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La vie naissante en Avent

3 décembre 2010

Pas de titre de film aujourd’hui… Mais nous allons tout de même commencer par une vidéo.
Car c’est entre autre pour avoir diffusé un film devant ces élèves qu’un collègue a été suspendu il y a quelques jours par le recteur de l’académie d’Aix-Marseille.

Lors d’un cours d’ECJS, ce professeur d’Histoire-Géographie avait diffusé une vidéo anti-IVG dont il connaissait le caractère choquant, puisqu’il avait prévenu ses élèves, selon ce témoignage recueilli par Camille Garcia de Rue89 : « Il a dit que nous allions voir une vidéo difficile, que ceux qui voulaient sortir le pouvaient, mais qu’ils seraient notés absents »

En tant qu’enseignant moi-même, j’apprécie tout d’abord à sa juste valeur la façon dont mon collègue a mis ses élèves devant un faux choix : regarder sa vidéo ou de sécher le cours. Certes, il m’arrive, à moi-aussi, de dire à un élève : « Si tu ne veux rien faire, fallait rester chez toi ! Après, bien sûr, tu assumes, je te marque absent » …Mais il s’agit alors d’un refus de travail provenant de l’élève lui-même, et non du contenu de mon cours. Alors que ce collègue, par sa remarque initiale, reconnait implicitement que c’est le document sur lequel il a choisit de s’appuyer qui pose problème.

Ceux qui veulent en juger par eux-même peuvent le regarder sur internet ; mais je le déconseille aux estomacs fragiles. Toujours selon Camille Garcia, l’enseignant suspendu aurait défendu son choix par ces propos : « une immense majorité des élèves est contente du débat qui a eu lieu sur l’avortement » …J’ai déjà pointé le chantage exercé par mon collègue sur ses élèves ; mais apprécions à nouveau son grand sens du débat tel que le donne à voir le titre de cette vidéo : « No need to argue »…Pas besoin d’argumenter : belle ouverture au dialogue que voilà !

Je suis chrétien.
J’adhère donc à une religion qui condamne l’avortement, comme le déclare sans équivoque ce texte écrit il y a deux millénaires : « Tu ne tueras point d’enfants, par avortement ou après la naissance ! »
Je suis chrétien.
Mais je suis chrétien catholique. Je réprouve donc la division manichéenne entre les « ProVie » et « ProChoix » …Qui n’est d’ailleurs pas sans une certaine hypocrisie : demandons-nous par exemple ce que le peuple irakien pense du positionnement ProLife de l’administration Bush ?
Je suis chrétien catholique, et c’est donc avec de toutes autres méthodes que j’exprime mon refus de la condamnation à mort pré-natale.

A l’issue de l’angélus du 14 novembre, Benoît XVI a rappelé cette demande : « Samedi prochain, 27 novembre, dans la Basilique Saint-Pierre, je présiderai les premières Vêpres du premier dimanche de l’Avent et une veillée de prière pour la vie naissante. Il s’agit d’une initiative commune avec les Eglises particulières du monde entier et j’ai également recommandé aux paroisses, aux communautés religieuses, aux associations et aux mouvements d’y adhérer. Le temps de préparation à Noël est un moment propice pour invoquer la protection divine sur tout être humain appelé à l’existence, également comme remerciement à Dieu pour le don de la vie reçu de nos parents »

Et c’est ainsi qu’en communion avec lui, l’Eglise en France s’est organisée pour vivre, avec les catholiques du monde entier, une veillée de prière qui inaugure notre marche vers Noël, fête où, selon les mots de son prédécesseur, « le sens plénier de toute naissance humaine se trouve également révélé, et la joie messianique apparaît ainsi comme le fondement et l’accomplissement de la joie qui accompagne la naissance de tout enfant »

Voici un extrait de l’homélie prononcée par Benoît XVI lors de cette veillée, samedi dernier : « L’être humain (…) a le droit de ne pas être traité comme un objet à posséder ou comme une chose qui peut être manipulée à plaisir, de ne pas être réduit à un simple instrument au profit des autres et de leurs intérêts (…) L’amour pour tous, s’il est sincère, tend spontanément à se transformer en attention préférentielle pour les plus faibles et les plus pauvres. C’est dans cette ligne que se situe la sollicitude de l’Eglise pour la vie naissante, la plus fragile, la plus menacée par l’égoïsme des adultes et l’obscurcissement des consciences (…) Il y a des tendances culturelles qui cherchent à anesthésier les consciences avec des motivations prétendues. En ce qui concerne l’embryon dans le sein maternel, la science elle-même met en évidence son autonomie capable d’interagir avec sa mère, la coordination des processus biologiques, la continuité du développement, la complexité croissante de l’organisme. Il ne s’agit pas d’une accumulation de matériel biologique, mais d’un nouvel être vivant, dynamique et merveilleusement ordonné, d’un nouvel individu de l’espèce humaine (…) Il n’y a aucune raison de ne pas le considérer comme une personne dès sa conception »

Et voici un aperçu des propos de l’archevêque de Paris, ce même soir : « Parmi les êtres humains, l’embryon est celui qui a le moins de défense de force ou de moyen de s’imposer. La façon de le respecter, de le protéger et de lui permettre de se développer va donc symboliser l’humanité d’une société ou bien marquer sa régression vers la troupe animale. Ainsi, lorsque nous prions pour la vie naissante et pour la protection de ces embryons, nous ne prions pas seulement pour ces petits en gestation, mais nous prions aussi pour nous. Nous prions pour que l’Esprit de Dieu éclaire l’intelligence des hommes, qu’il fortifie leur volonté pour qu’ils deviennent capables d’exercer leur responsabilité humaine à l’égard de la vie que Dieu leur confie »

Quand j’étais élève de Terminale S, ma prof de SVT nous avait prévenu : « Vous êtes la génération des questions bioéthiques : je n’aimerais pa être à votre place, car ça ne sera pas facile » ; et le catholique que je suis aujourd’hui d’adjoindre à cette déclaration ce constat de Jean-Paul II : « Avec les nouvelles perspectives ouvertes par le progrès scientifique et technique, on voit naître de nouvelles formes d’attentats à la dignité de l’être humain. En même temps, se dessine et se met en place une nouvelle situation culturelle (…) : de larges couches de l’opinion publique justifient certains crimes contre la vie au nom des droits de la liberté individuelle, et, à partir de ce présupposé, elles prétendent avoir non seulement l’impunité, mais même l’autorisation de la part de l’Etat, afin de les pratiquer dans une liberté absolue et, plus encore, avec l’intervention gratuite des services de santé (…) La médecine elle-même, qui a pour vocation de défendre et de soigner la vie humaine, se prête toujours plus largement dans certains secteurs à la réalisation de ces actes contre la personne ; ce faisant, elle défigure son visage, se met en contradiction avec elle-même et blesse la dignité de ceux qui l’exercent »

Prenons un exemple des questions épineuses qui se posent à nous aujourd’hui. La veille de la suspension de mon collègue d’Histoire-Géographie, le professeur René Frydman, « père » des bébés éprouvettes français, était interviewé sur France Info avec Lionel Jospin, ancien premier ministre et membre du PS. Ce médecin, qu’on ne peut se contenter de qualifier de « réac » pour le disqualifier, est co-signataire d’un rapport établi pour l’association Terra Nova qui s’oppose à la pratique des mères porteuses. Voilà ce qu’il déclarait à Nicolas Poincaré : « Lorsqu’on regarde, bien sûr, une femme qui souffre d’infertilité, on a envie de faire le maximum pour elle (…) Mais surtout, ça ne se fait au détriment de personne. Elle participe à tous ces traitements médicaux (…) mais on n’utilise pas quelqu’un à son propre profit. Ce qui se passe dans les mères porteuses (…) c’est qu’il y a l’utilisation d’une autre personne pour son propre désir, qui en plus est un désir de sur-valorisation du génétique (…) Et on voit bien que, dans la pratique, l’extrême majorité des femmes qui voudraient rentrer dans ce système le font par absolue nécessité. Donc c’est se baser sur la misère des gens et la détresse des gens, ne pas vouloir la voir pour son propre bénéfice »

Le rapport dont il est signataire assimile la lutte contre la pratique des mères porteuses à la lutte contre l’esclavage. Mais on peut également y lire ceci : « Le principe doit être posé nettement : il n’y a pas de «droit absolu à l’enfant». La démocratie n’est pas faite seulement de l’équilibre des libertés, selon la formule bien connue selon laquelle la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Elle est aussi déterminée par l’équilibre entre des droits, qui peuvent entrer en opposition. Le droit d’avoir des enfants ne peut l’emporter sur d’autres droits et obligations, dont la supériorité doit être posée : droit à la dignité de la personne humaine ; obligation de la société de protéger les droits des individus, même contre eux-mêmes, surtout les plus faibles »

Cette limite reconnue par des personnes qui se place en dehors de la sphère religieuse est un point d’accord avec ma position en tant que catholique. Tout comme la reconnaissance de la primauté du droit à la dignité de la personne. Le point en débat entre nous se place dans la définition de cette personne.

Le débat sur ces questions passe par le vocabulaire. J’ai parlé plus haut de condamnation à mort pré-natale ; on peut évidemment me reprocher cette expression. Mais Jean-Paul II qui, toujours dans son encyclique, défini comme je le fait l’avortement provoqué comme « le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance », pointait également que « le courage de regarder la vérité en face et d’appeler les choses par leur nom est plus que jamais nécessaire, sans céder à des compromis par facilité ou à la tentation de s’abuser soi-même (…) Précisément dans le cas de l’avortement, on observe le développement d’une terminologie ambiguë, comme celle d’«interruption de grossesse», qui tend à en cacher la véritable nature et à en atténuer la gravité dans l’opinion publique »

Jean-Paul II couperait-il les cheveux en quatre ? Pourtant, on peut remarquer que le professeur René Frydman fait la même chose : il utilise le terme « mère porteuse » au lieu de reprendre le terme de « Gestion Pour Autrui » revendiqué par les partisans de cette pratique. Comme je l’explique actuellement à mes élèves (dans un tout autre domaine que celui envisagé dans cette article ; je tiens particulièrement à ma neutralité professionnelle), le glissement sémantique est une technique de base dans le domaine de la propagande. On remplace une expression par une autre afin d’en modifier le contenu émotionnel. Quand l’étiquette « mère porteuse » pointe l’abaissement de la dignité humaine, la GPA veut se donner une image altruiste. Alors que l’avortement pointe l’échec, l’IVG pointe le choix personnel. Et n’oublions pas nos « ProLife » et « ProChoice » qui trouvent le moyen d’être chacun « pour » tout en étant « anti » pour le camp d’en face…

Mon refus catholique de l’avortement va de pair avec le refus de l’eugénisme ; et je ne peux résister, alors que cette tendance est redevenue d’actualité, à citer cette encyclique datée de 1930 : « Il en est, en effet, qui, trop préoccupés des fins eugéniques, ne se contentent pas de donner des conseils salutaires pour assurer plus sûrement la santé et la vigueur de l’enfant -ce qui n’est certes pas contraire à la droite raison- mais qui mettent la fin eugénique au-dessus de toute autre, même d’ordre supérieur, et qui voudraient voir les pouvoirs publics interdire le mariage à tous ceux qui, d’après les règles et les conjectures de leur science, leur paraissent, à raison de l’hérédité, devoir engendrer des enfants défectueux, fussent-ils, d’ailleurs personnellement aptes au mariage. Bien plus, ils veulent que ces hommes soient de par la loi, de gré ou de force, privés de cette faculté naturelle par l’intervention médicale »
Certes, les méthodes évoquées ici semblent archaïques. Mais, père de deux enfants, je ne peux oublier l’insistance avec laquelle on nous poussait à dépister une éventuelle trisomie en vue d’un avortement… Dérive que Jean-Paul II avait dénoncée : « On doit accorder une attention particulière à l’évaluation morale des techniques de diagnostic prénatal, qui permettent de mettre en évidence de manière précoce d’éventuelles anomalies de l’enfant à naître (…) Il arrive fréquemment que ces techniques soient mises au service d’une mentalité eugénique, qui accepte l’avortement sélectif pour empêcher la naissance d’enfants affectés de différents types d’anomalies. Une pareille mentalité est ignominieuse et toujours répréhensible, parce qu’elle prétend mesurer la valeur d’une vie humaine seulement selon des paramètres de « normalité » et de bien-être physique, ouvrant ainsi la voie à la légitimation de l’infanticide et de l’euthanasie »

Mon refus catholique de l’avortement va également de pair avec le refus des fameux « bébés éprouvettes » ; car on oublie souvent l’un des aspects de cette technique. Je cite à nouveau Jean-Paul II : « Même les diverses techniques de reproduction artificielle, qui sembleraient être au service de la vie et qui sont des pratiques comportant assez souvent cette intention, ouvrent en réalité la porte à de nouveaux attentats contre la vie (…) Ces techniques enregistrent aussi de hauts pourcentages d’échec, non seulement en ce qui concerne la fécondation, mais aussi le développement ultérieur de l’embryon, exposé au risque de mort dans des délais généralement très brefs. En outre, on produit parfois des embryons en nombre supérieur à ce qui est nécessaire pour l’implantation dans l’utérus de la femme et ces «embryons surnuméraires», comme on les appelle, sont ensuite supprimés ou utilisés pour des recherches qui, sous prétexte de progrès scientifique ou médical, réduisent en réalité la vie humaine à un simple «matériel biologique» dont on peut librement disposer »
Ce positionnement explique les déclarations récentes du président de l’Académie pontificale pour la Vie lors de l’attribution du Prix Nobel de médecine à Robert Edwards : « L’attribution du Nobel au Prof. Edwards a suscité de grands acquiescements et de nombreuses perplexités (…) Les perplexités ? Si nombreuses : sans Edwards, il n’y aurait pas de marché des ovocytes. Sans Edwards, il n’y aurait pas de congélateurs pleins d’embryons en attente d’être transplantés dans l’utérus, ou, plus probablement, d’être utilisés pour la recherche ou même de mourir abandonnés et oubliés de tous »

Mais mon refus catholique de l’avortement refuse le manichéisme simpliste et les méthodes qui en découlent. Citoyen catholique, j’ai la possibilité d’apporter ma voix dans le débat sur la question du statut de l’embryon et du foetus, d’avoir un avis sur le projet de loi relatif à la bioéthique présenté en octobre dernier, mais pas celle de penser que la fin justifierait les moyens. Mon souci de l’être humain dès sa conception doit s’exprimer dans le respect des personnes. Croyant catholique, je dois également savoir m’en remettre à Dieu, en priant dans la communion de l’Eglise.

Et de répéter cette prière, avec ma fille de trois ans qui l’a formulée : « S’il-te-plaît, Dieu, est-ce que tu peux faire attention à toutes les mamans qui ont un bébé dans le ventre ? »

par Ren’

Tes oeuvres me comblent de joie ; devant l’ouvrage de Tes mains, je m’écrie :
« Que Tes oeuvres sont grandes, Seigneur ! Combien sont profondes Tes pensées ! »
(Ps XCI, 5-6)

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  1. Pierrecastor permalink
    3 décembre 2010 11:37

    Salut -ren, intéressant article mais avec lequel je suis en désaccord (sans doute car non « croyant »)

    Sans parler de libre choix de la femme, des violes et autres arguments que tu connais déjà, je voudrait parler de la réalité.

    Les femmes on toujours avorté, sauf que juste à y’a pas longtemps, c’était dans la clandestinité, avec des enormes risques pour leurs santé, sans parle de raison moral, la legalisation de l’avortement est une mesure de santé public permetant aux femmes de pratiquer cette acte de facon sur et médical.

    On retrouve un peu le même genre de problématique sur la pénalisation de l’usage de drogue, d’ailleurs. Il faut arriver a mettre de coté idéologique (la drogue/l’avortement caymal) pour en arriver a des considération pratique (comment faire pour que les drogues/l’avortement pose le moins de problème possible au niveau de la santé public).

    Pour conclure, je pense qu’il est mieux de laisser aux femmes concerné le droit de choisir, et je pense aussi qu’en tant qu’hommes, nous sommes extrêmement mal placer pour juger les femmes pratiquent l’avortement.

    • 3 décembre 2010 9:19

      Demat, bonjour !

      Tout d’abord, merci d’avoir exprimé votre désaccord. Ce blog a pour vocation la rencontre des points de vue dans leur diversité, et le vôtre y a donc tout à fait sa place.

      Ensuite, je tiens à souligner que la question de l’avortement provoqué n’est qu’un aspect des problèmes liés au statut de l’embryon. Je ne m’étendrai cependant pas davantage sur le sujet, puisque mon article le fait déjà.

      Nous avons un premier point de désaccord sur la disqualification a priori du point de vue masculin… En particulier lorsqu’il s’agit du père. Notre deuxième point de désaccord vous surprendra peut-être : il s’agit de votre emploi du verbe « juger ». Car j’opère une distinction entre les personnes et la façon dont la question de l’avortement provoqué est abordée dans la société. Distinction faite également par Jean-Paul II dans cette encyclique que je citais : « Les choix contre la vie sont parfois suggérés par des situations difficiles ou même dramatiques de souffrance profonde, de solitude, d’impossibilité d’espérer une amélioration économique, de dépression et d’angoisse pour l’avenir. De telles circonstances peuvent atténuer, même considérablement, la responsabilité personnelle et la culpabilité qui en résulte chez ceux qui accomplissent ces choix en eux-mêmes criminels. Cependant le problème va aujourd’hui bien au-delà de la reconnaissance, il est vrai nécessaire, de ces situations personnelles. Le problème se pose aussi sur les plans culturel, social et politique, et c’est là qu’apparaît son aspect le plus subversif et le plus troublant, en raison de la tendance, toujours plus largement admise, à interpréter les crimes en question contre la vie comme des expressions légitimes de la liberté individuelle, que l’on devrait reconnaître et défendre comme de véritables droits »

      Vous parlez de choix. Mais jusqu’à quel point ce choix est-il libre ? Là encore, je vais vous citer Jean-Paul II, non parce que je ne peux penser par moi-même, mais parce qu’en découvrant ce texte lors de la préparation de mon article, je découvrais à quel point je lui donne raison : « On ne peut pas non plus passer sous silence les sollicitations qui proviennent parfois du cercle familial plus large et des amis. Fréquemment, la femme est soumise à des pressions tellement fortes qu’elle se sent psychologiquement contrainte à consentir à l’avortement: sans aucun doute, dans ce cas, la responsabilité morale pèse particulièrement sur ceux qui l’ont forcée à avorter, directement ou indirectement »

      Venons-en maintenant à la question de la « légalisation de l’avortement » comme « mesure de santé publique ». Outre la question de l’eugénisme -sur laquelle je me suis déjà exprimé- ce qui me pose problème est la façon dont cette légalisation est gérée dans la réalité : avec une grande confusion entrenue entre « avortement » et « contraception ». Ce que Jean-Paul II pointe également : « La contraception et l’avortement sont très souvent étroitement liés, comme des fruits d’une même plante (…) Malheureusement, l’étroite connexion que l’on rencontre dans les mentalités entre la pratique de la contraception et celle de l’avortement se manifeste toujours plus ; et cela est aussi confirmé de manière alarmante par la mise au point de préparations chimiques, de dispositifs intra-utérins et de vaccins qui, distribués avec la même facilité que les moyens contraceptifs, agissent en réalité comme des moyens abortifs aux tout premiers stades du développement de la vie du nouvel individu »

      L’encyclique de Jean-Paul II traite également de la question de l’euthanasie ; une question qui est également d’actualité, et sur laquelle je reviendrai si Dieu le veut dans un prochain article…

    • 7 décembre 2010 12:31

      Pour en revenir à la question « comment faire pour que l’avortement pose le moins de problèmes au niveau de la santé publique », je viens de tomber sur une déclaration de l’assemblée des Evêques du Québec qui exprime très bien en quoi la position catholique refuse le manichéisme du « ProChoice/ProLife » : « Là où tous devraient s’entendre (…), c’est sur la nécessité absolue de mettre en place des mesures pour que toute femme enceinte en détresse puisse être accompagnée, aidée, entourée et aimée. Il ne faut jamais que ce soient la détresse, la misère ou le désespoir qui acculent des femmes à considérer une option aussi grave que l’avortement »

  2. Ahouva permalink
    4 décembre 2010 11:08

    J’appuie totalement les propos de Pierrecastor en réaction à cet article. De plus, l’acceptation légale de l’avortement est d’une des manières qui a permis aux femmes de nos sociétés d’acquérir leur égalité vis-à-vis des hommes. Sans compter que cette pratique relève du droit à disposer de son corps.

    De la même manière, il est certain que si la pratique de l’avortement était dépénalisée dans de nombreuses régions, conjointement à une réelle mise à disposition de moyens contraceptifs efficaces et sûrs, les femmes cesseraient d’être vues comme des réceptacles à descendants mais seraient dès lors vues comme des êtres humains à part entière. Sans compter qu’une diminution du nombre de naissances ne pourrait faire que du bien à notre triste Terre qui croule littéralement sous ses 7 milliards d’habitants qu’elle peine à nourrir.

    • 5 décembre 2010 8:02

      Je laisse de côté la question de la contraception, car elle relève selon moi d’une autre problématique. Sur la question de l’avortement provoqué, le droit à disposer de son corps ne peut pour moi prévaloir sur le droit à la vie d’autrui ; et cette vie commence -de mon point de vue- à la conception.

      Mais dis-moi, Ahouva, de ton point de vue, où places-tu la limite ? A quel stade du développement de cette vie naissante considères-tu que le droit à disposer de son corps doit laisser de la place ?

      • Ahouva permalink
        5 décembre 2010 12:03

        Selon moi, les questions de l’avortement et de la contraception sont liées car une pratique plus sûre de la contraception ne peut que diminuer le nombre de grossesses non-voulues et donc d’avortements. Néanmoins, j’imagine comme il aurait été compliqué de développer conjointement ces deux thèmes au sein d’un seul article.

        A mes yeux, la limite est celle autorisée par la loi de nos États dès lors que la pratique de l’avortement vise à éviter toute conséquence négative, d’un point de vue physique ou psychologique, à la femme. En Belgique, la loi l’autorise jusqu’à 14 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire le stade embryonnaire dans son ensemble et les quatre premières semaines du stade fœtal. Pour le stade embryonnaire, je peux notamment invoquer Niddah 44b qui présente l’embryon comme un cas douteux de vie ou Yevamoth 69b qui le présente comme simplement de l’eau. Mais mon opinion est davantage basée sur des réalités psychologiques et sociales que sur la religion car il me semble que les réalités d’hier ne sont clairement plus celles d’aujourd’hui.

    • 5 décembre 2010 1:14

      Je traiterai un jour la question de la contraception -Benoît XVI brisant le tabou du mot « préservatif », le sujet reviendra forcément dans l’actualité- mais ce temps de l’Avent est orienté sur la vie à naître, et non sur ce sujet.

      Je ne nie pas qu’il y a un lien entre la question de l’avortement et celle de la contraception, mais ce que je pointe, c’est qu’il y a une distinction à mes yeux essentielle entre les deux : dans le premier cas, on met un terme à une existence, alors que dans le deuxième, on empêche la conception de cette existence.

      Et puis, ne pas vouloir séparer les deux questions, c’est se focaliser sur l’avortement provoqué/IVG et perdre de vue ces aspects qui, eux, sont de mon point de vue à mettre sur le même plan : recherche sur l’embryon, « bébés éprouvette », mères porteuses/GPA…

      N’étant pas un spécialiste, je ne connais pas les diverses législations civiles. N’étant pas un extrémiste, j’espère cependant avoir réussi à exprimer dans cet article mon acceptation de ces lois pour autrui tout en revendiquant le droit d’en débattre.

      Pour en revenir au judaïsme… Même si ton opinion se base sur autre chose, pourrais-tu nous citer les passages auxquels se référeraient les rabbins pour traiter de ce sujet ? Même si tu ne vois pas d’autres passages, je n’ai pas vraiment Niddah 44b et Yevamoth 69b sous les yeux, je veux bien que tu nous en dises davantage ^^

      • Ahouva permalink
        5 décembre 2010 2:39

        C’est bien pour cela que je disais imaginer la complexité de développer ensemble avortement et contraception car l’un comme l’autre appellent d’autres questions et ainsi de suite. J’exprimais par là rien de plus que ma considération qui peut être résumée ainsi : + de contraception = – de grossesses non désirées = – d’avortements. Mais je serais heureuse de lire un jour ton opinion quant aux dernières propos de Benoît XVI à propos des méthodes dites barrières de contraception.

        J’espère t’en avoir appris davantage sur la loi belge en matière d’avortement ;) De plus, tu le sais, même quand je suis en opposition avec les idées exprimées, je reste toujours ouverte au débat tant que celui-ci est respectueux.

        Pour en revenir à mon manque de tact lorsque j’annonce des traités talmudiques sans citer les passages – une mauvaise manière qui ne semble pas vouloir me quitter, je m’en excuse à nouveau -, voici mes traductions aussi précises que possible :
        – Niddah 44b : Rabban Shimon ben Gamliel qui décréta : Aucun enfant humain qui a survécu trente jours ne peut être considéré comme une fausse couche, d’où il suit que, s’il n’avait pas vécu aussi longtemps, il serait un cas douteux.
        – Yevamoth 69b : Rav Hisda répondit : Elle effectue l’immersion mais peut manger la teroumah [la nourriture réservée aux Cohanim qui doit rester pure] seulement jusqu’au quarantième jour. Si elle ne se trouve pas enceinte, elle n’a jamais été enceinte ; et si elle se trouve enceinte, la semence, jusqu’au quarantième jour, est seulement un simple fluide.

      • 5 décembre 2010 3:05

        « Manque de tact »… N’exagérons rien ^^
        Un petit détail sur les propos de Benoît XVI : contrairement à ce que pourrait laisser croire la médiatisation, le contenu n’a rien de nouveau pour les catholiques. La nouveauté, c’est la méthode : avoir un pape qui s’exprime non seulement sur le dogme, mais aussi désormais sur la casuistique. Mais nous y reviendrons un jour…

  3. Melomer permalink
    5 décembre 2010 5:35

    Bonjour Ren ,

    Je suis athée, et ne partage pas votre point de vue sur l’avortement. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec des nombreux croyants, qui la plupart du temps ne savaient d’ailleurs se justifier qu’à partir d’arguments purement irrationnels ou des citations religieuses… J’ai lus votre article, vos réponses aux différents commentaires. Je n’ai rien appris de nouveau et ne chercherais pas à entamer un débat qui sera, je le pense , finalement et malheureusement infertile.

    Ce qui me choque avant tout ici , c’est qu’on puisse mélanger et mixer ensemble , dans un seul et unique article, des sujets aussi sensible que l’IVG , les bébés éprouvettes et la question des mères porteuses. N’est ce pas jouer dangereusement avec des raccourcis simplistes et malsains ?

    Sans compter lorsque vous évoquez les dépistages de maladie, telle que la trisomie en précisant :  »en vue d’un avortement ». N’est pas encore jouer dangereusement avec des amalgames puisse que ces dépistages ont aussi pour but d’accueillir au mieux un enfant qui, si il est malade, demande énormément d’adaptation de la part des parents, et parfois une éducation totalement différente.

    Je me questionne énormément comme vous le voyez.
    En espérant pouvoir bientôt lire vos réponses.

    Cordialement,

    Melomer.

    • 5 décembre 2010 6:32

      Demat, bonjour.

      Je n’ai pas l’habitude de débattre de ce sujet ; c’est donc peut-être vus qui aurez des choses à m’apporter ? Encore une fois, ce blog ne cherche pas à asséner un point de vue comme une vérité établie, mais à favoriser les regards croisés.

      J’aimerais en tout cas savoir en quoi considérer le moment de la conception comme celui où apparaît un nouvel être serait irrationnel ?

      Vous considérez qu’il y a mélange… Mais comme je l’expliquais à Ahouva dans notre échange sur cet article, ce qui m’a amené à mettre la question de la contraception à part, tout en regroupant ici ce qui vous choque, est, je l’espère, suffisament clair : la question du statut de l’être vivant in utero. Maintenant, si de votre point de vue il y a « raccourcis simplistes et malsains », je vous remercie de m’éclairer sur ce qui vous amène à user de tels qualificatifs. Nous en resterons peut-être chacun sur nos avis respectifs, mais j’aurais au moins progressé dans la compréhension du vôtre (puisque le mien vous semble transparent)

      Pour la question du dépistage, je sais bien qu’officiellement ce n’est pas « en vue d’un avortement » ; mais mon expérience personnelle, ainsi que d’autres témoignages mon amené à constater que la pression eugéniste en la matière est réelle. Reste à savoir à quel point ce constat peut être étendu ; n’ayant pas connaissance d’études éventuelles sur la question, je reconnais sans difficulté les limites de ce constat personnel.

    • 14 décembre 2010 11:14

      Au sujet du dépistage « en vue d’avortement », cette récente condamnation en Belgique qui ne pourra que renforcer la tendance : http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/628952/erreur-de-diagnostic-sur-une-grossesse-l-hopital-paiera-322000-euros.html
      voir aussi :
      http://www.dhnet.be/dhjournal/archives_det.phtml?id=1109625
      …Des belges pourraient-ils nous donner leur avis sur cette affaire ?

  4. Ahouva permalink
    5 décembre 2010 6:53

    A propos de l’eugénisme, je vous propose de visionner la dernière émission du magazine Reporters, diffusée sur RTL TVI et intitulée Un bébé sur mesure : http://video.rtltvi.be/Video/245158.aspx et http://video.rtltvi.be/Video/245168.aspx

    • 5 décembre 2010 7:15

      Mersi braz …Mais la vidéo n’est pas accessible depuis la France. Et n’a pas encore été youtubée

    • Ahouva permalink
      5 décembre 2010 10:02

      Résumé de la première partie du reportage :
      – Carole, célibataire de 30 ans, qui sélectionne sur un catalogue en ligne danois le géniteur idéal pour l’enfant qu’elle concevra seule l’année prochaine, faute d’avoir trouvé le prince charmant avant les dernières heures de son horloge biologique.
      – Copenhague, capitale européenne du commerce du sperme notamment parce que le Danemark autorise le don non anonyme, où une visite d’une banque de sperme, issu de quelques 150 donneurs réguliers (chaque prélèvement est payé 35€), est organisée : une véritable entreprise.
      – Candidats au profil hors norme rejetés : ni petit, ni grand, ni gros, etc. Costume-cravate presque exigé lors de l’entretien.
      – Pratique d’une discrimination ethnique mais achat de quelques échantillons en vue du politiquement correct.
      – Présentation de la plus grande banque de sperme d’Europe qui exporte partout dans le monde, même là où ce n’est pas autorisé.
      – Le sperme d’un même donneur est utilisé dans différents pays, ce qui fait que beaucoup d’entre eux ont plus d’une centaine d’enfants à travers le monde.
      – Explication de la gestion de l’illégalité par l’exemple de la France où l’insémination artificielle est réservée aux couples stériles : les grossesses issues du sperme des banques danoises sont rarement déclarées.
      – France : dons anonymes et non rémunérés où le médecin choisit un donneur qui ne soit pas trop éloigné physiquement des parents.
      – États-Unis : possibilité de choisir un donneur selon sa ressemblance à une star de cinéma + commerce d’ovules (2500€ pour le premier prélèvement, jusqu’à 7500€ pour les suivants si les clients sont satisfaits) avec photographies des vendeuses comme sur les sites de mannequins.
      – Les Américains se prémunissent beaucoup de tout risque de poursuites juridiques.

      Voilà, je résumerai la suite demain sans faute :)

    • Ahouva permalink
      6 décembre 2010 1:31

      Résumé de la deuxième partie du reportage :
      – Ryan, créateur d’un site Internet pour retrouver ses demi-frères et ses demi-sœurs issus du même donneur.
      – Ce site Internet a permis de recenser des cas de maladie génétique issus de donneurs dont le sperme aurait normalement dû être testé avant d’être commercialisé.
      – Marché en plein boum : la sélection du sexe de l’enfant et la sélection des meilleurs gènes (exit les maladies génétiques).
      – Exemple d’un père qui, pour la perpétuation de ses gènes alors que son fils ne désire pas avoir d’enfant, accepte de payer 20 000€ pour avoir un nouveau fils.
      – Toutes les demandes sont acceptées dès lors que le client paie.
      – De nombreux clients espèrent que la sélection leur permettra d’éviter des drames (exemple d’une famille qui a perdu sa petite fille atteinte d’une maladie).
      – Selon de nombreuses études, la technique consistant à connaître le sexe de l’embryon par l’extraction d’une cellule dès le stade de la division à huit cellules endommagerait l’embryon.
      – La question des embryons supplémentaires se posent : généralement, ils sont congelé pour plus tard et finalement supprimés alors qu’en Europe, ils sont donnés à d’autres couples stériles ou à la science.
      – Alexander Capron, professeur à l’Université de Californie du Sud, dénonce les problèmes psychologiques des enfants nés de ces fécondations in vitro de convenance : ces techniques ne répondent qu’au désir des parents, et non à éviter des maladies génétiques graves de l’enfant, ce qui implique des difficultés lorsqu’il réalise qu’il n’existe que parce qu’il répond aux critères de ses parents.
      – Un médecin permet de choisir la couleur des cheveux, des yeux ou encore de la peau du futur enfant : vague d’indignation sans précédent qui a contraint le médecin à annuler son offre pour l’instant.
      – Certains médecins estiment qu’à l’avenir, il sera possible d’écarter tous les gènes porteurs de maladie, mais aussi porteurs de problèmes sociaux (alcoolisme, violence, certaines maladies mentales, etc.), mais ils reconnaissent qu’il s’agit d’eugénisme.
      – Un nouvel eugénisme de consommateurs où ceux qui ont de la valeur peuvent commercialiser leur sperme et leurs ovules ? Cette pratique serait beaucoup moins visible que les stérilisations forcées au siècle dernier en Allemagne nazie et aux États-Unis et donc beaucoup plus pernicieuse.
      – Aux dires des partisans de cette pratique, ça serait l’accès à la société idéale.

      Voilà. J’ai réussi à télécharger les deux parties mais YouTube n’accepte pas leur mise en ligne car les vidéos sont trop longues (environ 18 minutes chacune). Si quelqu’un est intéressé par ce reportage, qu’il laisse un commentaire. Je mettrai ces vidéos en ligne sur Megaupload en vue d’un téléchargement à ce moment-là. Néanmoins, l’essentiel se trouve dans les deux résumés.

      • 6 décembre 2010 2:42

        Un grand merci pour ton travail !

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