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L’esprit d’Assise…

31 octobre 2011

Alors que vient de se tenir à Assise une grande rencontre pour la Paix, 25 ans après le lancement de cette initiative par Jean-Paul II, toute l’équipe de Dialogue-Abraham est heureuse de vous proposer cet article collectif, écrit en partenariat avec plusieurs « Rédacteurs Invités »

Un article à plusieurs voix, donc, qui toutes vont vous parler, chacune à leur manière, de Paix.

Point de vue chrétien : Tigreek

C’est pendant ces jours où les hindous fêtent Diwali, la plus grande fête de l’année, où la lumière est fêtée comme prenant le pas sur les ténèbres, que sont invités les représentants de toutes les religions à prier, côte à côte. Se connaître, se reconnaître, s’apprécier, trouver des trésors, une complicité dans la manière de croire, de prier de l’autre. C’est sans doute le début de l’Amour, celui que je confesse et qui, je crois, permettra à tous les hommes de bonne volonté de marcher vers Dieu. Cet Amour plus fort que la mort, plus fort que la peur, un Amour qui dépasse tout ce qui peut nous limiter, qui nous donne une espérance sans bornes…

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix (François d’Assise)

Point de vue musulman : Aâya

Aujourd’hui, j’ai rencontré deux personnes : Un marocain musulman marchant à côté d’une bonne sœur espagnole. Tous les deux habillés en blanc. La bonne sœur portant son habit de religieuse et le musulman portant une gandoura marocaine. Ils discutaient en marchant tout en riant de temps en temps. Quelle aura de paix survolait autour d’eux ! C’était très beau à voir.
Je ne sais pas s’ils étaient au courant de la commémoration du 25ème anniversaire de la rencontre d’Assise ou pas, en tout cas leur amitié transmet un message très fort ; une manifestation inter-religieuse vécue au quotidien.

Dieu appelle les hommes à la Demeure de la paix
et guide qui Il veut vers la Voie du Salut
(Coran 10:25)

Point de vue juif : Yasmeen

La paix est bien sûr l’absence de guerre. Mais elle est encore beaucoup plus : le mot « shalom » désigne l’intégrité, la plénitude, un état d’harmonie et de tranquillité. Elle est une bénédiction, et une manifestation de la grâce divine. En tant que telle, elle est inséparable de la notion de « shleimut », la perfection ou la complétude. Cette idée me renvoie à celle de « tikkun olam », de perfectionner le monde, de le « réparer ». Ceci fait de la paix une valeur éthique, et comme beaucoup de notions dans le judaïsme, non seulement une idée, un idéal théorique, mais une action à accomplir, quotidiennement. Cela commence avec les efforts pour surmonter les discordes –dans les familles tout comme des discordes communautaires et nationales. Cette poursuite de la paix, indissociable de celle de la justice, est ainsi une obligation pour tout individu et rend possible l’avènement de l’ère messianique. La torah toute entière n’existe que pour l’amour de la paix – enseignons-la à nos enfants pour construire ensemble un monde meilleur.

Paix, paix à celui qui est éloigné et à celui qui est proche,
a dit le Seigneur
(Esaïe 57:19)

Point de vue chrétien : Ren’

Vivre un moment de paix… Je nous revois, ma femme et moi, main dans la main, les yeux dans les yeux, seuls sous le porche de l’église, dans ce merveilleux moment de paix qui a précédé notre mariage. Prenant le temps de laisser toutes nos difficultés devant la porte avant de rejoindre, portés par la mélodie d’une amie harpiste, nos proches assemblés à l’intérieur. La paix, il suffit parfois de faire l’effort de la rejoindre, dans le moment présent.
La paix se trouve en nous, mais elle se reçoit aussi des autres… Merci, Michel, pour ce cadeau que tu m’as fait pendant la préparation de ce mariage quand, apprenant que je n’avais jamais pu communiquer directement avec ce futur beau-père qui a toujours refusé de me voir, tu m’as dit : « Ecris-lui. Ecris-lui pour lui dire comment tu l’aimes ». Mon beau-père marocain n’a je pense jamais compris cette lettre, si étrangère à son mode de pensée ; mais trouver en moi comment l’aimer sincèrement, quelle paix !
La paix, c’est communicatif… Je l’évoquais sur notre forum, l’échange de la paix lors d’une cérémonie catholique est intimement lié dans notre vécu de couple islamo-chrétien à ce moment de la Prière Rituelle musulmane où l’on offre « As salam ‘alaykoum » à sa droite et à sa gauche… Le besoin d’offrir cette paix déborde, parfois, comme lorsque ma femme a offert le baiser de paix à tous ceux qui assistaient à notre cérémonie de mariage. Il peut être plus retenu dans sa forme, et pourtant tout aussi profond, comme lors des rencontres annuelles du GFIC, où les conjoints musulmans venus assister à la messe de Pentecôte se retrouvent participant de la cérémonie à ce moment précis…
La paix, nous la vivons, en croyants, comme un moment de communion avec les autres et avec Celui qui est le Dieu de la Paix.

Vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ;
saluez-vous mutuellement par un baiser de paix
(2 Co 13:11-12)

Point de vue musulman : Mamun

Islam ne veut pas dire « soumission », c’est un nom propre qui mêle deux mots : istislam (se soumettre, se rendre), et salam (paix).
La paix. Qui peut se vanter d’être contre ? Les bonnes intentions et les belles-âmes sont légions. Pourtant, parmi ces belles-âmes, se trouvent nombre d’esprits chagrins, qui, tout bien intentionnés qu’ils soient, dénoncent des groupes ethniques, religieux, ou autre, et y associent via des procès d’intention, des accusations de doubles discours, prétendus symboles de la nature foncièrement violente de leurs auteurs. Cette attitude n’encourage pas au respect, condition sine qua non de l’échange, du dialogue avec l’autre, et donc de la paix.
Pour ce faire, nous devons apprendre à connaître l’autre, savoir en quoi nous convergeons et en quoi nous divergeons, connaître les griefs de l’autre contre moi, et lui connaître les miens contre lui, non dans le but de relancer ou de réchauffer les anciennes haines, mais pour éviter les procès d’intentions, et les insupportables accusations de double langage. En reconnaissant nos points communs et nos points divergents, nous reconnaissons l’identité de l’autre. De cette manière, nous reconnaîtrons aussi, par effet miroir notre propre identité. Disons-nous les choses en face une bonne fois pour toute, crevons l’abcès, et guérissons ensemble en bâtissant un projet d’avenir commun. La Rencontre d’Assise, dont nous fêtons actuellement le vingt-cinquième anniversaire, était une première étape importante que nous pouvons inscrire dans ce sens. A nous maintenant de lui donner un avenir, de faire fructifier cette Rencontre en contribuant à l’établissement de la paix.

Parmi Ses signes : la création des cieux et de la terre ; la diversité de vos langues et de vos couleurs.
Il y a là vraiment des signes pour ceux qui savent (Coran 30:22)

Point de vue juif : Ahouva

La paix est une notion essentielle dans le judaïsme, l’un des principes fondamentaux de la Torah, en ce sens où elle est la destinée du monde et de l’humanité, collective comme individuelle. Nous ne serons pas dès lors étonnés que le terme shalom soit le salut hébraïque ou que le Talmud (Shabbat 10b) enseigne que le Nom de Dieu est Shalom. La racine trilitère de shalom, שלם, désignant l’idée de complétude, la paix est pour nous l’aboutissement ultime. Elle est également ce qui maintient Dieu, les hommes et l’ensemble de la création dans l’épanouissement, la justice et le plaisir. Rappelons-nous également qu’aux Temps messianiques, lorsque le Messie aura inscrit la Torah dans le cœur de tout Juif et que celle-ci sera reconnue par les Nations, adviendra une ère de paix universelle. Alors que les ennemis héréditaires d’Israël auront été anéantis, seule règnera pour tout homme la sagesse et la sainteté sur cette terre qui ne connaîtra plus la guerre et où Dieu se dévoilera à tous. C’est cet espoir en l’avènement du monde à venir qui me pousse à célébrer le 25e anniversaire de la Rencontre d’Assise car ce genre d’initiative ne peut que presser la venue du Messie tout en rapprochant les hommes de toutes confessions.

Éloigne-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-la (Psaume 34:15)

Point de vue chrétien : Manu

On définit la paix comme l’absence de conflits. Pourtant, en présence de divergences apparemment indépassables, comment la considérer autrement que comme une utopie ?
Pour ma part, la réponse à cette question, je l’ai trouvé en dialoguant avec des collègues musulmans, il y a sept ans. A l’époque, j’étais encore soumis au lent processus de reconversion qui me faisait désirer revenir à l’Eglise Catholique, après plusieurs année, d’éloignement,mais sans encore réussir à lever toutes mes réticences. Par contraste, mes deux collègues étaient très rigoureux et très assurés dans leur foi. Tous trois intéressés par les questions religieuses, nous passâmes de longues heures à discuter des similitudes entre islam et christianisme, et aussi des différences. Et l’expérience qui me marqua alors, et qui joua un rôle important dans mon retour à la foi catholique et aux sacrements, fut que ma connaissance et mon respect croissants pour l’islam, qui naissait de leur témoignage, loin d’ébranler ma foi balbutiante ou de taire mes velléités de redevenir catholique, me donnèrent de l’assurance et me firent prendre conscience de l’importance fondamentale d’aspects du christianisme que j’avais tendance à minimiser ou à rejeter : ainsi le sacrement de Réconciliation, celui de l’Eucharistie, l’Eglise elle-même comme institution. Le dialogue, loin de me convertir à l’Islam, me faisait prendre conscience de mes différences, mais moins j’étais tenté par cette religion, plus je la respectais et en avais une vision nuancée et attentive à ses nombreux aspects positifs. J’étais davantage chrétien et moins musulman qu’avant de connaître ces collègues et de discuter avec eux, et pourtant j’étais je pense définitivement libéré des clichés et des angoisses « post 11 septembre » qui encombraient jusqu’alors mon esprit.
Et c’est cela pour moi la paix : non pas une utopie ou une négation des oppositions ou des conflits, mais un approfondissement de notre différence par une meilleure connaissance et un plus grand respect mutuel, non pas la fin des conflits, mais leur dédramatisation par et dans le dialogue.

C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ;
ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne.

Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés (Jn 14:27)

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