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Quand la tradition prend le pas sur la religion.

19 février 2011

Mercredi dernier état le jour de la commémoration de la naissance du prophète de l’islam (Dhikra al mawlid an-nabawi ach-charif). En cette occasion, de nombreux musulmans célèbrent des veillées religieuses, rendent visite à leurs proches, préparent des plats spéciaux pour l’occasion etc. Cette journée fait partie du patrimoine culturel islamique dans certains pays. Ce qu’il faudrait préciser est que le jour de la naissance du prophète n’est pas une fête religieuse. En islam, nous avons deux fêtes : la fête de la fin du jeûne du mois de Ramadan (aid al fitr ou aid sghir) et la fête du sacrifice du mouton (aid al adha ou aid el kebir).

Ce mercredi, j’ai donc reçu plusieurs vœux de bonne fête religieuse de la part de beaucoup de mes connaissances, de la part de mon opérateur téléphonique par sms. Le présentateur du journal télévisé nous a souhaité un bon aid également. Des statuts sur Facebook n’ont pas fait exception non plus.

La question que l’on pourrait se poser est comment une tradition peut-elle imprégner les mentalités jusqu’à devenir de l’ordre du religieux ?

La religion, l’islam en l’occurrence, n’étant ni une nationalité, ni spécifique à une ethnie, peut être adoptée par des membres de n’importe quelle société et culture. Souvent, pour ne pas dire toujours, cette religion se greffe sur la culture préexistante et est phagocytée de telle sorte que culture et religion ne font plus qu’une. Ou alors, en pénétrant dans une société, la religion se développe en fonction des mentalités, et on peut se retrouver avec une nouvelle religion ayant des aspects nouveaux, des fois contradictoires avec ce que préconisait ladite religion à la base.

Prenons comme exemple les saints et les marabouts. En islam, le musulman ne doit prier que Dieu et c’est à Lui seul que l’on demande protection et faveurs … Il n’y a pas d’intercesseurs entre le croyant et Dieu. Le croyant s’adresse directement à son Créateur par le biais de la prière traditionnelle ou par des invocations ou prières personnelles.

Que celui qui espère donc rencontrer son Seigneur accomplisse de bonnes actions et Lui voue son adoration sans ne jamais Lui associer personne !

(Coran 18 :110)

Paradoxalement, on trouve des personnes musulmanes, souvent pratiquantes, qui se dirigent vers les marabouts pour leur faire des offrandes et leur demander des faveurs (une bonne fertilité, un héritier, un prétendant, le retour d’une personne chère …). Ces personnes demandent tout cela à une tombe où est enterré un homme. Ce dernier aurait fait le bien de son vivant qui lui aurait valu une coupole.

Jaber a rapporté que l’envoyé de Dieu – que Dieu lui accorde Sa Grâce et Sa Paix – a interdit de plâtrer la tombe, de s’y assoir et de construire sur elle.

Ne vous asseyez pas sur les tombes et ne les prenez pas comme oratoire

(Sahih Moslim, Le livre des funérailles).

De même pour la sorcellerie. Des gens y recourent sachant que ceux qui s’adonnent à ce genre de pratiques commettent souvent des actes illicites (la sorcellerie étant elle-même illicite) tels que la profanation des tombes, le vol d’objets personnels à la personne à ensorceler, la consommation de produits illicites …

… ce sont les démons qui l’étaient [négateurs, incrédules] et qui apprenaient aux gens la sorcellerie

(Coran 2 :102)

Toujours en parlant d’hérésies considérées, par certains, comme religieusement correctes, on trouve des personnes nommées Abdnabi/Abdnbi (serviteur du prophète), même si ce prénom est en régression. Alors que ce qualificatif de Abd-Nom est réservé exclusivement à Dieu et à ses attributs.

Dans le même sens, des personnes jurent sur le prophète, sur le coran, sur la nourriture … alors que le croyant ne doit jurer que par Dieu.

Celui qui veut faire un serment, qu’il le fasse au nom de Dieu ou bien qu’il se taise.

(Sahih Moslim, Le livre de la foi).

En islam, 5 prières quotidiennes sont obligatoires. Les prières surérogatoires sont facultatives. Certains parents et grands-parents, quand ils initient leurs enfants à la prière, leur enseignent les prières surérogatoires comme étant obligatoires. L’enfant qui débute dans la pratique de ses devoirs religieux se retrouve à faire par exemple pour la prière d’al ‘icha’ sept rak’ates au lieu de quatre sans faire la distinction entre l’obligatoire et le surérogatoire.  Ce mélange par ignorance de ce qui est prescrit de l’ordre de l’obligatoire et de ce qui est conseillé, a souvent lieu  et crée des polémiques oiseuses chez les personnes ignorantes.

Une des grandes erreurs commises à l’encontre de la religion est ce pouvoir de vie et de mort conféré aux parents et plus particulièrement à la mère. Certes, le coran ordonne d’être bienveillant et respectueux envers ses parents, de ne pas les insulter, de ne pas les malmener ni de les mépriser.

Nous avons recommandé à l’homme d’être bienveillant à l’égard de ses parents

(Coran 31 :14)

Ton Seigneur t’ordonne de n’adorer que Lui, de traiter avec bonté ton père et ta mère. Et si l’un d’eux ou tous les deux atteignent, auprès de toi, un âge avancé, ne leur dis pas : «Fi !» Ne leur manque pas de respect, mais adresse-leur des paroles affectueuses !

(Coran 17 :23)

Mais il n’a jamais dit qu’il fallait obéir aux lubies et aux fantasmes de ses parents quels qu’ils soient et pire encore quand ils vont à l’encontre du bon sens.

Le paradis se trouve sous les pieds des mères.

(Hadith)

Il y a des mères qui mettent leurs enfants devant deux choix : sa bénédiction (faire ce qu’elle veut, elle, afin d’accéder au paradis) ou sa malédiction (un billet de non retour à l’enfer si son fils ou sa fille lui désobéit). Et bizarrement, beaucoup de personnes se soumettent à ce jeu de chantage et croient fortement à cette bénédiction/malédiction de la mère qui déterminerait leur séjour dans l’au-delà.

Pour illustrer, je citerai l’exemple d’un homme musulman qui désirerait se marier avec une femme chrétienne ou juive. Il est admis religieusement, qu’un musulman peut épouser une croyante qu’elle soit musulmane, chrétienne ou juive. Or, dans certaines familles, il est inconcevable que le fils épouse une non-musulmane. Ils se soulèvent contre une permission divine et interdisent ce que Dieu a rendu licite.

Un autre point : la virginité de la fille au mariage. Le coran interdit les relations sexuelles hors mariage et demande aux croyants, hommes et femmes, d’être chastes.

N’approchez pas la fornication ! Cela est en vérité une turpitude et une voie néfaste.

(Coran 17 :32)

Par je ne sais quelle intégration machiste et misogyne de ces textes, la prescription divine est devenue : la fille doit être vierge, l’homme peut faire ce qu’il veut quant à lui, c’est un HOMME.

Les certificats de virginité avant le mariage sont monnaie courantes, aussi dégradants qu’ils puissent l’être pour la dignité de la personne qui est supposée être choisie pour partager sa vie. Les opérations pour refaire l’hymen se répandent de plus en plus. Les ruses pour tacher le drap de sang la nuit de noces se comptent à la pelle. Des annulations de mariage pour cause de non-virginité font l’actualité … L’islam n’a jamais demandé cela.

Celui qui occupera la pire des places au-près de Dieu le Jour de la Résurrection est celui qui se lie avec sa femme et elle se lie à lui, puis il divulgue son secret.

(Sahih Mouslim, Le livre du mariage)

D’autres exemples beaucoup plus graves, sont les crimes d’honneur. L’islam a été révélé entre autres pour justement abolir ces coutumes barbares. Malheureusement dans certaines sociétés dites musulmanes, ces crimes d’honneur persistent, les femmes étant les principales victimes, tuées pour avoir refusé un mariage imposé par sa famille, vitriolée pour avoir pris le chemin de l’école. L’hérésie n’a pas de limites.

Le multiculturalisme est une richesse. Les sociétés ont le droit d’avoir leurs us et coutumes, leurs traditions héritées de générations en générations, parfois issues de la religion et constituant leurs patrimoines culturels.  Mais quand ces traditions prennent le pas sur la religion et quand leur est conférée la même importance que les prescriptions divines, à l’encontre desquelles ces dites traditions vont, il faudrait sonner l’alerte, essayer de faire un travail de fond pour faire la part des choses et différencier Religion et Tradition au risque que cela ne gangrène les sociétés concernées comme c’est déjà le cas.

par Aâya

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5 commentaires leave one →
  1. 21 février 2011 11:12

    « En pénétrant dans une société, la religion se développe en fonction des mentalités, et on peut se retrouver avec une nouvelle religion »… Ton article est lié au refus islamique de toute bid’ah (innovation en religion), que l’on retrouve dans des hadiths tels que « Quiconque introduit dans notre religion ce qui lui est étranger le verra rejeter » (Bukharî, Muslim). Dans un contexte chrétien, la question se poserait tout autrement.

  2. Aâya permalink
    22 février 2011 11:29

    Merci de le souligner. Et merci de préciser dans la traduction en français « innovation RELIGIEUSE » car ce n’est pas toujours clair dans les esprits. Certains, beaucoup, pensent que toute « innovation » est interdite car elle ne se faisait pas au temps du prophète. Comme les anniversaires par exemple. Or, ce n’est pas le cas. Ce sont les innovations religieuses qui sont interdites.

    Je tiens à préciser que je ne suis pas contre la célébration du jour de la naissance du prophète, bien au contraire. C’est une célébration qui fait partie de ma culture, elle est officiellement célébrée depuis le 13ème siècle dans mon pays. Je voulais simplement préciser que c’était une tradition et non pas une fête religieuse.

    Sinon, comment se poserait la question dans un contexte chrétien ?

    • 22 février 2011 11:58

      La nouveauté en religion n’est pas perçue par nous comme mauvaise en soi. Le christianisme est depuis le début dans une tension entre tradition et innovation. L’Eglise -la communauté des chrétiens- est un peuple en marche… Voici par exemple ce que dit le Catéchisme au sujet de la piété populaire : « Le sens religieux du peuple chrétien a, de tout temps, trouvé son expression dans des formes variées de piété qui entourent la vie sacramentelle de l’Église (…) Ces expressions prolongent la vie liturgique de l’Église, mais ne la remplacent pas (…) Un discernement pastoral est nécessaire pour soutenir et appuyer la religiosité populaire et, le cas échéant, pour purifier et rectifier le sens religieux qui sous-tend ces dévotions et pour les faire progresser dans la connaissance du Mystère au Christ (…) La religiosité populaire, pour l’essentiel, est un ensemble de valeurs qui, avec sagesse chrétienne, répond aux grandes interrogations de l’existence (…) Cette sagesse est aussi pour le peuple un principe de discernement, un instinct évangélique » (§1674-1676)

  3. Aâya permalink
    26 février 2011 2:44

    Est-ce que ce serait plus juste de parler du point de vue du catholicisme ou de l’église plutôt que du point de vue chrétien ?

    Il me semble que la différence dans les deux approches, est que l’église en autorisant « la religiosité populaire » se pose en tant qu’arbitre si j’ai bien compris.
    En islam, avec l’absence d’un clergé comme précisé dans l’article, donner libre cours à différentes adaptations religieuses aurait ouvert la voie à la disparition de l’islam lui-même aux dépends d’innovations, certaines bénignes, d’autres très graves.

    • 28 février 2011 8:00

      Ma réponse est évidemment d’abord et avant tout une réponse catholique. La réponse orthodoxe serait sans doute assez proche, la réponse protestante, elle, s’en éloignerait selon son degré de fondamentalisme.

      Mais lorsque je dis que le christianisme est depuis le début dans une tension entre tradition et innovation, je suis là dans un point de vue qui englobe toutes les confessions chrétiennes. Jésus se réfère à la tradition juive, mais délivre un enseignement que ses auditeurs, mis en scène dans les évangiles, qualifient bel et bien de « nouveau » ; il inaugure selon nous la « Nouvelle Alliance » annoncée par l’antique tradition des Ecritures, etc.

      Le judéo-christianisme n’envisage pas les choses de façon cycliques comme le fait l’Islam (j’en parlais ici : http://blogren.over-blog.com/article-23522962.html )

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