Trouiller, me permet de prier librement, comme n’importe quel autre citoyen.

Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.
Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
(Lc I, 42-43)

Par Ren’

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