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« Palme de la liberté » et nécessité du dialogue

5 mai 2011

Spectacle incongru à Paris : « l’Oasis de la Paix »Des palmiers sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame !

Marc Fromager, président de l’Aide à l’Eglise en Détresse, à l’origine de cette manifestation répondant au nom de « Palme de la Liberté », expliquait ce choix à J. Duriez du journal La Croix : le palmier est « le symbole du martyre dans le christianisme : (…) un arbre toujours vert, donc un symbole de vie. Et donc il y a à la fois la réalité qui est assez dramatique (…) mais également cette espérance ». Sur Radio Notre-Dame, le matin, il expliquait : « C’est pour attirer l’attention sur ce thème de la liberté religieuse dans le monde (…) Nous allons poursuivre notre « nuit des témoins » (…) Ce sera la 3e édition, où nous rendrons hommage aux martyrs de notre temps (…) Mais, cette année, nous avons voulu aller plus loin (…) de manière positive, c’est-à-dire : sous l’angle de la liberté religieuse. Pour nous, c’est la même chose, c’est : défendre les chrétiens persécutés (…) Plus il y aura de liberté, moins il y aura de persécutions (…) Mais cette liberté religieuse (…) nous la demandons pour tous, pas que pour les chrétiens » …Et, de fait, l’annonce de cette journée ne parle pas uniquement des chrétiens : « Catholiques, protestants, orthodoxes, hindouistes, sunnites, ahmadiyya … sont humiliés, persécutés ou tués pour le seul fait de leur croyance, en Egypte, Irak, Turquie, Inde, Pakistan, Chine, Somalie, Maldives… »

Raphaël Delpard, interrogé par cette même radio « sur les pays où il fait le moins bon vivre aujourd’hui pour un chrétien » rappelle que selon lui, « indiscutablement, c’est la Corée du Nord qui tient toujours le haut de la liste (…) Un régime qui emprisonne, qui tue, de la manière la plus ignoble qui soit, et qui ressemble à l’époque stalinienne ». Et, sur la même antenne, Alexandre Del Valle signale que « dans les pays réputés pacifiques, bouddhistes et hindouistes (…) on tue beaucoup plus de chrétiens que dans certains pays musulmans » ; prenant la parole à sa suite, Annie Laurent pose cette question : « alors que la situation a toujours été difficile pour les chrétiens du Proche-Orient, est-ce que cet intérêt soudain n’est pas dû à la présence d’un islam qui est de plus en plus visible et revendicatif chez nous ? »

De fait, ce fut une manifestation où il aura été beaucoup question d’Islam… Ce qui ne peut surprendre, puisque trois évêques venus d’Egypte, d’Irak et du Pakistan, avaient été invités pour témoigner. Peut-être pourra-t-on espérer, lors d’une prochaine édition de cette journée, avoir la présence de chrétiens coréens ou indiens ?

Ce même jour, Benoît XVI déclarait, lors de la clôture de la XVIIe session plénière de l’Académie pontificale des Sciences sociales, que « le Saint-Siège continue à réclamer la reconnaissance du droit fondamental à la liberté religieuse de la part de tous les Etats, les appelant à respecter, et si nécessaire à protéger les minorités religieuses, qui, bien que liées à une foi différente de celle de la majorité, aspirent à vivre pacifiquement avec leurs concitoyens, et à participer pleinement à la vie civile et politique de la Nation, au bénéfice de tous »

« Liberté religieuse, chemin vers la Paix », tel était le titre de son message du premier janvier dernier. Il y précisait en introduction que « les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi » ; le clip de l’AED annonçant la journée précise, lui, que « 75% des victimes de la persécution pour motifs religieux sont chrétiens »

Benoît XVI ne se soucie pas uniquement des chrétiens lorsqu’il demande aux « hommes et femmes de bonne volonté » de « renouveler leur engagement pour la construction d’un monde où tous soient libres de professer leur religion ou leur foi ». Selon lui, « le droit à la liberté religieuse s’enracine dans la dignité même de la personne humaine (…) Toute personne doit pouvoir exercer librement le droit de professer et de manifester individuellement ou de manière communautaire, sa religion ou sa foi, aussi bien en public qu’en privé, dans l’enseignement et dans la pratique, dans les publications, dans le culte et dans l’observance des rites. Elle ne devrait pas rencontrer d’obstacles si elle désire, éventuellement, adhérer à une autre religion ou n’en professer aucune (…) La société qui veut imposer, ou qui, au contraire, nie la religion par la violence, est injuste à l’égard de la personne et de Dieu »

Le lien établi entre la liberté religieuse à la dignité de la personne amène à une conséquence logique : « à partir de leurs propres convictions religieuses et de la recherche rationnelle du bien commun », les fidèles des grandes religions « sont appelés à vivre de manière responsable leur propre engagement dans un contexte de liberté religieuse » ; ainsi donc, « au sein des cultures religieuses variées », il faut savoir « rejeter tout ce qui est contraire à la dignité de l’homme et de la femme »

Benoît XVI nous rappelle ici ce que disait déjà le concile Vatican II : « C’est dans la société humaine que s’exerce le droit à la liberté en matière religieuse, aussi son usage est-il soumis à certaines normes qui le règlent. Dans l’usage de toute liberté doit être observé le principe moral de la responsabilité personnelle et sociale » (Dignitatis Humanae, §7)

Mais le pape ajoute également : « Il est nécessaire, à l’inverse, d’accueillir comme un trésor tout ce qui s’avère positif pour la convivialité civile », et la question de la liberté religieuse est ainsi inséparable du « dialogue entre les fidèles des diverses religions », qui « représente un instrument important pour collaborer au bien commun » ; avant de rappeler cette phrase de St Thomas d’Aquin : « Toute vérité, qui que ce soit qui la dise, vient de l’Esprit Saint » (Super Evangelium Joannis I, 3)

Le concile pointait déjà « des régimes, où, bien que la liberté de culte religieux soit reconnue dans la Constitution, les pouvoirs publics eux-mêmes s’efforcent de détourner les citoyens de professer la religion et de rendre la vie des communautés religieuses difficile et précaire » (Dignitatis Humanae, §15). La liberté religieuse n’est pas seulement la liberté de culte… Benoît XVI nous le redit : « on constate aujourd’hui encore, dans le monde des persécutions, des discriminations, des actes de violence et d’intolérance liés à la religion. En Asie et en Afrique en particulier, les principales victimes sont les membres des minorités religieuses, auxquels il est interdit de professer librement leur religion ou d’en changer, par des intimidations, par la violation des droits et des libertés fondamentaux et des biens essentiels, allant jusqu’à la privation de la liberté personnelle ou même de la vie »

Tout en appelant donc à la défense des minorités religieuses -quelles qu’elles soient- le pape précise que ces minorités « ne représentent pas une menace pour l’identité de la majorité, mais représentent au contraire une opportunité de dialogue et d’enrichissement culturel réciproque »

Evidemment, comme le pape le soulignait par exemple en septembre dernier, « afin d’être fécond, ce dialogue exige une réciprocité de la part de tous les partenaires du dialogue et des membres des autres religions » ; mais il est révélateur de voir que Benoît XVI, alors même qu’il se souciait dans son message du 1er janvier du sort des chrétiens persécutés, réaffirme l’importance du dialogue interreligieux.

Dialoguer n’est pas incompatible avec le souci des personnes persécutées pour leur religion. Bien au contraire. Le père C. Roucou, responsable du Service des Relations avec l’Islam (« au niveau européen, cette structure de la Conférence épiscopale est une des meilleures » déclarait en novembre dernier le cardinal Tauran) signalait il y a quelques mois : « Nous sommes attaqués comme naïfs vis-à-vis des musulmans parce que nous discutons avec eux, alors que c’est notre mission (…) Je n’ai pas à choisir entre ma solidarité avec les chrétiens du Proche-Orient et l’amitié avec les musulmans d’ici »

Les « musulmans d’ici », cet « islam qui est de plus en plus visible » dont parlait Annie Laurent, sont également concernés par l’appel de Benoît XVI à considérer les minorités religieuses comme « une opportunité de dialogue et d’enrichissement culturel réciproque » et non « une menace pour l’identité de la majorité ». Oui, soucions-nous des croyants persécutés dans les autres pays… Mais ne faisons pas de ce souci un paravent pour masquer notre propre peur des minorités religieuses de notre pays.

N’oublions pas l’avertissement du pape dans son message de janvier : « L’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer des intérêts occultes (…) peut provoquer des dommages énormes aux sociétés »

Ne brisez pas l’élan de votre générosité, mais laissez jaillir l’Esprit (…)
Autant que possible, pour ce qui dépend de vous,
vivez en paix avec tous les hommes
(Rm XII, 11.18)

par Ren’

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2 commentaires leave one →
  1. 7 mai 2011 2:16

    Merci Ren’ pour cet article, et en particulier, de souligner que dialogue interreligieux et lutte contre les persécutions religieuses ne sont pas antonymes, bien au contraire…

    • 7 mai 2011 6:36

      Malheureusement, j’ai moi aussi bien souvent à répondre comme le fait Christophe Roucou du SRI. Avec un avantage sur lui, cependant : moins exposé, puisque ne représentant que moi-même, je subis donc moins d’attaques…

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