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Maman au centre de toutes les controverses

29 novembre 2010

Depuis plus d’un mois, beaucoup parmi les communautés juives de par le monde se sont indignés et s’indignent encore suite à la dernière prise de position de l’UNESCO concernant l’Autorité palestinienne et Israël : la Tombe de Rachel n’est plus seulement une sépulture mais aussi une mosquée, plus exactement la Mosquée de Bilal ibn Rabah, le premier muezzin de l’islam.

Le Tombeau de Rachel est mentionné dans la Torah en ces termes : Rachel mourut donc et fut ensevelie sur le chemin d’Éfrath, qui est Bethléem. Jacob éleva un monument sur sa tombe : c’est le monument du Tombeau de Rachel, qui subsiste encore aujourd’hui. (Genèse, 35:19-20) Dans sa prophétie, Jérémie mentionne les pleurs de Rachel alors que le peuple d’Israël, déporté en Babylonie, passe devant son tombeau : Ainsi parle le Seigneur : une voix retentit dans Rama, une voix plaintive, d’amers sanglots. C’est Rachel qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler de ses fils perdus ! Or, dit le Seigneur, que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts, dit l’Eternel, ils reviendront du pays de l’ennemi. Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit le Seigneur : tes enfants rentreront dans leur domaine. (Jérémie, 31:14-16) Ces derniers versets témoignent du lien éternel qui unit les Juifs et Rachel : des enfants pour leur mère, une mère pour ses enfants.

Selon sa description, l’UNESCO a la volonté de « créer les conditions d’un dialogue entre les civilisations, les cultures et les peuples, fondé sur le respect de valeurs partagées par tous. » Néanmoins, il est curieux de voir que la récente prise de position suit la volonté du gouvernement israélien d’inclure, entre autres, le Tombeau de Rachel à son patrimoine mondial. Dès lors, cette affaire a plus le goût d’une prise de position « radicale » contre Israël que d’une mesure visant à protéger le patrimoine mondial. Depuis longtemps, Israël œuvre à conserver et à sauvegarder le patrimoine juif au-delà des tensions militaire et politique que subit le Proche-Orient. De plus, il est clair qu’Israël dispose pour cela de davantage de moyens, qu’ils soient financiers ou techniques, que n’en possède l’Autorité palestinienne, ce qui doit être, par ailleurs, mis en lien avec l’actuelle fixation de l’Occident sur le patrimoine immobilier qui n’est qu’une conséquence parmi d’autres des deux Guerres mondiales.      Dans le même ordre d’idée, il n’est pas inutile de rappeler qu’il y a seulement une quinzaine d’année, dans ses communiqués adressés à l’UNESCO, la Ligue arabe définissait la Tombe de Rachel comme telle et non comme une mosquée. En résumé, cette manœuvre de l’UNESCO, qui, soulignons-le, n’octroie aucun subside en cas de classement, s’inscrit en ligne directe dans la lutte des pouvoirs autour de Jérusalem, ce qui est bien éloigné de sa mission principale énoncée ci-dessus.

Contrairement à ce que j’ai pu lire sur d’autres blogs qui se sont également penchés sur la question, ce n’est pas l’Autorité palestinienne qui est à blâmer. Si elle souhaite définir la Tombe de Rachel en tant que Mosquée de Bilal ibn Rabah, nous pouvons au moins reconnaître que c’est une manière relativement pacifique de récupérer quelques ares de territoire. La communauté musulmane n’est pas non plus à blâmer car elle a, de tout temps, été attachée à ce qu’elle continue d’appeler le Kubbat Rachel (Dôme de Rachel). De plus, l’histoire montre que les musulmans qui ont dominé la région ont toujours considéré ce lieu comme un lieu saint du judaïsme, en accordant au peuple d’Israël la possibilité de se recueillir sur le Tombeau de Rachel.

C’est l’UNESCO qui est à pointer du doigt dans cette histoire car ce n’est en rien créer les conditions d’un dialogue entre les civilisations que d’accepter l’appellation récente de « Mosquée Bilal ibn Rabah » mais bien jeter de l’huile sur un feu que des milliers et des milliers de personnes, là-bas et à travers le monde, tentent chaque jour d’apaiser. Au lieu de rapprocher les peuples, une telle prise de position, qui peut être assimilée à une falsification historique, ne peut que les éloigner davantage et attiser les haines qui sont bien assez importantes pour qu’on en rajoute. Les problèmes que connait le Proche-Orient sont bien assez nombreux pour qu’un tel organisme s’en mêle pour des raisons qui sont largement en dehors de ses compétences.

Je ne pense pas que beaucoup de musulmans se déplacent jusqu’à la Tombe de Rachel pour s’y recueillir. J’ignore si ce lieu a eu, au cours de l’histoire de l’islam, une signification aussi importante que dans le judaïsme. Je sais simplement que le cimetière musulman adjacent résulterait de la croyance selon laquelle quiconque recevrait de grandes rétributions dans l’au-delà en ayant choisi d’être inhumé auprès d’une personnalité religieuse. Et je sais aussi que depuis des siècles, chaque année, des milliers de Juifs de par le monde se déplacent à l’occasion de la commémoration du décès de Rachel, ainsi que pour pleurer dans les bras de Notre Mère en lui racontant leurs chagrins.

Ne place pas d’obstacle sur le chemin d’un aveugle.

[Lévitique 19:14]

par Ahouva


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13 commentaires leave one →
  1. 29 novembre 2010 9:52

    …Mais qu’est-ce qui n’est pas lutte de pouvoir ? La possession du symbolique a toujours été un enjeu, et les organismes onusiens le lieux de maintes tractations…

    • Ahouva permalink
      29 novembre 2010 10:48

      Il y a de nombreuses choses qui ne sont pas lutte de pouvoir… Mais ce genre d’appropriation de lieux aussi chargés en histoire et en symboles, qui font partie de la vie de millions de personnes à travers le monde, c’est vraiment très moyen entre les mains de puissance supposées œuvrer à la paix mondiale…

    • Ahouva permalink
      29 novembre 2010 10:49

      Et encore, j’aurais pu parler du Kotel mais cette histoire est dans les mains d’États, ce qui est très différent…

  2. 30 novembre 2010 7:28

    A quoi penses-tu au sujet du Kotel ?

  3. 30 novembre 2010 12:39

    Un autre épisode de la « guerre symbolique », en effet…
    Pour en revenir à ton article, tu incrimines l’UNESCO, mais sans la déclaration de Netanyahu, une telle surenchère n’aurait pas eu lieu. Comment, dans le contexte actuel, ne pas vivre cette déclaration israélienne comme une nouvelle étape du grignotage permanent des territoires palestiniens ? Décréter que le tombeau de Rachel est également une mosquée, c’est certes entrer dans la surenchère. Mais ce n’est pas l’origine du problème.

    • Ahouva permalink
      30 novembre 2010 2:28

      La protection d’un bâtiment d’une telle importance est nécessaire et c’est pour cela qu’il est logique qu’il soit classé par Israël qui est capable d’en assurer la conservation et la protection. Israël a bien d’autres moyens de gober la Cisjordanie si elle le désirait. Et les nations musulmanes ont toujours reconnu la légitimité juive de la Tombe de Rachel. Néanmoins, celle-ci nécessite un accès bien gardé et c’est à Israël de s’en occuper. Et c’est bien l’UNESCO qui est à blâmer dans cette histoire car elle va à l’encontre de son but initial qui est de créer un dialogue entre les civilisations. Cette organisation n’est en aucun cas supposée surenchérir de la sorte car elle a été créée en priorité dans l’idée de maintenir la paix et la sécurité par le biais de la culture et des sciences. Cette décision ne peut pas avoir la moindre retombée positive car elle n’a eu comme effet que d’exciter les deux camps.

  4. 30 novembre 2010 2:58

    Je comprends tout à fait la « logique des moyens »… Mais dans une situation aussi complexe, cette logique des moyens n’est à mes yeux pas suffisante. Ne pas prendre en compte l’intrication des symbolismes (le religieux n’en étant qu’une facette), c’est jouer à être Alexandre face au noeud Gordien. Difficile de reprocher aux autres de tenter de jouer la carte de la récupération symbolique quand on repense à des exemples tels que ceux-ci : http://www.blogdemagog.com/images/propagande/prop_sionism.gif

    La formulation choisie par l’UNESCO est à mes yeux une tentative maladroite de ne pas trancher, et de laisser à ce site un double attachement culturel. Mais je te rejoins sur le fait que je n’en attends moi non-plus aucune retombée positive…

    • Ahouva permalink
      30 novembre 2010 5:00

      Sauf que j’estime qu’il n’est pas possible de comparer une récupération de symboles communistes/soviétiques et une récupération de symboles religieux parce que ces derniers impliquent bien plus que leur seul aspect symbolique. C’est blesser une communauté entière que de commencer à jouer avec les lieux saints.

      L’appellation « Mosquée Bilal ibn Rabah » a seulement une quinzaine d’années d’existence. Je ne pense pas un seul instant que l’UNESCO a voulu, en l’acceptant, ne pas trancher car il va de soi qu’en tant qu’organise scientifique, cette organisation est supposée étudier les dossiers et il est clair que cette étude n’a pas été réalisée, ou du moins seulement en surface dans la précipitation pour sanctionner Israël. En soi, je me moque bien des sanctions que subit Israël mais je ne peux pas accepter qu’on travestisse une réalité attestée par de nombreuses preuves historiques au nom de quelques différents politiques.

  5. 30 novembre 2010 7:09

    Je te rejoins quant au constat de précipitation (ce qui relève de l’onconscience dans ce contexte)… Et il va de soi que la facette « réécriture de l’histoire » me dérange également.
    Par contre, j’ai l’impression que lorsque tu me parles de « récupération de symboles communistes/soviétiques », tu fais référence à l’affiche que je t’avais pointée ? Il s’agit pourtant d’une afffiche sioniste récupérant des symboles religieux évidents… Je l’ai trouvée ici : http://www.blogdemagog.com/site/articles/antiprop/propagande.htm#II12

  6. Ahouva permalink
    30 novembre 2010 7:51

    Pardon, je me suis mal exprimée à propos de l’affiche…

    C’est le côté récupération des symboles communistes/soviétiques, à savoir le travailleur et la travailleuse – bien que cela relève de la logique des kibboutzim -, qui m’a clairement sauté aux yeux en découvrant cette affiche. Mais je ne rejette pas la réappropriation de symboles religieux, bien qu’ils me semblent plus indiqués dans ce cas-ci, dans la mesure où l’on croit aux Écritures, que dans le cas de la Tombe de Rachel qui n’a pas eu, dans l’islam, une importance comparable à celle de Jacob pour le judaïsme, par exemple. Mais je suis totalement d’accord avec toi de l’importance que véhiculent les symboles religieux et de l’intérêt qu’il y a à se les approprier, bien entendu.

    • 30 novembre 2010 8:15

      Le côté « gauchiste » de l’affiche n’a rien d’étonnant, puisqu’elle date d’avant la création de l’état israélien… Bref, d’une époque où le sionisme originel a encore son côté socialo-laïciste très affirmé, et où la récupération religieuse n’a pas encore pris le poid qu’on peut trouver dans le néo-sionisme actuel.
      Oui, « c’est blesser une communauté entière que de commencer à jouer avec les lieux saints »… Mais le problème de la Terre Sainte, c’est que chacune de nos trois religions a connu des périodes où nous y avons joué. Récupérations successives qui nous mènent au noeud actuel, indénouable pour les créatures que nous sommes…

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