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Respectons la laïcité de Noël ?

13 décembre 2010

Ma fille, qui cette année découvre l’école, me chante depuis quelques jours « Petit papa Noël ».
Cette chanson qu’elle a apprise en classe me fait penser aux demandes de certains collègues de musique en ce moment : « Qui aurait des idées de chants de Noël qui ne soient pas chrétiens ? »
Sans voir la moindre contradiction dans la formule…

Mais revenons en maternelle.
Le cahier de liaison de ma jeune écolière m’apprends que « le Père Noël passera » vendredi.
Et me reviennent des souvenirs d’enfance de faux barbus en vêtement rouge…

Depuis le début de l’Avent, ma fille fait avancer ses petits santons sur des chemins étoilés convergeant vers une crèche où attendent boeuf et âne. Avec, tous les soirs, l’allumage des bougies de la couronne de l’Avent (nous en sommes à trois) et la petite prière que j’évoquais dans mon article précédent. Un sapin se dresse dans un coin de la pièce, décoré en famille, un jour de neige… Mais nulle trace de « petit papa Noël »

Car son papa n’avait guère envie de lui présenter une figure qui cristallise à ses yeux la récupération dont Noël est peu à peu l’objet.

Bon, il est vrai que le 25 décembre peut déjà être considéré comme une récupération chrétienne : l’époque du solstice d’hiver est fêtée dans de nombreux cultes païens, et l’empereur Aurélien y avait instauré à la fin du IIIe siècle une fête du Soleil invaincu. L’utilisation de cette date pour fêter la naissance de Jésus ne sera attestée qu’au siècle suivant, sous le pontificat de Libère, dans une source aujourd’hui connue sous le nom de Chronographe de 354.

La naissance du Christ est ainsi reliée à une symbolique solaire, comme le rappelle d’ailleurs la galette que mangera ma fille dans quelques semaines… Mais cette symbolique solaire est toute biblique, puisque les chrétiens (récupérant les textes du judaïsme, pourrait-on dire d’un point de vue extérieur) appliquent à Jésus cette prophétie de Malachie : « Le soleil de justice se lèvera, portant la guérison dans ses rayons » (Ml III, 20)

En christianisant une période fêtée par les païens, l’Eglise agit selon une démarche pédagogique déjà présente dans cette apostrophe de Paul aux athéniens : « Quand je parcours vos rues, mon regard se porte en effet souvent sur vos monuments sacrés et j’ai découvert entre autres un autel qui portait cette inscription : «Au dieu inconnu». Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c’est ce que je viens, moi, vous annoncer » (Ac XVII, 22-23)

Les fêtes païennes tomberont peu à peu dans l’oubli, la fête chrétienne prendra en France un nom dérivé du latin « natalis », Noël. Puis, dans les bagages des soldats américains, viendra le Père Noël, alors ambassadeur de la marque Coca-Cola, dont il porte les couleurs ; c’est l’aboutissement d’une métamorphose qui aura pris un siècle.

A l’origine, nous avons Nicolas, évêque de Myre (dans l’actuelle Turquie), mort vers 325, dont on dit par exemple qu’il aurait sauvé trois filles de la prostitution en jetant discrètement des bourses pleines d’argent dans leurs bas mis à sécher… En 1823, dans un conte de Clement C. Moore, «Night before Christmas», le saint troque sa livrée d’évêque pour un vêtement de fourrure, sa vieille mule pour un traîneau tiré par huit rennes, et la nuit du 6 décembre pour celle du 24. En 1863, le caricaturiste new-yorkais Thomas Nast plante sur la tête de notre personnage un bonnet de lutin, avant de faire de lui un fabricant de jouets. Un imprimeur de Boston, Louis Prang, va créer des cartes de voeux qui lancent, en 1885, le fameux costume rouge et blanc

Ce sont ces couleurs qui conduiront Coca à récupérer notre saint désormais méconnaissable – jeu auquel se livrera également Alexander Kosolapov en 1980 lorsqu’il fera de Lénine l’ambassadeur de Coca-Cola (à moins que Coca ne soit l’ambassadeur du communisme ?). L’évêque chrétien est devenu une idole de la consommation ; et la naissance de Jésus devient un thème qu’on occulte. Constat qui explique le geste spectaculaire d’un prêtre de Dijon, le 23 décembre 1951

Mais revenons en 2010. Et à cet éditorial de Jean-Pierre Denis, paru le 9 décembre dans La Vie : « Le christianisme n’est pas violemment éjecté de la sphère publique, mais tranquillement banni de tous les espaces de la mémoire collective, de tout notre inconscient culturel (…) Ils attaquent ce qui nous relie. Tout ce qui porte du sens, tout ce qui témoigne du temps, tout ce qui incarne un merveilleux non marchand. La foi n’est qu’un obstacle parmi d’autres (…) Mais il est vrai que la crèche est gratuite, ouverte sans calcul ni réserve à tous les pauvres ânes et bœufs que nous sommes. Voilà l’objet du scandale »

A l’origine, il s’agit simplement d’une querelle politique : un maire sortant, Claude Debaye, attaque son rival vainqueur, Xavier Deneufbourg. Le prétexte ? Une délibération du conseil municipal de Montiers en date d’octobre 2008 qui prévoit, entre autres décorations de fin d’année, une crèche.

L’affaire vient de connaître il y a peu son dénouement : le tribunal administratif d’Amiens a annulé la délibération litigieuse au nom de l’article 28 de la loi de 1905. Et le Courrier-Picard de souligner que « l’affaire peut faire jurisprudence partout où le petit Jésus s’aventure hors d’une église »

St Nicolas a pu être récupéré, mais visiblement, la crèche pose davantage de problèmes. D’ailleurs, n’est-ce pas ce que disait cette élève, en 2004 (année de la loi sur les « signes religieux ostensibles »), lors de « l’affaire du sapin » au lycée Van Dongen de Lagny-sur-Marne ? D’après une dépêche de l’AFP de Benjamin Sportouch, cette élève déclarait : « Le sapin de Noël n’a rien à voir avec la religion. C’est pas comme s’il y a avait eu une crèche »

C’est vrai que l’étymologie du mot « Noël » est déjà effacée de la plupart des esprits… Effaçons donc cet enfant qui s’offre au monde dans toute sa fragilité ! Au nom de la laïcité, laissons la place au nouveau culte triomphant, avec sa mythologie, chantée dans les écoles, avec son culte rendu dans les temples de la consommation ! D’ailleurs, selon la même dépêche, d’autres élèves ajoutèrent cette remarque : « Noël, c’est plus une fête commerciale qu’autre chose » …La vérité sort de la bouche des enfants !

Imaginons… Dans 150 ans, l’école enseigne que Ramadan est le mois de la consommation des produits orientaux, et un procès est fait à un fonctionnaire qui aurait signalé qu’il s’agit pour les musulmans d’un mois de jeûne. Inimaginable ? Pourtant, c’est à peu près la durée qui sépare l’instauration à Lyon de la Fête des Lumières pour remercier Marie d’avoir protégé la ville du choléra et l’annulation, juste avant le bouclage, de 4 pages payées par le diocèse pour expliquer l’origine de cette fête.

Respectons la laïcité de la Fête des Lumières !
Respectons la laïcité de Noël !
Respectons la coca-cola-ïcité du Père Noël !

Pour ma part, je vais plutôt dire à ma fille que le vrai Père Noël s’appelle Nicolas, et que s’il aime si bien les autres, c’est qu’il les aime comme le bébé de Marie nous aime.

par Ren’

Nul ne peut servir deux maîtres.
Car, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.
Vous ne pouvez aimer Dieu et l’argent
(Lc XVI, 13)

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3 commentaires leave one →
  1. 24 décembre 2010 6:49

    Merci pour cet état des lieux Ren’,

    Si notre époque est marquée par un retour au paganisme, ton article montre que celui-ci est déjà amorcé depuis longtemps. Chaque année je suis toujours frappé par le 8 décembre à Lyon où la « fête des lumière » masque désormais si bien le véritable sens de cette solennité. Dans l’esprit de beaucoup, le temps n’est plus marqué par une espérance chrétienne mais comme par un retour au temps cyclique des païens, clôt sur lui-même.

    Je suis allé voir ton article sur la mort du Père Nöel, les motivations des auteurs de cet « homicide » étaient déjà un cris d’alarme contre la perte de sens : « que les enfants sachent que Noël n’est pas seulement la journée du commerce et des cadeaux mais le Noël des pauvres ». Où en sommes-nous aujourd’hui ? De Noël à Halloween je suis assez pessimiste : je pense que la société a désormais perdu son héritage chrétien, et ce pour longtemps.

Trackbacks

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  2. Après deux mois d’existence… « Dialogue-Abraham

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