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Toulouse, Montauban… et Tibhirine

29 mars 2012

D’abord, il y a eu mes larmes.
Lundi dernier, en apprenant la nouvelle, c’est tout ce que j’avais à offrir. Larmes d’un enseignant qui a déjà été confronté au risque de débordements de violence mettant en danger ses élèves. Larmes d’un père qui sait que ses enfants métissés pourraient eux aussi être un jour une cible. Larmes d’un mari qui avait cru perdre sa femme il y dix ans quand un forcené avait descendu un boulevard en tirant sur tout ce qui bouge. Larmes de quelqu’un se voulant artisan de paix face à cette négation de tout ce en quoi il croit…
Je n’ai pu que relayer les mots des autres, et prier.

Puis il y a eu l’épreuve de la minute de silence du lendemain, que je ne voulais pas forcer, mais bien vivre avec mes élèves, sans moqueries, sans conflit… Nous l’avons vécue avec la photo de ses enfants pleins de vie qui n’étaient plus, de cette famille heureuse aujourd’hui séparée par la mort…
Ce soir encore, mes larmes coulent alors que j’écris ces mots.

Vint ensuite la sidération au fur et à mesure que les informations ont afflué, nous révélant peu à peu le lien de cette tuerie avec les meutres récents de ces soldats, nous parlant de cette immonde caméra… Mais quelques lumières brillent tout de même dans ces ténèbres, telle cette déclaration du premier ministre palestinien Salam Fayyad : « Il est temps que ces criminels arrêtent de revendiquer leurs actes terroristes au nom de la Palestine et de prétendre défendre la cause de ses enfants, qui ne demandent qu’une vie décente, pour eux-mêmes et tous les enfants du monde ! » ; ou encore cette phrase de Samuel Sandler, à qui le tueur a enlevé un fils et deux petits-enfants : « nous continuons à travailler beaucoup, à Versailles et ailleurs si je peux, avec les musulmans »

Il y a le temps du rassemblement : ce furent ces marches silencieuses qui ont rassemblé des personnes de toutes confessions et opinions, auxquelles je n’ai pu physiquement participer, bien que de tout coeur avec les marcheurs. Merci à eux d’avoir, sans le savoir, marché pour moi par procuration.

Et puis il y a le temps de la réflexion. Ce temps où le besoin de poser des mots se fait sentir. Ce temps auquel je crois pouvoir enfin me livrer, en commençant par les mots des autres, ces mots qui m’aident aujourd’hui à trouver une façon de me tourner vers l’avenir malgré la douleur.

Le temps de la réflexion est en premier lieu celui des constats. Et tout d’abord, celui-ci : « La France a traversé ces dernières années de nombreuses épreuves qui ont fait vaciller notre modèle de société. Mais cette épreuve est sans aucun doute la plus dure car elle met à mal notre pacte républicain, notre cohésion sociale, notre désir de vivre ensemble. Le tueur ne s’y est pas trompé en choisissant ses cibles. Il s’en est pris aux symboles de notre Nation et à sa diversité. A travers notre armée et nos soldats, notre école et la communauté juive de France, il s’est attaqué à la communauté nationale dans son ensemble »

Père d’enfants aussi bretons que marocains, comment pourrais-je ne pas me sentir concerné par la mort d’Abel Chennouf, issu comme le rappelait l’abbé Christian Venard « d’une famille à la fois alsacienne (avec tout ce que cette région fait ressortir en notre pays des souffrances liées aux deux conflits mondiaux) et kabyle (et comment ne pas évoquer ici les douloureux événements d’Algérie) » ; comment ne pas souffrir de celle d’Imad ben Ziaten ou de celle de Mohamed Farah, dont Kamel Kabtane a su dire qu’il était « l’enfant de notre France, de notre histoire, de notre vie, avec ses racines des deux côtés de la Méditerranée » ?

Quant au massacre perpétré devant une école, aucun mot ne suffirait…

Sept morts : trois soldats, un enseignant, trois enfants.
Sept morts : « un catholique, deux musulmans et quatre israélites » soulignait Mgr Dubost qui poursuit : « Ils sont tous Français. Pour nous, c’est un signe : leur fraternité dans la mort devrait nous aider à être frères dans la vie. Ces tueries sont un appel à la fraternité, à construire ensemble, puisque nous sommes ensemble visés par la folie du monde »

Ce chiffre sept -et je prie pour qu’il n’augmente pas, je prie pour les survivants encore hospitalisés, je prie pour le jeune Bryan Bijaoui et pour Loïc Liber !- me ramène aux Sept Dormants, et au parallèle de Soufiane Zitouni que je citais sur ce blog : « Sept Dormants d’Ephèse, sept comme les sept moines martyrs de Tibhirine ». C. Roucou nous rappelait lors de la sortie du film « Des hommes et des dieux » que « ce film réveille des blessures internes car la plupart des familles algériennes ont été touchées par la mort d’un des leurs sans que justice et vérité ne soient faites aujourd’hui »… Aujourd’hui, ce sont les tentatives du père de Mohamed Merah pour rapatrier le corps de son fils en Algérie qui ont rouvert ces blessures : « Il est comme la peste qui nous a plombé dix ans durant » rappelle ce lecteur d’El Watan.

Christian de Chergé, dans son « Testament Spirituel », nous demandait de savoir « associer cette mort à tant d’autres aussi violentes laissées dans l’indifférence de l’anonymat ». Que l’on me permette d’associer les sept morts de ces dernières semaines aux sept trappistes qui nous quittèrent il y a tant d’années. Et, par eux, à toutes les victimes du fanatisme de part le monde.

Il est coutume, sur ce blog, de conclure un billet par une citation de nos Ecritures respectives. Je pense immédiatement aux textes de la Semaine Sainte qui commence pour moi dimanche prochain, jour des Rameaux. Et je sais que je vais vivre cette semaine avec au coeur ces sept morts. Mais ce soir, exceptionnellement, ce sont aux mots de Kamel Kabtane que je préfère faire appel :

« Devant un frère tombé sous les balles du plus lâche des crimes,
devant les victimes juives tuées pour le seul motif qu’elle étaient juives,
mon coeur pleure.
Mon coeur pleure, mais nous avons besoin de nous retrouver ensemble
pour dire que nos âmes sont en communion.
Car nous devons être plus forts que le crime »

Par Ren’

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