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Niqab …

16 janvier 2011

La majorité des oulémas musulmans affirment que le niqab n’est pas islamique, que c’est un habit qui relève de la culture de certains pays et qui n’a rien à voir avec la religion ni de près ni de loin comme l’a si bien dit feu cheikh Mohammed Sayed Tantaoui.

Cet habit a été étranger, même dans mon pays musulman, le Maroc, jusqu’à ces dernières décennies. Jamais je n’ai vu dans mon enfance une femme portant le niqab dans la rue. A tel point qu’une fois adulte, et qu’après que cet habit ait commencé à envahir nos rues, j’ai sursauté en voyant arriver face à moi deux femmes couvertes de la tête aux pieds de noir.

Ceux qui ont analysé ce phénomène l’ont relié à la période de la révolution iranienne et à la propagation des courants salafistes.

Le niqab s’est d’abord installé dans les quartiers périphériques de nos grandes villes, quartiers où il n’est pas conseillé de s’aventurer. J’ai mis les pieds dans un de ces quartiers il y a quelques années, en voiture, j’étais à la recherche d’un endroit pour m’installer professionnellement … j’ai été surprise de faire un parallèle avec les images que l’on voit aux infos sur l’actualité à Kaboul. Ça existe chez nous ça ? Et oui malheureusement, je n’en revenais pas.

L’intégrisme et l’extrémisme trouvent un terrain très prometteur dans ce genre de quartiers, comme l’a si bien illustré Mahi Binebine dans « Les étoiles de Sidi Moumen ».

Si le port du niqab dans ce genre d’endroit peut aller de soi si je puis dire, qu’en est-il des autres milieux ? Quand ce ne sont pas les éminences religieuses auto-proclamées, à la formation douteuse qui ordonnent aux pauvres gens la voie à suivre avec ce qui en découle comme pression de la part du père, du frère, de la société (micro-société ?) en général, c’est la femme qui choisit elle-même de se couvrir de la tête aux pieds d’un habit sombre de préférence.

C’était une triste surprise pour moi de voir une jeune fille d’une vingtaine d’années qui a opté tout récemment pour le voile intégral. Quelle est cette vague qui submerge cette jeunesse ? Qu’est-ce qui les pousse à faire ce choix ? Car oui, c’est leur propre choix, personne ne le leur a imposé. Cette jeunesse toute fraîche et pleine de vie qui décide de se terrer et de se couper du monde pour une raison soit disant religieuse, me laisse bien pensive.

J’essaie de comprendre. Je connais, par l’intermédiaire de mon activité professionnelle,  quelques jeunes femmes et quelques jeunes filles portant le niqab.

Ces jeunes femmes et ces jeunes filles que je côtoie n’ont pas fait d’études, elles ne sont même pas arrivées au lycée. Par contre, une grande partie d’elles suivent des cours dans des mosquées pour apprendre les règles de récitation du coran.

A la maison, les chaînes télévisées religieuses ont le monopole, le reste des chaînes est souvent censuré et interdit. Je connais un père de famille qui est au sommet du désespoir car à la maison, ses enfants, garçons et filles imposent des émissions religieuses et ne le laissent que rarement regarder d’autres programmes comme le film, en général américain, programmé le dimanche soir. Sa fille aussi a mis le niqab récemment, il ne l’a pas avalé tout en ne pouvant pas lui imposer de l’enlever.

Pour que cette jeunesse se réfugie dans ce nid d’extrémisme religieux, je me dis qu’elle n’a pas eu d’autres alternatives : Elles n’ont pas fait d’études, ne travaillent pas, donc elles n’ont côtoyé personne dans leur courte vie. Ne connaître que sa proche famille et éventuellement une ou deux voisines n’est pas vraiment fait pour ouvrir l’esprit sur le monde.

Lire … la jeunesse ne lit pas, et quand elle lit, elle se rabat sur des ouvrages qui traitent de thèmes « religieux » comme les signes de l’Heure, les tourments de la tombe, les prières exaucées etc. Mais où sont passés les auteurs du calibre d’Al Jahiz, d’Ibn Al Mouqafa’, de Badi’ az-Zaman Al Hamadani … ? Où sont passées les traductions de Voltaire, de Montesquieu, … de Maupassant ?  Et quand bien même on voudrait s’intéresser à des ouvrages religieux, pourquoi se rabattre sur des auteurs douteux et snober des Mohammed Abed El Jabri ?

Le radicalisme des idées et des actes (sans nécessairement parler de kamikazes et de poseurs de bombes) peut avoir différentes origines. Mais je pense que l’ont peut dire que quand des personnes et surtout les jeunes, ne trouvent rien à quoi s’attacher dans la vie ni à quoi s’identifier, ils finissent par se réfugier dans des cocons religieux profonds où règnent l’extrémisme et le radicalisme qui donnent en quelque sorte un sens à leur vie.

Dans l’absolu, je me dis que chacun est libre de s’habiller de la façon qu’il le désire. Mais quand j’y réfléchis, ce niqab ne se limite pas à un habit mais est l’étendard d’un courant politico-religieux. Celles qui le portent n’en ont pas toujours conscience. Si ces femmes désiraient tellement se couvrir, le visage pour quelles raisons optent-elles pour un habit importé des pays du golf et non pas pour l’habit traditionnel marocain qui consiste en une jellaba avec capuchon et un petit voile triangulaire ne laissant apparaître que le haut du nez et les yeux ou ne couvrant que la bouche. Je me souviens de ma grand-mère qui en portait à l’époque. C’était un habit traditionnel et qui n’avait aucune connotation religieuse, comme l’explique Azzedine Allam, professeur de sciences politiques à la Faculté de Droit de Mohammedia. C’était un habit qui ne mettait pas de barrière entre la femme et le reste de la société et ne se limitaient pas qu’aux musulmanes, des juives en portaient aussi.

Il n’y a pas besoin d’un tissu spécial pour être respectueux de soi-même et des autres, l’attitude compte beaucoup, énormément. Or, certaines personnes ont choisi de miser sur le voile ou le niqab oubliant le plus important : la pudeur dans les gestes, la parole, le regard, la démarche …

Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C’est plus pur pour eux.
Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu’ils font.
Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît
et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ;  et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris,
ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères,
ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent,
ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes.
Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures…

(Coran 24 : 30, 31)

La notion de pudeur ou du voile véhiculée dans le coran n’a plus aucun sens quand on voit l’usage très répandu qui en est fait aujourd’hui. Sans parler de celles qui l’utilisent pour se prostituer ou mendier sans être reconnues.

Le niqab, un simple habit disent certains. Non, il ne l’est pas. C’est une tenue dangereuse, non seulement par les idées qu’elle véhicule mais par son côté non-sécuritaire aussi. Que sait-on de qui se cache sous cet accoutrement et de quelles sont ses intentions ?

Si, étant musulmane vivant dans un pays musulman, ces niqabs me désolent, me désespèrent, me révoltent et me mettent en colère des fois aussi, comment peut-on s’attendre à ce qu’ils soient acceptés dans des sociétés non musulmanes ?

La française Kenza Drider défend le port du niqab en dénonçant l’amalgame qui est fait avec l’extrémisme et en mettant en avant l’argument que cet habit relève de son propre choix et que personne ne le lui a imposé. Or, l’extrémisme ne se résume pas à poser des bombes et à tuer des gens ou à faire des choses forcé et malgré soi. Le niqab est bel et bien extrémiste. Il emporte une recommandation coranique à l’extrême. Rabattre son voile sur la poitrine devient se voiler le visage. Porter le niqab est donc bien être extrémiste.

Et quand des femmes telles que Sandrine Moulères apparaissent sur des photos portant le niqab mais ayant les yeux bien maquillés, on se demande quel est le but de cet habit en fin de compte quand on trace le contour de ses yeux de cette façon ?

par Aâya

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5 commentaires leave one →
  1. 18 janvier 2011 10:59

    « La notion de pudeur ou du voile véhiculée dans le coran n’a plus aucun sens quand on voit l’usage très répandu qui en est fait aujourd’hui »… Cette remarque me ramène tout d’abord à cet article sur lequel je réagissais il y a peu : http://ifpo.hypotheses.org/?p=379&preview=true
    …De fait, le Hijab Fashion tient plus du marquage identitaire que d’un réel souci des prescriptions coraniques…

    Mais c’est un autre aspect de ton article qui me fait réagir aujourd’hui : l’évocation des parents qui se sentent dépassés par leurs enfants. C’est un souci que je vois régulièrement, en France, avec des parents d’élèves musulmans, qui voient l’Islam traditionnel dont ils sont porteurs confronté à des jeunes qui leur reprochent « de ne pas être des vrais », des jeunes qui n’ont jamais entendu parler de Wassatiyyah, de la voie du Juste Milieu…

    …Et de repenser à une cousine de ma femme, au Maroc, mettant une tenue abracadabrante pour aller à la plage, et à son père, désabusé, qui se contente de soupirer : « Il n’y a que tes vêtements qui vont en profiter… »

    • Aâya permalink
      21 janvier 2011 1:37

      « De fait, le Hijab Fashion tient plus du marquage identitaire que d’un réel souci des prescriptions coraniques »

      Tout à fait. C’est le cas chez nous. Il y a beaucoup de filles voilées, mais pour la majorité leur voile est plus un voile social qu’un voile religieux.

      Concernant la jeune fille que j’ai citée dans mon article qui a récemment porté le niqab, je l’ai revue. Elle sentait particulièrement bon. Et je n’arrive pas à comprendre. Quand on est aussi extrémiste pour se voiler le visage, pourquoi se montrer si laxiste pour porter du parfum ? La première pensée qui me vient à l’esprit est « chassez le naturel il revient au galop ». C’est tout à fait normal qu’une jeune fille veuille être belle, coquette etc. quitte à tomber dans l’illogisme … Je ne généralise pas mais dans beaucoup de cas le niqab est plus une mode qu’autre chose.

  2. 21 janvier 2011 5:57

    Il faut dire que le parfum, dans les hadiths, est plutôt réservé aux hommes… Je pense par exemple à toutes les recommandations pour la prière du vendredi. Le parfum de cette jeune fille, s’il était aussi perceptible, était difficilement conforme avec le hadith « le parfum qu’utiliseront les hommes est ce dont l’odeur est ressentie mais qui n’a pas de couleur ; et le parfum qu’utiliseront les femmes est ce dont la couleur est visible mais dont l’odeur est discrète » !

    Par contre, on trouve tout de même une certaine justification du maquillage féminin, liée à l’idée de la différenciation homme/femme (cette même idée qui pousse au port de la barbe…). Selon la parole attribuée à Ibn ‘Abbas, « Le Prophète a maudit les hommes efféminés et les femmes masculinisées ». Il y a donc un « flou juridique » quant aux yeux maquillés que tu évoques, non ?

    Ton anecdote m’a poussé à relire cet article : http://www.maison-islam.com/articles/?p=214
    Une phrase y a attiré mon attention : « un principe extrait des sources musulmanes veut que, ce faisant, la musulmane n’outrepasse pas les limites de ce qui est courant dans la société où elle vit : pas d’excès en la matière, donc. Car le contraire attirera immanquablement les regards vers elle, ce qui est contraire à ce à quoi elle aspire en son âme et conscience »

    Ce principe est exactement celui qu’applique ma femme : elle ne se maquille pas, ne porte pas de bijoux, n’utilise pas de parfum… Mais ne porte pas non plus de voile, qui attirerait l’attention sur elle, ce qu’elle ne souhaite pas, sa foi de musulmane ne regardant selon elle que Dieu, et nul autre.

  3. Aâya permalink
    21 janvier 2011 9:48

    Au sujet du maquillage des yeux pour les femmes qui portent le niqab, là aussi de mon point de vue c’est un acte « extrémiste ». Le khôl est une tradition et un remède. Ces femmes qui portent le niqab et qui passent du khôl comme tradition, au crayon qui contourne les yeux à la libanaise et éventuellement à l’eye liner sont fidèles au principe extrémiste, l’un trop sévère (niqab), l’autre exagérant ce qui est permis (khôl). Nous sommes loin du principe islamique du « juste milieu ».

    Effectivement, un hadith dit que Dieu a maudit l’homme qui s’habille en femme et la femme qui s’habille en homme ainsi que les hommes qui imitent les femmes et les femmes qui imitent les hommes (Boukhari). Mais il ne me semble pas que la barbe est portée pour différencier les hommes des femmes vu le hadith qui dit « Coupez-vous les moustaches et allongez la barbe. Distinguez-vous des mages ! » (Mouslim) et un autre qui dit « Faites le contraire des païens : coupez-vous les moustaches et libérez la barbe, c’est-à-dire la rendre fournie ». (Boukhari et Mouslim).

    Et puis quand on porte un niqab on est supposé être une femme, à quoi bon se maquiller les yeux pour marquer la différence avec les hommes ? Ce maquillage des yeux n’est donc pas utilisé pour se différencier des hommes mais par pure coquetterie.
    L’extrait de l’article que tu as mis est intéressant. Le niqab étant censé préserver des regards, passer inaperçues et ne pas attirer l’attention, mais c’est tout à fait l’effet inverse qui est obtenu.

  4. Roque permalink
    31 janvier 2011 4:43

    Je n’ai pas réagi à ce sujet sur le voile parce que je suis embarassé.

    D’une part, je perçois bien ce qu’à d’artificiel de dire que le voile est la preuve de la domination masculine sur les femmes. Ca c’est le discours des soi-disant « progressistes » qui ont une grille de lecture sommaire : celle de la laïcité négative (rejet des signes religieux visibles) et celle du féminisme (plus je provoque plus je suis libérée).

    D’autre part, si le hidjad me parait tout à fait banal, je perçois le coté excessif du niqab et encore plus du voile intégral. Je l’ai rencontré parfois et franchement on se demande à quoi rime d’y rajouter des gants et des chaussettes. Dans mes séjours à l’étranger ce voile intégral a plusieurs fois été le marqueur de groupe extrêmistes, voire hérétique du Nigéria. Par exemple : les Maïtatsin à Kano, pour les Boko Aram à Maïduguri vrais sources depuis les années 90 d’affrontement religieux de grande ampleur (centaines de morts).

    Au final et pour revenir à la France, le vrai marqueur à décrire et qui serait utile pour juger de la cohésion sociale française serait – non le voile – mais celui du rejet des valeurs de la République et de la volonté de développement séparé (apartheid). Mais la République avec sa conception négative de la laïcité est insuffisamment présente à cette problématique et est insuffisamment inventive pour découvrir en quoi peut consister ce marqueur.

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