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David et Jonathan dans la synagogue

7 décembre 2010

Ce dimanche après-midi, j’ai eu l’occasion de regarder l’excellent Tu n’aimeras point, un long-métrage israélien ayant pour thème l’homosexualité. Haim Tabakman, le réalisateur, sans jamais tomber dans le voyeurisme, nous conte l’histoire intime et touchante de deux hommes, membres d’une communauté ultra-orthodoxe de Jérusalem, qui tombent amoureux l’un de l’autre en dépit de leur religion et des problèmes que cette dernière, en la personne de leur communauté, leur pose dans la concrétisation de leur bonheur personnel.

Comme les autres monothéismes, le judaïsme, à travers le texte de la Torah, donne une opinion claire en ce qui concerne l’homosexualité : Ne cohabite point avec un mâle, d’une cohabitation sexuelle : c’est une abomination. (Lévitique 18:22) et Si un individu cohabite avec un mâle, d’une cohabitation sexuelle, c’est une abomination qu’ils ont commise tous les deux ; qu’ils soient punis de mort, leur supplice est mérité. (Lévitique 20:13). Si ces deux versets condamnent l’acte sexuel, ils ne condamnent en aucun cas le désir ou le sentiment entre personnes du même sexe. Ces deux versets s’adressent d’ailleurs exclusivement aux hommes, bien qu’a été déduite d’eux l’interdiction généralisée de l’homosexualité.

L’été dernier, une centaine de rabbins orthodoxes ont signé une déclaration de principes sur la place des Juifs homosexuels au sein de la communauté. Cette déclaration n’a, jusqu’à ce jour, pas encore été acceptée par aucune organisation rabbinique majeure car elle comporte quelques divergences quant aux positions orthodoxes traditionnelles. Néanmoins, on ne peut que se réjouir de voir ces nombreux signataires, dont le nombre augmentera certainement à l’avenir puisque la liste a récemment été mise à jour, qui œuvrent clairement à ouvrir les portes de la synagogue à tout Juif dans un réel respect de chaque individualité. Ce pas en avant mérite d’être davantage relayé car c’est la communauté orthodoxe qui en est à l’origine alors que ce genre d’initiative est habituellement issu des milieux libéraux. J’ignore encore quel sera l’impact de cette déclaration dans les communautés européennes, où les États ont énormément légiféré à propos de l’homosexualité au point de reconnaître un statut égal aux hétérosexuels en matière d’adoption et de mariage en Belgique, et dans les communautés israéliennes, mais je ne serai pas surprise que ces dernières y soient davantage opposées puisque l’orthodoxie en Europe et en Israël est bien plus traditionaliste qu’aux États-Unis.

Je vous propose de passer en revue les articles de cette déclaration :

1. Tous les êtres humains ont été créés à l’image de D.ieu et méritent d’être traités avec dignité et respect. Chaque Juif a l’obligation de satisfaire à l’ensemble des commandements interpersonnels envers des personnes étant homosexuelles ou ayant des sentiments d’attirance envers le même sexe. Embarrasser, harceler ou déprécier un homosexuel ou quelqu’un ayant une attirance envers le même sexe est une violation des interdits de la Torah qui incarnent les valeurs les plus profondes du judaïsme.

2. L’idée selon laquelle l’orientation sexuelle serait d’origine environnementale ou génétique est sans rapport avec notre obligation de traiter les êtres humains ayant une attirance ou une orientation envers le même sexe avec dignité et respect.

3. La Halakhah considère le mariage hétérosexuel comme le modèle idéal et le seul exutoire légitime à l’expression sexuelle. La sensibilité et la compréhension que nous exprimons clairement aux êtres humains ayant une autre orientation sexuelle ne diminue pas notre engagement envers ce principe.

4. Le judaïsme halakhique considère les relations sexuelles entre hommes et entre femmes comme étant interdites. L’idée selon laquelle l’orientation sexuelle serait d’origine environnementale ou génétique est sans rapport avec cette interdiction. Bien que la Halakhah catégorise les différents actes homosexuels avec différents degrés de sévérité et d’opprobre, cela n’implique en aucun cas que des actes plus véniels soient permis. Mais il est crucial de souligner que la Halakhah interdit seulement les actes homosexuels ; elle n’interdit pas l’orientation ou les sentiments d’attirance envers le même sexe, et rien dans la Torah ne dévalorise les êtres humains tiraillés par cette orientation ou ces sentiments.

5. Quelle que soit l’origine ou la cause de l’orientation homosexuelle, beaucoup croient que, pour la plupart, cette orientation ne peut être changée. D’autres croient que, pour la plupart, c’est une question de libre arbitre. De la même manière, bien que certains professionnels de la santé mentale et que certains rabbins de la communauté croient fermement en l’efficacité des « thérapies de changement », la majorité de la communauté scientifique psychiatrique, de nombreux rabbins et la plupart des personnes homosexuelles pensent que certaines de ces thérapies sont ou inefficaces ou potentiellement préjudiciables psychologiquement pour beaucoup de patients. Nous affirmons le droit religieux des personnes ayant une orientation homosexuelle à rejeter les approches thérapeutiques qu’ils jugent légitimement être inutiles ou dangereuses.

6. Les Juifs ayant une orientation homosexuelle qui vivent au sein de la communauté orthodoxe sont confrontés à de sérieuses épreuves émotionnelles, communautaires et psychologiques qui leur causent, ainsi qu’à leur famille, beaucoup de peine et de souffrance. Par exemple, l’orientation homosexuelle peut grandement augmenter le risque de suicide chez les adolescents de notre communauté. Les rabbins et les communautés se doivent d’être sensibles et empathiques face à cette réalité. Les rabbins et les professionnelles de la santé mentale doivent fournir une assistance éthique et responsable à leurs fidèles et à leurs clients confrontés à ces défis humains.

7. Les Juifs qui se battent pour vivre leur vie en accord avec les valeurs halakhiques ont besoin et méritent notre soutien. Ainsi, nous croyons que la décision d’être ouverts à l’orientation sexuelle d’une personne doit dépendre de ses propres considérations quant à ses propres besoins et à ceux de la communauté. Nous sommes opposés, pour des raisons éthiques et morales, à exposer les personnes qui désirent rester dans le secret et à contraindre ceux qui désirent être ouverts à propos de leur orientation à la cacher.

8. Ainsi, les Juifs ayant une orientation homosexuelle ou une attirance pour le même sexe devraient être accueillis en tant que membres à part entière de la synagogue et du réseau scolaire. En accord avec leur genre et leur lignée, ils devraient participer et compter rituellement, être éligibles pour les honneurs synagogaux et d’une manière générale être traités de la même manière et dans le même cadre halakhique que n’importe quel autre membre de la synagogue qu’ils rejoignent. En contrepartie, ils doivent accepter et assumer toutes les responsabilités d’une telle appartenance, y compris celles générées par les normes communautaires ou les grands principes du judaïsme qui vont au-delà de la Halakhah officielle. Nous n’aborderons pas ici la question de savoir si les synagogues devraient accepter les membres qui vivent leur homosexualité au grand jour et/ou qui vivent avec un partenaire du même sexe. Chaque synagogue, avec son rabbin, doit établir ses propres critères d’appartenance au regard de violations ouvertes de la Halakhah. Ces critères devraient être appliqués de manière équitable et objective.

9. La Halakhah articule des critères et des standards d’éligibilité très précis pour des offices religieux spécifiques, tels que la nomination officielle d’un chantre pour l’année ou d’un Maître de la Prière pendant les Grandes Fêtes. Parmi les plus importants de ces critères, on trouve le fait que l’ensemble de la communauté doit être totalement à l’aise avec la personne qui la représente. Cela empêche légitiment des personnes admirable de remplir ces rôles, même si elles en sont par ailleurs parfaitement capable halakhiquement parlant. Il en va de la responsabilité des leaders laïcs et rabbiniques de chaque communauté de déterminer les critères d’éligibilité pour ces offices en fonction de ses principes, de l’importance de conserver une harmonie communautaire et de la situation propre à la culture communautaire.

10. Les Juifs ayant une orientation homosexuelle ou une attirance pour le même sexe, même s’ils sont engagés dans des relations avec des personnes du même sexe, devraient être encouragés à réaliser les commandements au mieux de leurs capacités. Chaque Juif est tenu de réaliser les commandements au mieux de ses capacités, et l’attitude du « tout ou rien » n’est pas l’approche traditionnelle adoptée par la majorité des décideurs et des penseurs halakhiques à travers les âges.

11. Le judaïsme halakhique ne peut donner sa bénédiction ou son approbation à toute forme d’engagement ou de mariage homosexuel, et les valeurs halakhiques proscrivent aux communautés et aux personnes d’encourager les pratiques visant à octroyer une légitimité religieuse au mariage ou à l’union libre gays. Mais les communautés devraient faire preuve de sensibilité, de tolérance et d’intégration totale envers les enfants adoptés ou biologiques de Juifs homosexuels dans la synagogue et dans le réseau scolaire, et nous encourageons les parents et les familles de Juifs homosexuels en couple à faire tous les efforts nécessaires au maintien de relations familiales harmonieuses.

12. Les Juifs ayant une orientation exclusivement homosexuelle ne devrait, dans la plupart des circonstances, pas être encouragés à épouser quelqu’un du sexe opposé, car cela peut avoir des conséquences tragiques comme un amour non partagé, de la honte, de la déloyauté et des vies ruinées. Ils devraient être orientés vers une contribution à la société juive et à la société en général par d’autres manières. La Halakhah et l’éthique commandent à toute personne à toute personne ayant une orientation homosexuelle et ayant pour projet d’épouser quelqu’un du sexe opposé d’en informer son futur ou sa future partenaire de sa propre orientation.

Maintenant que nous avons pris connaissance du contenu de cette déclaration, nous pouvons nous rendre compte des améliorations que celle-ci peut apporter à tout Juif homosexuel appartenant à une communauté dirigée par un rabbin signataire. Par rapport à ce qui se passe aux États-Unis au sein de certains milieux chrétiens (notez le « Thinking about leaving homosexuality ? », une question totalement en accord avec la réalité de l’homosexualité qui, bien évidemment, se quitte comme l’on quitte une église), il est heureux de lire que cette déclaration s’oppose à ce genre de thérapie de conversion dès lors qu’une personne la considère comme dangereuse et inutile. L’homosexuel n’est donc plus conçu comme une sorte de malade mental qui devrait suivre une thérapie psychiatrique pour revenir à la norme. De la même manière, le strict refus de contraindre une personne homosexuelle à contracter un mariage hétérosexuel est également un principe relativement novateur lorsqu’on sait que ce genre de pression familiale et sociale existe bien entendu en dehors du strict cercle religieux. C’est une peine immense qui est amputée à deux personnes qui pourront trouver le bonheur auprès de quelqu’un qui les aimera pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles prétendent être que de rejeter une telle pratique. Un autre point qui mérite d’être souligné est cette volonté de ne pas vouloir contraindre quiconque à sortir du placard s’il s’y sent en sécurité ou à y retourner s’il a désiré exprimer son individualité au grand jour. Ainsi, le fardeau d’une honte à assumer ou à dissimuler du mieux possible n’a plus à reposer sur des épaules peut-être pas assez solides pour cela. Et le plus important à mes yeux, dans cette déclaration, est certainement cet humanisme concernant les enfants issus de couples homosexuels ou d’homosexuels monoparentaux. Sans doute en rappel de la parole d’un de nos prophètes – C’est la personne qui pèche qui mourra : le fils ne portera pas la faute du père, ni le père la faute du fils ; la justice du juste est imputable au juste, la méchanceté du méchant au méchant. (Ézéchiel 18:20) –, l’enfant ne sera pas, pas plus que ses parents, rejeté de la communauté au prétexte que ses parents auraient commis un péché.

C’est l’espoir qu’une telle déclaration, peut-être améliorée, s’implante à l’avenir davantage dans les communautés orthodoxes, qu’elles soient américaines, européennes ou israéliennes, et inspire les autres grandes communautés religieuses que j’ai rédigé cet article. Au jour d’aujourd’hui, où les sciences exactes et les sciences humaines nous ont appris à mieux connaître l’Homme, ainsi que ses mécanismes physiques et psychiques, où les valeurs de chacun se mélangent au sein d’un brassage international dans la volonté de retirer le meilleur de chaque camp, il est grand temps de se rendre compte que l’époque à laquelle l’on lapidait ou pendait les homosexuels sur la place publique est réellement révolue. Certes, nous sommes bien conscients que certaines communautés, davantage traditionnalistes, voire intégristes, ne sont pas encore prête dans leur cheminement à reconsidérer la question de l’homosexualité de ses adeptes. Sans doute y a-t-il d’autres domaines qui mériteraient d’être réformés avant de considérer d’une manière nouvelle et révolutionnaire à l’échelle des monothéismes la question d’une minorité qui a commencé à acquérir une véritable législation l’égalisant par rapport à la majorité et la protégeant de celle-ci seulement depuis ces dernières années/décennies alors qu’elle n’a été retirée de la catégorie des maladies mentales qu’en 1985. Néanmoins, nous ne pouvons au mieux agir, au pire prier, lorsque nous savons qu’Ebrahim Hamidi, un jeune Iranien de 18 ans à peine, est actuellement condamné à mort parce qu’il a eu l’audace incroyable d’aimer un autre homme et de lui témoigner intimement cet amour.

Que l’honneur de ton prochain te soit aussi cher que le tien propre.

[Avoth 2:15]

par Ahouva


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4 commentaires leave one →
  1. 11 décembre 2010 1:36

    Merci pour cet article, qui touche à un sujet qui d’une certaine manière me concerne (en tant que musicien, j’ai côtoyé bon nombre d’homosexuels – des amis pour lesquels il ne me serait pas venu à l’esprit de me mêler de leur vie privée)

    Dis-moi, aurais-tu une source pour ton affirmation selon laquelle l’homosexualié « n’a été retirée de la catégorie des maladies mentales qu’en 1985 » ?

  2. 23 décembre 2010 2:40

    Une discussion entre catholiques autour de la question de l’homosexualité :
    http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?f=128&t=15620

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